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Insurrection populaire d’octobre 2014 : Où en est le Burkina Faso cinq ans après ?

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Insurrection populaire • LEFASO.NET • vendredi 1er novembre 2019 à 17h04min
Insurrection populaire d’octobre 2014 : Où en est le Burkina Faso cinq ans après ?

A l’occasion du cinquième anniversaire de l’insurrection populaire d’octobre 2014, l’Institut Free Afrik a organisé dans la soirée du 30 octobre 2019, un panel sur le bilan des cinq ans et les perspectives pour un Burkina qui réponde aux aspirations des insurgés. Le dernier ouvrage de l’auteur de la biographie de Thomas Sankara, Bruno Jaffré, intitulé « Insurrection inachevée au Burkina Faso », a servi de base aux échanges.

Les 30 et 31 octobre 2014, les luttes contre la modification de l’article 37 de la Constitution, voulue et proposée par le président Blaise Compaoré, ont fini par emporter le régime en place. En plein midi, sous la pression de la rue et d’une partie de l’armée dirigée par le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, Blaise Compaoré a quitté Kossyam en direction de Pô. Sa course se terminera en Côte d’Ivoire où il réside depuis lors.

Cette insurrection populaire avait été encouragée par des aspirations du peuple burkinabè notamment des insurgés. Mais cinq ans après, où en est le Burkina Faso ?

Pour répondre à cette interrogation cruciale, l’Institut Free Afrik a convié le Pr Mahamadé Savadogo, enseignant au département de Philosophie à l’Université Joseph Ki-Zerbo, Bruno Jaffré, écrivain, Abdoulaye Diallo, représentant du Balai Citoyen, une Organisation de la société civile. Le panel était modéré par le journaliste Boureima Salouka.

L’insurrection a surpris les acteurs

Selon les intervenants, le niveau atteint par les mouvements des 30 et 31 octobre 2014 a été une surprise pour les acteurs. « Nous nous battions contre la modification de l’article 37 de la Constitution. Les partis politiques aussi. Mais lorsque le 30 octobre, nous nous sommes rendus compte qu’il était possible de faire partir Blaise Compaoré, nous l’avons demandé », a témoigné Abdoulaye Diallo.

Ses propos ont été appuyés par le Pr Savadogo. « Même si des gens ont dit que dès le 25 octobre, ils avaient décidé de faire partir Blaise Compaoré, ils n’étaient pas sûrs d’y arriver. C’est pourquoi les évènements des 30 et 31 octobre les ont aussi surpris », a-t-il corroboré. Selon les panélistes, cela explique en partie le discours à plusieurs tons prononcé par Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition politique. « J’ai eu l’impression que tout le monde avait peur de demander le départ de Blaise Compaoré, à commencer par Zéphirin Diabré. J’ai même remarqué comme un soulagement en lui lorsqu’il a fini de prononcer la phrase qui demandait le départ du président Blaise Compaoré », a renchéri Abdoulaye Diallo.

Le rôle des différents acteurs, notamment les OSC, les partis politiques et l’armée a été passé en revue. Concernant l’armée, le Pr Savadogo a fait remarquer que ceux qui ont mené l’insurrection n’étaient pas préparés à prendre le pouvoir, raison pour laquelle ils ont fait appel à l’armée. « Les acteurs de l’insurrection n’avaient pas planifié l’après-Blaise si bien que quand il a accepté de démissionner, ils se retrouvaient là, ne sachant quoi faire du pouvoir. C’est là que certains intellectuels ont vite réagi pour sauver la situation d’où l’arrivée de l’armée au pouvoir », a-t-il indiqué.

Le colonel Yacouba Isaac Zida, chef des renseignements du Régiment de sécurité présidentielle, s’est alors proclamé président, brûlant la politesse au Général Honoré Traoré, alors chef d’Etat-major général des armées. « Au départ, l’un du trio du MPP, notamment Salif Diallo, avait déclaré qu’il était nécessaire que l’armée prenne le pouvoir et surtout le RSP qui était l’unité la mieux organisée », a relevé le philosophe.

L’insurrection est inachevée

Les trois panélistes ont eu une vision commune du mouvement qui a entrainé la chute de Blaise Compaoré. « L’insurrection est inachevée », ont-ils clamé. Cela s’explique, selon eux, par le fait que le pouvoir soit repris par le MPP composé essentiellement d’anciens compagnons de Blaise Compaoré. « Le MPP est dirigé par des gens qui ont fait 27 ans au pouvoir et aux côtés de Blaise Compaoré. Ils ne peuvent plus proposer autre chose. Ils sont limités par ce qu’ils sont eux-mêmes », a analysé le philosophe.

Les aspirations des jeunes insurgés ne sont pas encore satisfaites. Alors que, selon les panélistes, la corruption, la mauvaise gouvernance, la gabegie, l’insécurité gagnent du terrain au Burkina. Pour offrir un avenir meilleur aux populations burkinabè, le pouvoir du MPP devra, de l’avis des conférenciers, corriger toutes ces insuffisances et donner plus d’emplois aux jeunes. « Sinon le futur pourrait être difficile pour le Pays des hommes intègres », ont-ils conclu.

Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 1er novembre à 22:26, par Yako En réponse à : Insurrection populaire d’octobre 2014 : Où en est le Burkina Faso cinq ans après ?

    Tout ça c’est du blabla. Aujourd’hui 31 octobre 2019 le pays se trouve dans quel état ? Je persiste le coup d’état des 30 et 31 octobre était l’œuvre d’une minorité urbaine violente.Le reste n’est que de la gesticulation intellectuelle pour justifier l’injustifiable.

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  • Le 1er novembre à 22:28, par TIENFO En réponse à : Insurrection populaire d’octobre 2014 : Où en est le Burkina Faso cinq ans après ?

    Les panélistes ont tout dit. Hormis l’institution du sénat et la modification de l’article 37 de la constitution, tous les autres ingrédients qui sont prévalu à l’insurrection populaire de 2014 ont réunis 5 ans après. Cinq ans après, la précarité dans laquelle se trouvait le Faso s’est empirée. Ça n’arrive pas qu’aux autres. A bon entendeur salut.

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    • Le 2 novembre à 18:54, par Le Vigilent En réponse à : Insurrection populaire d’octobre 2014 : Où en est le Burkina Faso cinq ans après ?

      En plus de ce que tu as cité il y a le fait qu’une certaine catégorie de gens ne peut plus « faire » d’autres personnes sans qu’il « n’y ait rien » ; les accusés de présomption de coup d’état ne peuvent plus être jugés, condamnés et exécutés en l’espace de quelques heures ; des journalistes et autres hommes de médias ne sont plus tuées en rase campagne ou à leur domicile par des escadrons de la mort ; des juges, des étudiants, des enseignants, des hommes politiques ne peuvent plus être tuées dans des casernes militaires ou sur la voie publique ; il n’y a plus de petits présidents et autres potentats de la famille du président qui dictent leur loi partout et sur tout. La liste est encore longue.

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  • Le 3 novembre à 00:24, par MKouka En réponse à : Insurrection populaire d’octobre 2014 : Où en est le Burkina Faso cinq ans après ?

    A mon avis cette insurrection a été l’expression d’un ras le bol qui s’est construit des années durant : chômage grandissant, le désespoir dun grand nombre de gens, les pillages des ressources de toutes natures, la misère de la majorité face à l’opulence des intouchables, l’accumulation des crimes de sang , l’impunité et absence de justice, l’appropriation du pays par un groupe de gens. Il est clair qu’à la fin du régime Compaore les attentes des burkinabè étaient immenses et urgentes, touchant tous les secteurs clés de la vie. Le MPP avait il réellement pris la mesure de la situation dès le départ ? Ce qui est sûr c’est qu’il a raté le départ qui voulait que plus rien ne soit comme avant . N’ayant pas eu assez de muscles et de courage le sentiment de déception s’est installé au fil du temps avec l’ennemi sui en a profité pour le désorienté davantage. En dehors de la question d’insécurité qui s’est vite installé le MPP des son arrivée au pouvoir devait le savoir qu’entre lui et les leaders du CDP ça allait être une guerre sans merci. Comment dans un tel contexte on peut se permettre d’être aussi relaxe complaisant voire naïf et irresponsable à l’égard de l’espoir de tout un peuple ? Toutefois difficile de regretter le départ de la machine Compaore. De s’exprimer déjà ici sans crainte en est un acquis inestimable et cela devrait nous permettre d’amener le MPP à rectifier le tir pour répondre à nos attentes.

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