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Opérations de reboisement : « Chaque fois, nous prenons la précaution d’inviter les gens à planter et non à enterrer les arbres », dixit Pascal Rouamba

Accueil > Actualités > Environnement • LEFASO.NET | Par Cryspin Masneang Laoundiki • samedi 14 septembre 2019 à 15h00min
Opérations de reboisement : « Chaque fois, nous prenons la précaution d’inviter les gens à planter et non à enterrer les arbres », dixit Pascal Rouamba

Depuis plusieurs années, nous assistons à une tradition d’opérations de reboisement. La réalisation de la ceinture verte de Ouagadougou devient un refrain. Des centaines de milliers d’arbres plantés, mais quel impact ? Quel est le réel problème ? Doit-on continuer avec ce folklore ? Pascal Rouamba, directeur des aménagements paysagers et de la gestion des parcs de la commune de Ouagadougou, donne de l’éclairage.

Lefaso.net : De votre expérience, est-ce que les opérations de reboisement respectent les règles en la matière ?

Paul Rouamba : Les opérations de reboisement sont toujours précédées par des échanges entre les acteurs qui interviennent sur le terrain pour l’occasion. Il s’agit entre autres de la commune de Ouagadougou à travers la direction technique qui assure l’encadrement, la supervision, la définition d’un protocole de plantation et qui définit aussi les différentes estimations des coûts pour l’acquisition des matériels et équipements pour la plantation.

De l’autre côté, la structure qui voudrait reboiser, celle qui apporte les moyens pour qu’on puisse définir un espace sur la ceinture verte pour leur permettre de reboiser dans le cadre de leur RSE (Responsabilité sociétale et environnementale). Il y a aussi les populations riveraines (les acteurs locaux, les maraîchers) qui sont organisées. Ces trois acteurs se mettent ensemble et définissent un protocole de travail avant d’aller sur le terrain.

Si vous voyez une structure telle que l’Assemblée nationale à travers ses volontaires faire une sortie de reboisement, ça fait l’objet d’une préparation d’abord avant d’aller sur le terrain pour la réalisation de l’opération.

Pour effectuer une bonne campagne de reboisement, qu’est-ce qu’il faut faire ?

En matière de reboisement, nous avons essayé de capitaliser tout ce qui est comme année d’expériences en matière de reboisement de ce pays. Dans ce pays, on a fort parlé du Mois de l’arbre, de la Journée de l’arbre et tout ce qui pouvait concourir à la préservation de nos ressources naturelles. Notre expérience vis-à-vis des reboisements qui se faisaient en saison pluvieuse ou en début de saison pluvieuse, il y a toujours un engouement de la population.

Le concept « Ouaga la verte » depuis les années 1996, où on voulait promouvoir l’esprit des citadins à avoir le réflexe de planter. Et jusqu’à nos jours, vous voyez que chaque année, il y a toujours de campagne de reboisement tous azimuts. Au regard de cela, nous avons essayé de définir un protocole pour avoir des plantations réussies, car toutes ces plantations que nous avons connues, le plus souvent, ce n’est pas couronné de succès. On plante cette année, et l’année prochaine, il faut encore replanter parce qu’il n’y a pas eu d’entretien. Ainsi, on a essayé de voir comment faire une plantation réussie, que nous appelons « une plantation responsable ».

Techniquement, il s’agit de prendre en compte toutes les préinscriptions en la matière pour une bonne plantation.

Dans un premier temps, il faudrait identifier le site à reboiser. Si vous prenez l’exemple de Ouagadougou, la ceinture verte a vu le jour il y a longtemps. On peut dire même que le concept a vu le jour depuis les années d’indépendance. Avec le temps, la Coopération allemande s’est investie et a permis de reboiser une partie sur plus de 1 000 hectares en son temps. Malheureusement, cela n’a pas été suivi d’entretien. De nos jours, on constate que c’est un site dégradé, illégalement occupé. Du coup, il ne joue plus son rôle qui est de servir de renforcement du poumon vert de la ville et un pôle de développement socioéconomique.

Deuxièmement, il ne s’agit pas de planter seulement. Nous avons pris en compte les aspects d’entretien et de sécurisation de la plantation. Il y a une conditionnalité incontournable : c’est la question de l’eau. Il faudrait arroser le plant parce que nous avons une longue période sèche et une courte période pluvieuse. Donc nous réunissons toutes ces conditions pour que ce soit une plantation réussie, une plantation responsable.

Et comment doit se faire l’entretien pour une plantation responsable ?

Premièrement, on fait du piquetage, c’est-à-dire qu’on marque des endroits où on doit faire des trous. Et à ce niveau, nous faisons des trous à des dimensions recommandées, des grands trous d’un minimum de 60cm x 60cm jusqu’à 80cm x 80cm. Comme le sol est très pauvre, nous renforçons, au moment de la plantation, par une terre végétale, une terre riche qu’on appelle couramment « terre noire ». Nous remplissons le trou par une nouvelle terre plus riche afin de donner de quoi nourrir les jeunes arbres qui seront mis en place.

Deuxièmement, le trou est traité. Nous faisons des apports de produits. C’est surtout dans le cadre de lutte contre les termites, ennemis naturels des jeunes plants. Ainsi, nous traitons les trous au bio K-R, qui est un produit à base de céréales au niveau local et qui permet d’attirer des fourmis qui consomment les termites.

C’est une sorte de lutte biologique que nous créons à l’intérieur du trou. Sur le terrain, nous avons aussi l’habitude d’ajouter du polyter, qui est un hydro-rétenteur. Il permet de garder l’excès d’eau, il se gonfle et libère l’eau par la suite de manière graduelle. Il met l’eau à la disposition du plant pendant deux à trois semaines. Du coup, cela minimise un peu le coût de l’arrosage.

Si les jeunes plantes sont attaquées par les parasites au niveau des feuilles, nous avons des produits naturels que nous utilisons. Ce processus d’entretien se fait durant toute l’année. Le principe qui est adopté au niveau de la ceinture verte, c’est la plantation en toute saison, parce qu’il faut garantir la disponibilité de l’eau. S’il y a l’eau et que nous sécurisons le site de reboisement, cela permet de disponibiliser l’eau, sécuriser la plantation toute l’année.

Les structures qui font le reboisement respectent-elles tout ce que vous venez de citer ?

Même s’il y a un travail qui est fait au préalable, il faut avouer que dans la pratique, souvent les gens n’arrivent pas à respecter. Si vous prenez l’exemple des volontaires de l’Assemblée nationale, après le reboisement, on a vu que les arbres étaient plantés à moitié. Pour un trou de 60cm, il n’y avait que 20cm de terre au tour des racines ; tout le grand trou est resté béant. Après chaque séance de plantation sur la ceinture verte, les acteurs retournent sur les pas des reboiseurs pour « remettre de l’ordre ».

Il s’agit de replanter correctement chaque arbre, là où ça n’a pas été bien fait. Il en arrive que sur 400 pieds à l’hectare, il y ait au moins 50 pieds qui sont mal plantés. Chaque fois, nous prenons la précaution d’inviter les gens à planter et non à enterrer les arbres. Il y a des cas où des gens prennent tout le pot sans enlever le plastique, mettent dans le trou et l’enterrent.

La plantation responsable, c’est respecter toutes les préinscriptions que nous venons de définir et suivre l’arbre pendant des années. Au minimum, pendant trois à cinq ans, selon les espèces. Il faut que ce soit un arbre adulte, capable de se défendre lui-même avant qu’il ne soit abandonné à lui-même pour le restant de sa vie.

Au regard de ce constat, est-ce encore possible de réaliser la ceinture verte de la ville de Ouagadougou ?

C’est possible ! La ceinture verte de Ouagadougou peut être réhabilitée. D’abord, le premier support, c’est la volonté. Cette volonté est manifestée au niveau de la commune de Ouagadougou ; nous les techniciens le constatons. C’est un souci pour le premier responsable de cette commune, que cette ceinture verte soit réhabilitée parce qu’il y a cette politique derrière qui accompagne et qui invite tous ceux qui sont épris de bonne volonté à nous accompagner. En deux ans, nous serons à une vingtaine, sinon plus d’hectares, que nous allons récupérer. L’année passée, nous avons commencé par un hectare-pilote. Cette année, il y aura douze hectares.

Interview réalisée par Cryspin M. Laoundiki
Lefaso.net

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