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Programme d’urgence pour le Sahel : Un « taux satisfaisant », des autorités locales ignorées

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • dimanche 25 août 2019 à 21h50min
Programme d’urgence pour le Sahel : Un « taux satisfaisant », des autorités locales ignorées

En Afrique, la région du Sahel vit depuis plusieurs années, sous la menace des groupes terroristes. Le Burkina Faso n’est pas épargné par cette donne. En effet, ce pays est depuis avril 2015, en proie aux attaques meurtrières de ces individus sans foi ni loi. Face à cette situation, le gouvernement burkinabè a lancé le 3 août 2017, le Programme d’urgence pour le Sahel au Burkina Faso (PUS-BF), qui a pour objectif de contribuer à l’amélioration de la sécurisation des personnes et des biens dans ladite région. Deux ans après, que devient ce programme ? Constat dans la commune de Dori, province du Seno.

Une villa située dans le quartier ‘’Petit Paris’’ de la commune de Dori, dans la province du Seno, dans la région du Sahel. On peut lire sur la plaque devant le portail : « Suudu-Kosam de Seno » en fulfudé (langue majoritairement parlée dans cette région) qui signifie « maison du lait ». Pour accéder au bâtiment après avoir traversé la cour, il existe un équipement spécial : des pantoufles en matière plastique, un cache-nez, un chapeau et une blouse, tous de couleur blanche. Bienvenue à la laiterie de Fatimata Diallo.

Il y a quatre (04) années de cela, Fatimata Diallo et onze (11) de ses ‘’sœurs de lutte’’ ont mis en place un groupement pour la transformation du lait. Aujourd’hui, c’est devenu une coopérative composée de 24 membres. « Par la grâce de Dieu, les activités se déroulent bien maintenant. Sinon au départ, c’était vraiment difficile. On n’avait pas de salaire ; on se partageait tout simplement les petites recettes à la fin du mois lorsqu’il en avait », confie-t-elle.

Fatimata Diallo, responsable de Suudu-Kosam de Seno

En plus de la grâce divine, la première responsable de « Suudu-Kosam » témoigne sa reconnaissance au Programme d’urgence pour le Sahel (PUS), qui leur a octroyé un crédit d’un million de francs CFA l’année dernière. « Nous avons désormais un taxi-moto qui va dans les villages pour y apporter nos laits. Avant, c’était difficile pour nous. Souvent, les laits se décomposaient en cours de chemin », souligne-t-elle, avec une certaine amertume.

De nos jours, Fatimata Diallo et ses collaboratrices produisent entre 200 et 220 litres de lait par jour, dans un cadre sain et hygiénique. En plus d’approvisionner les points de vente de la commune de Dori en lait, « Suudu-Kosam » dessert d’autres localités de la zone et même la ville de Ouagadougou, où la consommation du produit prend de plus en plus de l’ampleur.

A « Suudu-Kosam », certaines des femmes qui y travaillent ont des vaches qu’elles traient chaque matin, un à deux litres de lait par femme, pour l’approvisionnement de la laiterie. Cela est comptabilisé, et à la fin du mois, elles passent à la caisse. En plus de la laiterie, « Suudu-Kosam » intervient dans la savonnerie et l’embouche bovine. Une caisse d’épargne est également ouverte au sein de cette coopérative afin de permettre aux femmes qui le souhaitent, de bénéficier de financements pour entreprendre des activités à leur propre compte.

Un échantillon du produit de djam weli

Un autre exemple de réussite

Toujours dans cette région du Sahel, il y a la Coopérative simplifiée « Djam Weli », créée en 2011 par 28 femmes réunies au sein d’un groupement. Au départ, l’activité principale était la vente du niébé. Plus tard, l’idée de transformer ce produit est née.
« Djam Weli » a bénéficié d’un crédit d’un million de francs CFA grâce au Programme d’appui au développement des économies locales (PADEL), qui est une composante du PUS-BF, indique Rokiatou Sow, la responsable de la structure. Avec cet appui, Rokiatou Sow et ses 29 collaborateurs transforment 120 kilogrammes de niébé par semaine.

A « Djam Weli », les femmes ne transforment pas uniquement ce qu’elles produisent. « On achète au moment des récoltes, les grains de niébé et on les stocke. Lorsque le produit devient cher, on commence la transformation. On est dans le warrantage aussi », confie Rokiatou Sow.

Un taux de réalisation satisfaisant

Le contexte dans la région du Sahel fait en sorte qu’il y a des appels d’offre, mais il n’y a pas beaucoup de soumissionnaires. C’est le constat de la direction régional en charge de l’agriculture du Sahel. Cependant, le PUS-BF permet aux structures régionales de trouver parfois l’expertise au niveau local pour réaliser des infrastructures. Dans la province du Soum par exemple, les magasins de stockages des niébés, les parcs de vaccinations, etc. ont été inscrits et exécutés dans le cadre du PUS-BF, indique Inoussa Waongo, directeur régional en charge de l’agriculture du Sahel.

« Au niveau de l’agriculture, nous n’avons pas pu faire beaucoup de réalisations en ce sens que tout ce qui est réalisé est concentré au niveau central à Ouagadougou. Mais avec certains projets, nous avons pu inscrire ces infrastructures pour être réalisées dans le cadre du PUS », fait-il savoir.

Inoussa Waongo, directeur régional en charge de l’agriculture du Sahel

D’autres actions ont été menées dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme. « Nous avons une gare routière qui a connu certaines réalisations et d’autres sont en cours, l’extension du Centre médical (CM) urbain. Nous sommes en train de bénéficier des aménagements des périmètres maraichers de 20 hectares au niveau du barrage de Yakouta, dans le village de Oulo, un des villages de la commune de Dori », énumère Boureima Bokoum, le premier adjoint au maire de cette commune.

Pour ces trois réalisations, Boureima Bokoum a indiqué qu’ils ont mené l’étude de faisabilité, et c’est sur la base de cette étude que le financement a été bouclé. « Pour ce qui est des trois réalisations au profit de la commune, je peux dire que nous sommes satisfaits », affirme-t-il.

Au regard des réalisations, Inoussa Waongo note un effet positif parce que cela a permis de réaliser à temps certaines infrastructures. « Entre les prévisions et les réalisations, nous sommes à un taux satisfaisant. Tout ce qu’on a inscrit dans le cadre du PUS-BF a été presqu’à 98% exécuté », estime-t-il.

A la fin de l’année 2017, la situation d’exécution physique globale fait ressortir un taux de 48 % au niveau des trois composantes opérationnelles du programme, correspondant à un taux d’exécution financière de 55,65%, rapportent les responsables du PUS-BF. Au 31 décembre 2018, le taux d’exécution physique est de 44,06% et le taux d’exécution financière, de 44,06%.

Situation PUS-BF en 2017 (Dori)

Situation d’exécution du plan de travail annuel budgété 2018 du PUS-BF (Dori)

« Souvent, c’est à partir de Ouagadougou que tout est décidé »

Le taux satisfaisant d’exécution de ce programme semble ‘’ravir’’ la vedette aux initiatives des collectivités territoriales. C’est le cas de la commune de Dori où certaines des actions sont déversées dans le panier du PUS-BF, suite à une collaboration. « On a des facilitations mais malheureusement, cela est capitalisé comme étant les acquis du PUS-BF, qui a accepté de nous permettre d’identifier les fournisseurs et les entreprises », explique le premier adjoint au maire.

Et même lorsqu’il s’agit des activités du programme, il y a des cas où les autorités locales se sont senties ‘’ignorées’’. « Souvent, c’est à partir de Ouagadougou que tout est décidé. On envoie les correspondances à la direction régionale de l’Eau, par exemple pour dire que nous avons bénéficié de tant de forages », relate Boureima Bokoum, qui pense que cette procédure n’est pas bonne, lorsqu’on sait que cela fait partie des compétences transférées. « Il faut au moins transférer les ressources aux communes pour leur permettre de mener leurs activités comme cela se doit. On ne peut pas quand même identifier les entreprises à partir de Ouagadougou et dès que les gens viennent, c’est déjà fini », déplore-t-il.

Défendant sa thèse, cet élu local a pris l’exemple d’une situation que sa commune a vécu : « dans le domaine de l’éducation, par moment, on nous transfère des ressources. On lance alors des appels d’offre ; on procède à l’identification de l’entreprise. Mais quand l’entrepreneur vient de Ouagadougou, tout est ficelé là-bas. Les gars viennent seulement déposer leurs valises ici sans même souvent nous dire bonjour. On a vécu ce cas, que nous avons déploré, parce que si les choses doivent se réaliser chez nous, à notre bénéfice, en principe, il faut que nous soyons aussi des acteurs clés. C’est ainsi qu’il y aura un suivi très régulier. »

Réhabilitation de la maternité et de l’ancien dispensaire

PUS-BF ou PNDES ? « C’est tellement confus »

Quelle différence existe-t-il entre le PUS-BF et le Plan national pour le développement économique et social (PNDES) ?

« Sur le terrain, même nous, on n’arrive pas à faire la différence ». C’est la confidence faite par Boureima Bokoum à un de ses collaborateurs. Il affirme qu’il n’arrive plus à comprendre, tellement c’est confus. « On nous dit que tout ça [les actions] fait partie du PNDES. Certes on accepte, mais en réalité c’est tellement confus. Je pense qu’on n’a pas besoin de toutes ces appellations pour mettre en œuvre un programme », a-t-il laissé entendre.

Pour Inoussa Waongo, il n’y a pas de confusion. D’ailleurs, sa compréhension de la chose est ‘’claire et tranchante’’ : « Entre le PUS-BF et le PNDES, il n’y a pas de confusion ! Le PNDES est un document référentiel au niveau national, alors que le PUS-BF ne part pas au-delà du PNDES. Tout ce que le PUS-BF exécute, c’est dans le cadre du PNDES ».

Le PUS-BF prolongé en 2021

Le conseil des ministres du 21 juin 2017 a adopté le Programme d’urgence pour le Sahel au Burkina Faso (PUS-BF) pour la période 2017-2020 et il a été lancé officiellement à Tongomayel le 03 août 2017 sous le parrainage du premier ministre, Paul Kaba Thiéba. Le PUS-BF a pour objectif de contribuer à l’amélioration de la sécurisation des personnes et des biens dans la région du Sahel.

Le PUS-BF trouve son fondement dans le PNDES, les plans communaux de développement des communes concernés, la loi relative à la sécurité intérieure et sa Stratégie nationale de la sécurité intérieure (SNSI) ainsi que les politiques sectorielles des secteurs sociaux de base.

Face à cette nouvelle situation sécuritaire, le Conseil d’orientation stratégique (COS) a décidé de prolonger le PUS-BF de 2020 à 2021. Cette décision répond également à l’appel des forces vives de la nation notamment l’Assemblée nationale (AN) et des partenaires au développement à l’extension du PUS-BF face à la propagation de la menace terroriste.

Cryspin Masneang Laoundiki
(lcryspin@yahoo.fr)
LeFaso.net

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