Nous sommes le  
LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : «Tout ce qui vaut la peine d’être fait mérite et exige d’être bien fait» Comte de Chesterfield

Le mobile learning : Retour sur quelques pratiques en Afrique subsaharienne : au Burkina Faso

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • Photo d’illustration • mardi 3 décembre 2019 à 10h00min
Le mobile learning : Retour sur quelques pratiques en Afrique subsaharienne : au Burkina Faso

Introduction
L’ampleur des changements technologiques qui ont affecté, au cours des dernières décennies, les moyens de création, de transmission et de traitement des savoirs autorise nombre d’experts à faire l’hypothèse que nous serions à la veille d’un nouvel âge du savoir. (UNESCO, 2005, p. 47).

Le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) a ouvert sur les supports mobiles de communication notamment sur les ordinateurs portables et de poche, sur les tablettes et les téléphones mobiles des possibilités d’apprentissage et d’éducation en tout temps et en tout lieu et cela tout au long de la vie. Ces possibilités d’apprentissages sur supports mobiles sont appelées le mobile-learning (m-learning).

Cet article construit à partir d’une revue de littérature et d’observations va au-delà des pratiques dans le cadre scolaire, académique pour prendre en compte les usages en marge et hors de l’école. Il commence d’abord par un aperçu des développements actuels des supports de communication mobile et plus précisément sur celui du téléphone pour ensuite aborder la définition du m-learning et terminer sur quelques pratiques.

L’expansion fulgurante de la téléphonie mobile en Afrique subsaharienne

La téléphonie mobile connaît actuellement une forte expansion en Afrique subsaharienne. Cette tendance n’est pas prête de s’arrêter. Le mobile compte parmi les outils de communication dont l’expansion a été spectaculaire en Afrique ces deux dernières décennies. L’adoption et le développement de la téléphonie mobile, y a surpassé, toutes les prévisions les plus optimistes. L’Afrique subsaharienne est le deuxième plus grand marché de téléphonie mobile au monde selon le rapport 2016 du réseau mondial des opérateurs de téléphonie mobile/Groupe Spéciale Mobile Association (GSMA).

Et selon ce dernier, l’Afrique subsaharienne compte au moins 4.930 millions d’abonnés à la téléphonie mobile (43%). D’après les chiffres de ce même rapport, une personne sur deux possédera, dans cette région, un téléphone mobile en 2020, soit 5,645 millions d’abonnés (51%) sur les 1.17 milliards d’habitants. L’expansion du téléphone mobile est aidée dans cette région de l’Afrique par la baisse des coûts des appareils et de plus en plus par la couverture progressive des zones rurales les plus reculées.

A la relative baisse des équipements et des appareils de communication, il convient de noter la baisse des coûts des communications inter-réseaux et celui des mégaoctets pour la connexion à l’Internet. Ces derniers deviennent accessibles à un grand nombre d’abonnés à revenus modestes. Au Burkina Faso, per exemple, les communications inter-réseaux coûtent 1,5 FCFA la seconde de communication (90 FCFA la minute). De plus, chez les différents opérateurs, il est possible de contracter un abonnement journalier à l’Internet à partir de 100 f CFA pour 10 mégaoctets.

Ces constats positifs ne doivent toutefois pas cacher les vraies réalités de la téléphonie mobile en Afrique subsaharienne. L’Afrique reste la région la moins couverte par les réseaux de téléphonie mobile avec moins de 50% de taux de couverture. L’explosion de la téléphonie mobile en Afrique, mentionnée précédemment, peut ne pas résulter du nombre effectif de téléphones par individu mais plutôt du fait qu’une personne peut posséder à elle seule jusqu’à trois appareils, selon le nombre d’opérateurs disponibles dans le pays. Malheureusement cette grande moitié non couverte concerne le milieu rural (GSMA, 2016).

Le manque d’applications en langues locales adaptées aux problématiques de l’éducation et de l’agriculture, entre autres, freine l’expansion rapide du téléphone mobile en milieu rural. A cela, s’ajoute, la relative faible couverture des campagnes dans un continent majoritairement rural (Zahonogo, 2011 ; GSMA, 2016). Malgré ces quelques obstacles, le mobile est en train de devenir en Afrique, s’il ne l’est pas déjà, un outil et un support d’apprentissage, d’éducation au cœur de la révolution des savoirs et cela eu égard à ces évolutions.

Evolutions du téléphone

Le téléphone est passé d’un simple outil, de transmission du son à un puissant ordinateur qui sait presque tout faire. Il intègre à la fois le son, le texte, l’image, la vidéo, la lumière, l’internet, la radio et bien d’autres applications informatiques et de messagerie (Viber, Whatapps, Skype, etc.). Le téléphone, au regard de ses évolutions et de ses applications aussi inattendues, spectaculaires qu’utilitaires, est devenu un outil, d’apprentissage, de développement.

Les usages en apprentissage et en éducation du téléphone sont multiples et sont fonction des espaces et des artefacts disponibles. En résumé, les usages sont surtout fonction des pratiques socioculturelles et de l’univers technologique des usagers. Quel que soit le niveau de développement de la communauté qui utilise le téléphone, il sert en tout temps et en tout lieu non seulement à communiquer mais aussi à apprendre de manière planifiée et consciente et/ou de manière informelle et inconsciente. Ce sont ces formes d’apprentissage en mobilité qui ont donné naissance au concept de mobile-learning.

Qu’est-ce le mobile-learning ?

Selon Gérard Puimatto (2017) le mobile-learning est l’usage de la technologie mobile au service de l’éducation. Cela peut être, selon Philippe Menkoué, (2013), la communication entre enseignants et apprenants, la prise des photos, l’enregistrement d’interviews et des vidéos pour pallier le manque de livres, pour accéder à des ressources académiques.

Gérard Puimatto (2017) de préciser que : « La révolution mobile (le m-learning) marque aussi le passage d’une offre institutionnelle à une demande et des usages privés à partir desquels il s’agit de construire de nouveaux dispositifs ». Le m-learning apparaît de ce fait comme une manière d’ouvrir et de démocratiser le savoir. Et il permet l’apprentissage permanent à travers divers supports mobiles.

Retour sur quelques pratiques du mobile learning

Les pratiques actuelles du m-learning, nous y reviendrons plus loin, bien que confrontées à un certains nombre de difficultés politiques (absence de politique nationale des TIC dans l’éducation), des institutions de formation et d’enseignement (rareté de programmes spécifiques), au niveau des individus et plus précisément des populations vivant en milieu rural notamment en raison des coûts d’accès au téléphone (smartphones) et de la faible couverture Internet sont de plus en plus répandues au sein de la population.

Au sujet des difficultés, Boubacar Diallo, CEO de Afrikatech mentionne que seulement environ 20,7% de personnes ont accès à l’Internet sur le continent africain. Dans le même sens, l’étude de We are Social et Hootsuite sur l’état des lieux d’Internet, du mobile et des réseaux sociaux dans le monde , précise que le taux de pénétration de l’Internet en Afrique de l’Ouest est de 41% en 2019. Selon ce même rapport, les connexions à Internet se font plus sur les mobiles en raison des coûts relativement raisonnables comme mentionné plus haut. Ce qui explique pour quoi, les zones les plus défavorisées restent le milieu rural où le pouvoir d’achat ses populations est plus faible.

Malgré ces quelques difficultés, le mobile-learning est une pratique de plus en plus courante en Afrique et au Burkina Faso. Nous revenons ici sur quelques pratiques dans l’école, aux marges de l’école et hors de l’école dans nos villes et campagnes.

Les pratiques dans et en marges de l’école

Enseignants et apprenants utilisent des terminaux mobiles à des fins d’apprentissage.

-  La recherche documentaire et les communications pédagogiques

Sur le plan académique, le développement et l’accès aux technologies mobiles (ordinateurs portables, tablettes, téléphones, etc.) donnent à l’Afrique subsaharienne, au Burkina Faso de nouvelles possibilités de faire évoluer les outils pédagogiques traditionnels (Gérard Puimatto, 2017). Le m-learning comble quelque peu le manque d’ouvrages dans les universités, les écoles de formation et les établissements d’enseignement post-primaire et secondaire.

L’accès à Internet donne des possibilités d’accès et de lecture de documents (texte, audio et vidéo) en lignes. Ainsi la recherche documentaire en ligne via les moteurs de recherche est de plus en plus courante chez les enseignants et les apprenants. De plus les systèmes de partage de documents hors connexions : via bluetooth permet l’accès à divers documents sous forme de textes, de sons, d’images, de vidéo, etc.

-  Les interactions pédagogiques

Le mobile ouvre également pour les enseignants et les apprenants des opportunités de communications et d’interactions pédagogiques hors de la classe et de l’école.
En plus des recherches documentaires et des communications pédagogiques, le mobile-learning a donné lieu à de nouvelles pratiques pédagogiques qui permettent à des milliers de personnes d’accéder à des contenus qui n’existent pas dans leurs pays et régions d’habitation.

-  Les cours en ligne

Avec les supports mobiles les formations en ligne intéressent de plus en plus de personnes. il est désormais possible d’accéder et de suivre en permanence un cours au bureau, en voyage, bref en tout temps et en tout lieu.

-  Le partage d’exercices et de corrigés

Outre la possibilité de suivre des cours à distance, les enseignants et les apprenants peuvent s’échanger via des mails et des systèmes de messagerie avec ou sans internet (WhatsApp, Viber, Skype, SMS, etc.) des contenus pédagogiques sous divers formats.
En plus des usages académiques, le m-learning est très présent dans les pratiques d’apprentissages non formels et informels au sein de la population.

Les pratiques hors de l’école

-  L’écoute d’émissions radiophoniques

Le foisonnement des radios privés, des radios communautaires et des radios confessionnelles partout au Burkina Faso offre des opportunités d’informations et d’apprentissage à différentes catégories socioprofessionnelles. Dans les villes comme dans les campagnes l’écoute de la radio sur le téléphone tend à devenir la norme. Adultes, jeunes et enfants écoutent en permanence les émissions de leurs choix sur le téléphone. Il peut s’agir d’émissions religieuses, de contes et légendes, de reportages sur des réalités locales, de débats de société sur l’agriculture, de démocratie, d’éducation, d’émissions interactives, etc.

En plus d’offrir la possibilité de d’écouter des émissions et d’interagir avec les auditeurs, le téléphone permet d’enregistrer, de traiter et partager des contenus à travers les applications de messagerie.

-  Les applications de messagerie

Les téléphones notamment les smartphones, les tablettes, les ordinateurs portables, …sont des supports mobiles sur lesquelles il est possible d’installer des applications de messagerie comme Viber, Skype, WhatsApp, etc. Ces dernières en plus de permettre des communications audio, offrent des possibilités de partage de fichiers sous de multiples formats dont les plus populaires sont les fichiers texte, audio et vidéo.

Ces derniers, les fichiers vidéo sont devenus très populaires parce qu’elle brise les barrières entres personnes instruites et analphabètes. Ils sont partagés dans toutes les langues. Ils sont très prisées dans nos villes et campagnes fortement marquées par l’oralité en raison des taux élevés d’analphabétisme dans nos pays. Mieux, une fois reçus, les contenus audio et vidéo peuvent être transférés à d’autres personnes via le bluetooth.

Ce qui a donné lieu à l’usage des vidéos à des fins d’apprentissage et d’éducation dans tous les domaines. Les vidéos religieuses occupent une bonne place et cela concerne toutes les confessions religieuses. Ces vidéos qui échappent pour la plupart du temps au contrôle du Conseil Supérieur de la Communication (CSC) sont souvent utilisées à des fins d’enrôlement, d’endoctrinement et de radicalisation.

Conclusion

Les pratiques du mobile-learning mentionnées dans le cadre de cet article sont loin d’être exhaustives. La culture du mobile-learning est encore naissante. Le développement du téléphone, des supports mobiles et de l’internet des objets qui est le fait de connecter des objets matériels à l’Internet (Bouhaï, N., & Saleh, I., 2017) augure de pratiques encore plus innovantes, utilitaires, spectaculaires que surprenantes qui vont profondément révolutionner nos modes d’apprentissage et d’éducation. Il nous appartient de savoir nous adapter à ces évolutions pour penser nos pratiques du m-learning et en tirer le meilleur parti pour construire des sociétés plus inclusives et paisibles.

Dr HIEN Yorsaon Christophe

Attaché de recherche INSS/CNRST au département des Sciences de l’Education

Tel +2226 76 66 94 30
Hien_christophe@yahoo.fr


Références bibliographiques et webographiques

Bouhaï, N., & Saleh, I. (2017). Internet des objets : Évolutions et Innovations. ISTE Group.
Gérard Puimatto, « Le numérique au service de l’éducation en Afrique », Distances et médiations des savoirs [En ligne], 17 | 2017, mis en ligne le 20 mars 2017, consulté le 28 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/dms/1753
Intelligence, G. S. M. A. (2016). The Mobile Economy Africa 2016. London : GSMA.
UNESCO. (2005). Vers les sociétés du savoir. UNESCO
Zahonogo, P. (2011). Les déterminants de l’adoption de la téléphonie mobile au Burkina Faso. Mondes en développement, (1), 121-132.
https://www.afrikatech.com/fr/telecom/etat-des-lieux-du-secteur-acces-internet-en-afrique-en-2017/
https://www.jeuneafrique.com/398696/economie/acces-a-internet-continent-africain-entre-progres-inegalites/
https://wearesocial.com/global-digital-report-2019
https://cmdafrique.net/2019/02/11/internet-afrique-2019/

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 Articles de la même rubrique
Variabilité climatique et dynamique d’occupation des terres dans le bassin versant du barrage de Yakouta (Sahel Burkinabè)
Soutenance de thèse de Doctorat : Urbain Zongo propose le Moringa pour lutter contre la malnutrition
Présentation du projet « Mobilisation communautaires et enjeux sociaux face au covid-19 au Burkina Faso et au Sénégal »
L’ère du COVID-19 : Les gros poissons mangent les petits dans les sites d’orpaillage du Burkina Faso.
Actions socio-économiques et environnementales prometteuses à l’échelle locale pour renforcer le bouclier des mesures de lutte contre la pandémie de Covid-19 en milieu Sahélien
Les monuments représentant la femme : Limitation ou valorisation ?
De la contribution des sciences sociales à lutte contre le Covid-19 au Burkina Faso !
Soutien à la relance économique au Burkina : « Les mesures risquent d’enrichir les entreprises sans effet conséquent sur l’économie nationale » dixit l’économiste, Jean SANON
Analyse des implications des mesures de gestion du COVID-19 au Burkina Faso
La maladie à Corona virus au Burkina Faso : Perceptions et attentes de la population
COVID-19 : Un mini-review sur la maladie à corona virus 2019 (Covid-19) ou virus à couronne
Covid-19 au Burkina : Des enseignants proposent un modèle numérique de prédiction
  Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter



LeFaso.net
LeFaso.net © 2003-2020 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés