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Tournage de « Wend Kuuni » : Les souvenirs du premier directeur photo du Burkina Sékou Ouédraogo

Accueil > Actualités > Culture • LEFASO.NET • mercredi 4 septembre 2019 à 11h00min
Tournage de « Wend Kuuni » : Les souvenirs du premier directeur photo du Burkina Sékou Ouédraogo

« Wend Kuuni », premier long métrage de Gaston Kaboré, a été projeté à l’Institut Imagine le vendredi 30 août 2019. C’était en présence de Sékou Ouédraogo, premier directeur de la photographie du cinéma burkinabè, qui a travaillé sur le film. La projection a été suivie d’échanges.

Sékou Ouédraogo a 82 ans aujourd’hui. Natif de Fada N’Gourma, il fait partie des personnes qui ont porté le cinéma burkinabè au sommet. Ce fut le directeur de la photographie du film « Wend Kuuni », le long métrage de Gaston Kaboré. Le film a été projeté une fois de plus le 30 août 2019. C’était à l’Institut Imagine, en présence de Sékou Ouédraogo, en personne, premier directeur de la photographie du cinéma burkinabè. Après la projection, il y a eu des échanges sur le film, surtout sur l’aspect technique. Ces échanges ont permis au public présent de poser des questions à celui qui est considéré comme l’un des véritables pionniers du cinéma burkinabè.

« Wend Kuuni » est un film qui met en scène plusieurs aspects de la société tels que la souffrance, la peine, la bonté, l’hospitalité. Le film se lit à travers l’histoire d’un petit garçon qui se fait adopter par des gens qui ne le connaissent pas. Ces derniers lui ont offert un toit et une famille, sans rien attendre en retour. Un petit garçon qui, auparavant, avait connu la souffrance et la misère.

En plus de son histoire et de son côté émotif, « Wend Kuuni » est un film qui a été sérieusement travaillé. Pour un film des années 80, un premier long métrage, et vu la qualité exceptionnelle du film sur le plan technique, le travail est à saluer. Le film montre une époque lointaine et ne contient aucun accoutrement du Blanc. Il a aussi a été fait avec la pellicule, c’est-à-dire que ce n’était pas encore l’époque du numérique. Il y a des risques de tout perdre quand on travaille avec la pellicule. Dans « Wend Kuuni », on remarque qu’il n’y avait ni chaussures du Blanc, ni chemise du Blanc, tout est 100% mossi.

« Mon plus grand souvenir, c’est qu’un jour, pendant le tournage, il était 13h30 déjà et il faisait excessivement chaud. Mon assistant, par mégarde, a ouvert le magasin là où il ne fallait pas ; la pellicule a été voilée. Autrement dit, tout ce qu’on avait fait a été voilé. Pour ne pas le faire savoir à Gaston [Kaboré], je lui ai dit que j’ai des doutes sur certaines parties et que je ne veux pas prendre de risques, donc de recommencer. Alors on a recommencé ce qu’on avait fait. Travailler avec la pellicule, c’est très difficile, ce n’est pas comme la caméra actuelle où tout est automatique. Avec la pellicule, il faut que le directeur photo trouve la lumière qu’il faut, pour la séquence qu’il faut. A l’aide d’une ou de deux cellules, vous cherchez votre ouverture de diaphragme et vous communiquez à la script qui communique ça au premier assistant cameraman, qui assure l’objectif de la caméra », a expliqué Sékou Ouédraogo.

Certaines scènes de « Wend Kuuni » ont été tournées la nuit, vers minuit. Parce qu’il n’y avait pas d’autres choix. « La deuxième scène de nuit, là où Wend Kuuni vient annoncer qu’il a vu le vieux Bila qui s’est pendu, a été tournée au village. C’est là où on a attendu le groupe électrogène jusqu’à 23h. On a tourné cette scène vers minuit, parce qu’on était dépendant de ça, on n’avait pas autre chose. On s’est beaucoup débrouillé avec le génie que Sékou avait, et la lumière des réflecteurs », a confié Gaston Kaboré, le réalisateur du film.

« Wend Kuuni » est un film dont la qualité des plans semble liée aux dialogues et aux émotions. A voir la qualité du film, on a l’impression que tout ceux qui ont travaillé sur le film l’avaient en tête, on a l’impression qu’ils ont tous participé à son écriture dès la base. La musique également n’est pas en marge. On constate une sorte de cohérence entre la musique et l’image. Le film fait même penser au documentaire, au vu de sa fluidité et de sa spontanéité.

A propos du film, Sékou Ouédraogo fait ce commentaire : « Lorsqu’on vous soumet un scénario, il faut que vous le sentiez vous-même, surtout au niveau du cadre et de la lumière. Il faut que vous ayez le même sentiment que le réalisateur, sinon vous ne pouvez pas traduire ce qu’il veut réellement. Il faut aimer le scénario, parce que si vous n’aimez pas un scénario, vous n’allez pas le tourner. Pour ‘‘Wend Kuuni’’, honnêtement, quand j’ai lu le scénario, j’ai été captivé si bien qu’on a mis ce qu’il faut vraiment pour que le film réussisse ».

Gaston Kaboré se souvient : « Pour ce film, j’avais écrit tout le découpage et tous les chefs de poste avaient un gros livre de 314 pages, contenant le découpage de A à Z et les dialogues. C’est vrai que le cadrage, c’est quelque chose. Il faut vraiment le vivre et le sentir. Vous avez vu que je ne fais pas beaucoup de gros plans, mais je reste à distance de dialogue et de sentiment avec les comédiens. Je crois que c’est ça aussi qui a donné une certaine allure au film. Cette allure a été fortement servie par la musique.

Et la musique, c’est René Guirma qui l’a faite. Quand je lui ai fait lire le scénario, je lui ai dit que je veux que la musique puise dans les terroirs de chez nous, dans la culture mossi, parce que mon film se passe dans cette sphère culturelle. Et il l’a fait, il a mis tous les instruments qui existent chez nous mais qui ont des correspondants dans une fabrication plus moderne. Toutes les chansons aussi sont des chansons de chez nous ».

Avant de terminer, Sékou Ouédraogo a prodigué des conseils à la jeunesse : « Ce que je peux dire aux jeunes, que ce soit au niveau de la réalisation ou de la technique, du son et de l’image, il faut patienter et prendre le temps. Ne vous précipitez pas pour faire des trucs, vous allez faire des bêtises. Nous, nous sommes là. Si vous avez des problèmes, venez ; on va vous donner les informations qu’il vous faut. Le cinéma a un langage et il faut absolument suivre ce langage. Il y a des techniques qu’il faut employer pendant la prise de vue comme au montage. Lorsque vous n’aurez pas maitrisé tous ces problèmes, ça va être un peu difficile ».

Korotoumou Djilla (stagiaire)
Lefaso.net

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