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Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Par Aïssata Laure G. Sidibé • jeudi 20 juin 2019 à 08h58min
Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

1919-2019. Voilà 100 ans que la France a créé la colonie de Haute-Volta devenue Burkina Faso en 1984 sous la Révolution démocratique et populaire dirigée par Thomas Sankara. Dans le cadre de la commémoration du centenaire, cet entretien avec le Pr Magloire Somé, Historien spécialisé en histoire religieuse contemporaine à l’Université Joseph Ki-Zerbo, a permis de revisiter les grandes périodes qui ont rythmé l’évolution de la Haute-Volta coloniale, pour une meilleure compréhension de l’histoire de notre pays.

Lefaso.net : Dans quelles circonstances la colonie de Haute-Volta a-t-elle été créée ?

Pr Magloire Somé : Les circonstances de la création de la Haute Volta sont liées à la situation du Haut-Sénégal-Niger pendant et au lendemain de la Première Guerre mondiale. En effet, pendant cette période, il y a eu une série de révoltes. Il s’agit d’abord de la révolte des Toussian, à l’ouest de Bobo Dioulasso, débutée au quatrième trimestre de l’année 1913, et qui s’est poursuivie en 1914. Cette révolte a été réprimée dans le sang par Henri Maubert, administrateur commandant le cercle de Bobo-Dioulasso. Puis s’en est suivie en 1914 la révolte des Touaregs dans l’Oudalan actuel.

Quels ont été les grands acteurs de cette création de la Haute-Volta ?

Les acteurs, ce sont les Français. C’est le gouvernement français qui avait décidé de créer la Haute-Volta, parce qu’il avait fait le constat que l’administration était trop éloignée des administrés et qu’il fallait la leur rapprocher.

La parenthèse de la dislocation de la Haute-Volta après sa création est porteuse de quel message ?

La dislocation de la Haute-Volta relève de la politique de la France en Afrique occidentale. La France a créé la Haute-Volta à un moment donné où elle a estimé qu’il le fallait pour résoudre la difficulté de l’administration de l’AOF, mais aussi en fonction de ses propres intérêts. En 1932, c’est toujours en fonction de ses intérêts du moment que la France a estimé qu’il fallait supprimer la Haute-Volta. Comprenez que la France a conquis un empire et puis elle l’organise et le réorganise comme elle veut au gré des intérêts du moment.

Est-ce qu’au moment de la dislocation de la Haute-Volta, il y avait des élites intellectuelles ?

Selon le système éducatif mis en place à cette époque, la France n’avait ni la volonté, ni l’ambition de former des élites. La classe politique française de cette époque était consciente qu’en formant des intellectuels aux colonies, on créait les germes de la contestation de la domination coloniale.

Le 5 août 1960, le président Maurice Yaméogo a proclamé l’indépendance de la Haute-Volta (devenue Burkina Faso en 1984, avec l’avènement de la Révolution). D’aucuns disent qu’il a pris cette décision sans au préalable conclure une quelconque entente de coopération avec la France. Quel est votre opinion sur la question ?

C’est trop réducteur de dire qu’il n’y avait pas eu d’entente préalable avec la France. La France de De Gaulle, en 1958, avait proposé un processus pour aller à l’indépendance. De Gaulle avait demandé que la France fasse une communauté avec ses anciennes colonies : la Communauté franco-africaine.

Et pour cette communauté, il a proposé un référendum qui a eu lieu le 28 septembre 1958. Il a battu campagne pour cela à travers toute l’Afrique française de l’époque. La plupart des Africains étaient d’accord avec la Communauté franco-africaine, à l’exception de la Guinée-Conakry.

Et la Guinée prit immédiatement son indépendance. Pour tous les autres pays qui ont accepté d’appartenir à cette communauté, c’est progressivement qu’ils ont accédé à l’indépendance ; et c’est progressivement qu’un certain nombre d’accords ont été signés. Sur les accords de défense par exemple, la Haute-Volta de Maurice Yaméogo fut le pays de la Communauté franco-africaine qui refusa les accords de défense proposés par la France et dont un des termes était le maintien de l’armée française sur notre territoire.

L’euphorie de l’indépendance n’a-t-elle pas eu des conséquences lourdes pour « le jeune État » ?

L’euphorie des indépendances a voulu peut-être qu’on se sépare de la France, mais les Français ont dit : « Si vous nous chasser, vous êtes les grands perdants. Vous avez encore besoin de techniciens, y compris les militaires pour vous accompagner dans l’élaboration et la mise en œuvre de vos politiques de développement ».

Sous la présidence du général Aboubakar Sangoulé Lamizana (1966 à 1980), les autorités voltaïques ont compris que c’était toujours nécessaire d’avoir ces techniciens-là comme soutiens. Donc, elles ne les ont pas chassés. Dans les années 1980, il y avait toujours de nombreux coopérants français dans notre pays. C’est par ce système que la France a gardé des liens avec ses anciens territoires.

Toutefois, sous la Révolution démocratique et populaire, avec Thomas Sankara, les accords de coopération ont été révisés. Les révolutionnaires ont fait comprendre à la France, que le Burkina Faso a désormais suffisamment d’élites dans divers domaines, donc ils n’ont plus besoin de l’assistance dans tous les domaines. Une assistance qui coûtait cher au budget de l’État…

Quels qualificatifs peut-on attribuer aux premiers moments de la gestion du pouvoir d’État après cette indépendance ?

La gestion du pouvoir sous la première République, du point de vue de la gestion de l’administration, se faisait dans la continuité de la colonisation avec tantôt des Africains à la tête des institutions, tantôt des Français maintenus à la tête de certaines institutions lorsqu’on n’avait pas de Voltaïque qualifié pour occuper le poste.

La Constitution de la première République rédigée en 1958, et promulguée le 11 décembre 1958 (ce qui explique notre 11-Décembre), avait donné le plein pouvoir au président Maurice Yaméogo. Celui-ci était omnipotent. Et comme il était omnipotent, il avait abusé de son pouvoir.

Les abus du pouvoir l’amenaient à remanier très fréquemment le gouvernement, de sorte que l’on avait l’impression qu’il y avait des crises qui justifiaient les changements fréquents de l’équipe gouvernementale. Dans sa volonté de créer un parti unique, il rencontrait la résistance de l’opposition et n’hésitait pas à jeter les opposants les plus radicaux en prison. Il y eut beaucoup de prisonniers politiques
La Constitution, qui avait mis en place un régime présidentiel fort, n’était pas au bénéfice de la stabilité du pouvoir. C’est là une des raisons de la faillite de la première République où le président Yaméogo prenait pratiquement tout seul les décisions et, par conséquent, mettait l’Assemblée nationale et ses collaborateurs sur le fait accompli.

Quelles ont été les expériences démocratiques que le pays a connues ?

La première République est une expérience démocratique parce qu’elle était fondée sur une Constitution où des élections avaient lieu régulièrement, même si ces élections n’étaient pas très transparentes. Après cela, il y a eu l’expérience de la deuxième République à partir 1970 où le président Sangoulé Lamizana avait fait voter la Constitution de la deuxième République qui était semi-présidentielle. Cela veut dire qu’on avait diminué un peu le pouvoir du président.

L’Assemblée nationale contrôlait l’exécutif. Cette expérience a fait long feu. Elle n’avait duré que quatre ans, de 1970 à 1974. En effet, les élections étaient prévues pour 1975, mais les partis politiques étaient encore dans des déchirements internes, des affrontements, à tel point que le président de la République avait estimé que si on organisait des élections dans un climat de désordre, on ne gagnerait pas en stabilité dans le pays ; donc il a renvoyé les civils et fait appel aux militaires.

Parmi ces expériences, lesquelles sont porteuses d’enseignements positifs pour notre pays ?

Toutes les expériences citées ci-dessus sont porteuses d’enseignements. Relativement à la quatrième République, le président Blaise Compaoré avait les pleins pouvoirs. C’est une quatrième République qui a duré des décennies. Le président Compaoré avait mis en place un système qui lui permettait d’être toujours réélu, jusqu’à ce que le peuple soit lassé de cette gouvernance faite de turbulences et n’en voulait plus, surtout lorsqu’il a voulu modifier l’article 37 de la Constitution.

À cause du régime fort de la IVe République, le Conseil national de la transition avait jeté les bases pour une cinquième République. Le régime du président Roch Kaboré a mis en place une commission constitutionnelle qui a élaboré une nouvelle Constitution devant faire l’objet d’un référendum pour son adoption.

Là aussi, on a tiré les leçons du pouvoir présidentiel trop fort et on est revenu à l’idée d’un pouvoir semi-présidentiel. La nouvelle Constitution, qui va faire l’objet d’un référendum, limite les pouvoirs du président. Toute expérience du pouvoir, quelle que soit sa durée dans le temps, offre des possibilités de tirer des leçons de la gestion du pouvoir.

Est-ce qu’une meilleure connaissance de l’histoire de notre pays pourrait contribuer à forger une citoyenneté responsable et cultiver le patriotisme ?

Oui. L’histoire permet de forger quelque part la citoyenneté en rappelant que par le passé, les différents peuples qui composent la nation d’aujourd’hui se sont soit affrontés entre eux dans le temps, soit se sont unis contre un ennemi extérieur commun. Et qu’à force de vivre ensemble dans le même espace territorial, à force de travailler, ont fait naître la volonté commune de construire l’État-nation, d’en faire une nation. On prend alors conscience qu’on a un destin commun.

Donc, on a intérêt à consolider cette nation qu’on est en train de créer. De ce point de vue, l’histoire est un facteur puissant de réalisation de la citoyenneté. On peut s’appuyer sur l’histoire pour enseigner la citoyenneté aux gens. Ce n’est pas parce que, par le passé, on s’est bagarré qu’on continuera à se bagarrer. On tait les antagonismes pour tisser des liens de solidarité sur la base de l’appartenance commune au même ensemble territorial, sur lequel nous construisons ensemble, avec un nécessaire élan de patriotisme, l’État-nation.

Quel est l’héritage légué par le centenaire de la Haute-Volta dont ce pays peut s’enorgueillir ?

On a noté, sous la colonisation, une valeur qui était la valeur au travail. Cette valeur a caractérisé le Voltaïque. On a également noté, pour la Haute-Volta, l’attachement de l’ensemble des peuples voltaïques à leur liberté. À titre d’exemple, les soulèvements successifs des peuples voltaïques, d’abord pour secouer le joug de la colonisation, puis pour contester les abus du pouvoir dans la période postcoloniale : le 3 janvier 1966. On peut aussi parler de la Révolution comme un mouvement qui a canalisé beaucoup d’énergie chez des Burkinabè.

Enfin, l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, qui a montré que le peuple burkinabè est attaché à la valeur de la liberté. Il y a aussi la valeur de tolérance, parce qu’au Burkina Faso, on a vu quand même que comparativement à ce qui se passe ailleurs, le vivre-ensemble était quelque chose de sacré où il y a eu des brassages, qui se poursuivent encore aujourd’hui. L’esprit de tolérance a beaucoup caractérisé le Voltaïque. Voilà donc trois valeurs essentielles que l’on peut considérer comme héritage du passé.

Au regard de cet héritage, quels sont les défis du moment qui restent à relever ?

Les défis sont nombreux. Même si j’ai parlé de tolérance, avec ce qui se passe dans le monde, dans la sous-région, le vivre-ensemble est en train de s’effriter. Même la valeur du travail s’affaiblit. L’esprit de tolérance est en train de s’évanouir comme un vivant en agonie. Et de plus en plus, des gens affichent des idées radicales qui ont tendance à confronter les différentes composantes de la population.

Vous voyez que le gouvernement insiste sur la cohésion sociale jusqu’à en faire une mission de gestion du pouvoir d’État confiée au ministère de l’Administration territoriale. Pour que nous puissions relever le défi du développement, il faudrait que nous puissions d’abord relever le défi de la cohésion sociale. Il y a aussi la question de l’incivisme. Comment renouer avec le civisme dans notre pays ? S’il n’y a pas de cohésion sociale, de civisme, de patriotisme (…), le développement devient impossible.

Cent ans après son existence, quel avenir envisagez-vous pour le Burkina Faso ?

L’historien n’est pas un prophète pour dire que telle chose va se passer de telle manière dans tel espace-temps, mais il peut esquisser des perspectives. Dans ce que j’appellerai perspectives, c’est qu’au jour d’aujourd’hui, nous sommes confrontés à la question de l’insécurité. Ce problème est à prendre très au sérieux parce qu’il menace notre vivre-ensemble et notre stabilité.

Y-a-t-il une fondation solide de l’esprit de la nation burkinabè, au regard des affrontements entre communautés pour une sorte d’affirmation identitaire ?

Une nation est toujours une construction permanente. Nulle part dans les pays développés, vous n’allez entendre des gens dire qu’ils ont fini de construire leur nation. Il y a toujours des menaces contre l’esprit national. Surtout que nous, nous sommes une jeune nation en construction. Les fondements de ce jeune État restent encore fragiles. Et par conséquent, nous avons besoin de cette cohésion sociale pour nous mettre dans une union sacrée et consolider l’État-nation. Même en Europe, aux États-Unis, en Chine, l’État-nation est menacé.

Est-ce que vous pouvez nous apporter des éclairages sur le Cercle de Saye rattaché au Niger en 1927 ?

Il y a eu le Haut-Sénégal-Niger créé en 1904. En 1911, on a détaché le Niger et on a constitué le territoire militaire du Niger. En 1919, quand on a créé la Haute-Volta, le Haut-Sénégal-Niger dont il s’agissait, c’était un territoire qui regroupait le Mali actuel et le Burkina Faso actuel. Quand on a détaché la Haute-Volta en 1919, sa limite orientale était le fleuve Niger. On a créé plus tard, en 1920, le Soudan français. Et en 1921, le colonisateur français a créé le territoire du Niger dont la capitale était à Zinder, pratiquement dans le désert.

En 1926, comme des problèmes d’eau se posaient à Zinder, il a décidé de déplacer la capitale du Niger au bord du fleuve, à Niamey. Si on gardait le Cercle de Saye dans la Haute-Volta, la capitale du Niger serait situé au bord d’une frontière. C’est ainsi que le colonisateur français a décidé de détacher le Cercle de Saye et de le rattacher au Niger. Cette décision fut prise en 1926. Quand la France a disloqué la Haute-Volta en 1932, pour la reconstituer en 1947, elle a dit que la Haute-Volta est reconstituée dans ses frontières de 1932.

Il faut que les Burkinabè comprennent que le Cercle de Saye n’est pas mis en débat. Ce n’était pas une partie de notre territoire que le territoire voisin aurait conquis par l’épreuve de force. Le colonisateur français avait conquis l’ensemble de ces pays ; puis il les organisait et les réorganisait comme il le voulait. En d’autres termes, il n’y a pas de sort, pour ce qui nous concerne, nous Burkinabè, du Cercle de Saye.

Quelle analyse faites-vous de la situation nationale rythmée, entre autres, par des mouvements d’humeur tous azimuts ?

Malgré nos différences, nous sommes les mêmes et nous avons le devoir de construire ensemble un Burkina Faso prospère. C’est cette prise de conscience qui, quelquefois, nous fait gravement défaut. Les questions de conquête et de gestion du pouvoir donnent à voir que nous sommes en train de nous bagarrer et que plus rien n’est possible.

Un autre fait est aussi remarquable : le fait des égoïsmes qui émergent et qui font oublier l’essentiel. Les égoïsmes, c’est au niveau, par exemple, des multiples revendications où les gens pensent qu’il faut tout conquérir ici et maintenant, qu’il faut tout gagner dans le court terme, en oubliant que nous avons le devoir de construire le Burkina Faso pour la postérité, le Burkina Faso de demain, pacifique et émergent. Ce n’est pas à travers l’égoïsme que nous allons pouvoir le faire.

Interview réalisée par Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 20 juin à 07:52, par B.Ducasse En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Je n’avais encore jamais lu une synthèse aussi complète sur l’histoire de la Haute-Volta/Burkina Faso.Ce qui me frappe c’est la difficulté de transformer une division administrative en un Etat,voire une nation.Lorsque le colonisateur "découpe"ce territoire il répond à un souci d’administration et ne tient aucun compte des réalités des populations concernées.Preuve en est la suppression pure et simple en 1932 !L’indépendance a été réalisée dans ce cadre:y avait-il d’autres possibiltés(regroupements de territoires…) ? J’ai vécu deux ans en Haute-Volta et,depuis,je reste très attaché à ce pays si tourmenté ces derniers mois...

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  • Le 20 juin à 08:33, par dewrebie En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    lebidior felicitations ! Tu as garde la meme vivacite...
    Merci de rappeler d’ou nous venons afin de savoir ou nous allons ou voulons aller
    Merci de rappeler a certains que le chef de canton n’a rien de traditionnel contrairement a eux qui s’agitent dans un but egoiste.

    Malheureusement au jour d’aujourd’hui l’egoisme et l’individualisme, c’est la principale cause ou manifestation de ce que l’on appelle pudiquement incivisme

    Quant au faux probleme du cercle de saye, comprenons que la reactivation de toute peice d’un pretendu probleme entre bien dans la strategie de destabilisation et de destruction du pays et toute la sous region. Meme le ghana n’est pas epargné

    C’est le meme probleme que veulent soulever ces idiots d’une pretendue renaissance des peulh. Certains avaient tenté de reveiller un fameux mouvement autonomiste du grand sud ouest, etc.

    bref l’Histoire est et reste le Grand Instructeur de l’Humanité et ceux qui ne veulent pas le comprendre en porteront l’entiere responsabilité
    Dewre some téonbaore

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  • Le 20 juin à 08:57, par AMKOULLEL En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    L’interview est vraiment de qualité et merci professeur et merci à la journaliste. Mais je voudrais relever un point que je ne partage pas, professeur, et j’espère que vous ne m’en voudrez pas. En Septembre 1958, vous dites que toutes les colonies étaient d’accord pour rester dans la communauté à l’exception de la Guinée de Sékou TOURE. Dire cela revient à légitimer la thèse imprimée par le COLON et qui fait office de thèse officielle. Mais dire cela revient à nier le désir d’émancipation totale de nos peuples. Avant 1958, les révoltes que vous avez soulignées sont le signe de quoi, à votre avis ? Nos sociétés n’ont JAMAIS accepté la présence étrangère sur nos terres. C’est parce que nous avons été battu que cette installation étrangère s’est opérée. Après dire que toutes les colonies étaient d’accord pour la communauté avec la FRANCE revient à nier la DIGNITÉ de nos ancêtres à s’élever contre l’occupation de leur territoire. On ne peut pas comprendre le référendum du 28 Septembre 1958 sans revenir et comprendre la CONFÉRENCE DE BRAZZAVILLE du 30 Janvier au 08 Février 1944, organisée par le COMITÉ FRANÇAIS DE LIBÉRATION NATIONALE alors que la FRANCE est OCCUPÉE, COLONISÉE, HUMILIÉE par l’Allemagne. Voilà un pays, la FRANCE, qui est une colonie Allemande au moment des faits, qui vient en Afrique, qu’elle a colonisé, qu’elle occupe pour organisé une conférence sur le rôle et l’avenir de l’empire colonial français, conférence à laquelle AUCUN AFRICAIN n’est associé. Voilà un pays, la FRANCE, colonisée qui lutte et organise sa LIBÉRATION, parce qu’on est à 4 mois du DÉBARQUEMENT DES ALLIES en Normandie, mais qui dans le même temps PLANIFIE comme asseoir sa propre DOMINATION sur d’autres peuples. Cette conférence conclu en ces termes : "Toute idée d’autonomie, toute possibilité d’évolution hors du bloc français de l’Empire : la constitution éventuelle, même lointaine, d’auto-gestion dans les colonies est à ÉCARTER" Les premiers leaders AFRICAINS à ce moment qui se sont levés contre cela sont les responsables CAMEROUNAIS de l’UPC avec Um NYOBE et ses camarades. Voilà cher Prof, pourquoi vous concluez depuis lors que toutes les colonies est d’accord pour la communauté avec la France en 1958. C’est ça que le colon a décidé et faut qu’on arrête de réfléchir toujours avec le cerveau du colon, on a atteint le fond comme ça, on ne peut pas continuer de creuser. Reprenons notre capacité de réflexion autonome et indépendante et traçons notre modèle de pensée propre à nous plutôt qu’à continuer à réciter ce que le COLON nous dicte. C’est le seul moyen de pouvoir, un jour, RÉÉCRIRE NOTRE HISTOIRE, NOTRE GRANDE ET BELLE HISTOIRE avec nos idées, nos mots, nos conceptions propres, nos théories propres.

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    • Le 20 juin à 11:31, par Nani En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

      Cher AMKOULLEL, je crois que vous n’avez pas bien compris la portée des propos du Professeur. Il ne nie pas votre interprétation des évènements mais il parle de ce qui a été fait et visible. Même si vous estimez peut être que la collaboration avec la France après les indépendances a été en quelque sorte "forcée", il n’en demeure pas moins que la Guinée de Sékou Touré n’a pas été "forcée". N’est ce pas vrai que c’est le seul pays qui à l’indépendance a décidé de tourner carrément le dos à la France ?
      Il n’ y avait que deux possibilités à l’époque à mon avis : collaborer et devenir progressivement "autonome" tout comme le Professeur l’a expliqué, ou rompre totalement et immédiatement comme le Guinée.
      C’est certain que si vous étiez l’interviewé, vous prendrez les choses par un autre bout, notamment le sentiment de notre peuple face à la colonisation, manifesté à plusieurs reprises et vous aurez sûrement raison. Mais le Professeur a pris les choses sous un autre angle. et j’allais dire, qui est surtout administratif"

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  • Le 20 juin à 11:06, par OrchardDr En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Très interessant, C’est ce genre d’histoire qu’on devrait enseigner dans nos écoles au lieu de bourrer le crane de nos enfants avec l’histoire de France ou d’Europe.

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  • Le 20 juin à 13:29, par Yaa-Mâam En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Très propre. Et du même du coup, c’est quoi rabattre le caquet de certains qui ont écrit des épopées fantaisistes de leur case ronde en prétextant que c’est untel dignitaire traditionnel qui est allé demander à la France de reconstituer la Haute-Volta et que la reconstitution de la Haute -volta serait la réponse à cette requête.

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  • Le 20 juin à 18:12, par SOME Magloire En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Je remercie les uns et les autres de l’intérêt qu’ils ont eu en lisant l’interview que j’ai accordée au Fasnet. L’histoire n’étant pas une science exacte, son écriture soulève toujours des débats d’idées autour des grands événements. Comme l’a bien fait remarque l’internaute Nani, le texte est le résultat d’une interview. Donc je réponds à des questions posées en m’efforçant d’en respecter l’esprit.
    J’ai eu de l’admiration pour Amkoulel qui a ouvert le débat sur l’agency africaine face au choc colonial. Il est vrai qu’aucun colonisé ne s’est complu de sa situation de colonisé, y compris les intermédiaires qui bénéficiaient des avantages du système colonial. Car rien ne vaut la liberté, donc l’indépendance. Pour ce qui est du référendum de septembre 1958, je rappelle qu’il s’agit d’une consultation électorale où les urnes ont parlé. Dans les pays qui y ont pris part, c’est en Guinée que les urnes ont montré que les Africains qui y vivent ont suivi le mot d’ordre de leurs élites, celui du rejet de l’offre de la communauté. Chez les autres, le « oui » l’ayant emporté, cela s’est traduit par une acceptation de l’offre proposée par De Gaulle. Les élections étaient-elles truquées ? transparentes ou non ? Il y a eu, suivant les pays, des scores de 90 à 99, 98% de oui. Ces mêmes types de résultats se retrouvent à peu près dans l’Afrique postcoloniale lorsqu’on engage des consultations électorales.
    Quand je discute avec des amis du CDP, certains me rétorquent que c’est une minorité qui a chassé le régime Compaoré du pouvoir. Une minorité, la population des villes. L’un d’eux est allé jusqu’à me demander ce que représente les populations des villes par rapport au 19 ou 20 millions de Burkinabè. Il a oublié que la force mobilisatrice de ce qu’il a appelé la minorité des villes était d’autant plus forte que les digues du pouvoir Compaoré ont cédé. Certes, c’était une minorité, mais une minorité qui a su s’organiser et qui a de ce fait eu le pouvoir d’agir. De la même manière, il y a quelques mois en RDC, des élections ont été organisées. Le vainqueur proclamé des urges a-t-il la réalité du pouvoir ? Est-ce que la majorité des Congolais ont voté pour lui ? Beaucoup de Congolais et d’observateurs en doutent. Mais c’est la proclamation de cette « vérité » des urnes qui fait foi.
    De même, cette France occupée par l’Allemagne organisait la résistance et avait compris qu’il ne fallait pas lâcher ses colonies. Et pendant la guerre, les leaders africains dont vous parler n’ont pas eu le pouvoir de s’organiser pour rejeter la colonisation de cette France affaiblie et occupée. Au sortir de la guerre en 1947, les nationalistes malgaches qui ont pris les armes pour conquérir l’indépendance de Madagascar ont été écrasés dans le sang par cette France affaiblie par la guerre, mais suffisante puissante face à nos moyens dérisoires pour imposer sa loi. C’est ça aussi la vérité. Quand, au cours des années 1950, les Ruben Um Nyobé ont lancé l’insurrection pour chasser le colonisateur du Cameroun, le rapport de force était d’autant plus déséquilibré qu’ils ont été anéantis par la même France qui a organisé comme elle l’a voulu le processus de l’indépendance en plaçant les hommes qui lui était favorables au poste de responsabilité.
    Ce n’est pas en adoptant forcément la position anti-néocolonialiste comme vous le montrer par votre réaction que l’on se décolonise le mieux. Très souvent ce type de raisonnement a de sérieuses limites parce qu’il conduit quelquefois à s’éloigner de toute objectivité et à voir et/ou envisager autrement les choses.
    En tout cas merci Monsieur Amkoulel d’avoir montré de l’intérêt aux débats d’histoire en prenant le contrepied de certaines de mes affirmations.

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  • Le 20 juin à 22:32, par Dibi En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    De petites et importantes remarques qui n’enlèvent rien à cette synthèse succincte :
    1- l’oubli des révoltes Bwa et San dite révolte de Poundou de 1916
    2- La campagne pour le " NON" au référendum de 1958 du professeur Joseph Ki-Zerbo en Hte Volta (notamment en pays San et dans le Sahel Peulh).
    - 3- Diverses raisons majeures et géostratégiques motivent la reconstitution de la Hte-Volta en 1947.
    - Il y a la défense des intérêts français dans la sous-région ; notamment la défense du colonat et de l’économie de plantation forestière sur la côte.
    A cette fin, reste fondamentale, l’appui de l’administration coloniale sur une certaine réserve sociale conservatrice féodale sur le plateau centrale voltaïque, dans le cadre de la guerre froide naissante entre le camp libérale (néo-impérialiste) et le camp soviéto-socialiste (progressiste anti-impérialiste) à la fin de la 2ième guerre mondiale ; une donnée qui reste encore globalement vraie quant à l’histoire des idées et des positionnements idéologiques des élites politiques de notre pays placé au cœur du pré carré françafricain. Et ça, les Français l’ont toujours compris à notre insu ou avec notre complicité !
    Na an lara, an sara !
    La patrie ou la mort !

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  • Le 20 juin à 23:13, par gohoga En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Bonjour à tous. Je souhaite que Pr nous parle du Cercle de Tera qui faisait partie de la Haute-Volta en 1919. Il faut dire qu’à la création de notre pays, il faisait plus de 305000 Km2. aujourd’hui il fait 274200 KM2. on a perdu 31000 KM2.Si nous perdons encore procès en cours avec le Benin, on sera réduit ;
    Le Pr n’a pas parlé de 2 évènements politiques très importants à mon avis :- l’expulsion de l’armée français 1963 et les élections présidentielles de 1978 ou pour la seule foie un président en exercice est mis en ballotage en Afrique et Haute-Volta.

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  • Le 20 juin à 23:16, par AMKOULLEL En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Merci cher professeur de votre réaction. On se comprend professeur mais, in fine, je trouve que la manière dont nous enseignons l’Histoire, nous concernant, est toujours faite du point de vue de l’autre. Cela a la facheuse façon de nous désarmer, de construire des élites étrangères à leur propre HISTOIRE et du coup on s’étonne après que ces élites se retrouvent à défendre, quasi dans un reflexe, les intérêts étrangers, à préferer l’étranger au détriment des siens. 100% de l’enseignement de l’histoire dans nos pays est enseigné à mettre l’HOMME NOIR à la périphérie de l’occidental ou à la remorque du monde. Voyez cher Professeur, combien de Burkinabé ayant été à l’école et même jusqu’à l’université est au parfum des différentes revoltes voltaïques 1913-1917 ? ça n’existe pas dans nos programmes ou est évacué au coin de la table d’une discussion d’un enseignant.
    Nous devons impérativement mettre au CENTRE l’homme NOIR, l’AFRICAIN, dans l’enseignement de l’Histoire. En cela, le Dr MOLEFI ASANTE, chercheur Africain-Américain fait un travail formidable avec son concept AFROCENTRICITY ou AFROCENTRICITE. Il est d’une urgence absolue, cher Professeur, de nous en inspirer car nous allons vraiment à la dérive et pire, nous faisons tout en l’envers dans l’enseignement de notre histoire et ce, de BONNE FOI. Grand merci à vous.

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    • Le 21 juin à 14:33, par Hess En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

      Merci AMKOULLEL pour la pertinence et la profondeur du propos. Malheureusement notre Pr semble être lui-même le fruit du processus que vous dénoncé. Ma première réaction a été censurée et pourtant j’allais dans votre sens. Je précisais d’ailleurs que le sujet de la création du territoire a été éfleurée pour faire un ramassi chronologique des affaires politiques du pays. On veut savoir dans quelles conditions on a commencé à faire pays. Vos avez cité Dr ASANTE, KI-ZERBO, BALIMA, ... il faut une perspective africaine.

      Parlant de l’enseignement de l’histoire au Burkina... c’est scandaleux. On ne parle sommairement de qlq événements politiques et on évacue complètement le social, l’économie, la démographie et les institutions et les valeurs de l’époque considérée.

      Malheureusement, on est obligé de constater que certains intellectuels ont honte de l’organisation politique d’antan de leurs communautés d’origines. C’est très dommage et dangereux surtout car ils se sentent obligés de dénigrer les autres communautés nationales. Ce n’est pas responsable et c’est très dangereux. N’alimentons pas les replis identitaires en vexant les uns les autres par des analyses biaisées. Si on n’est pas compétent sur le sujet, déclinons l’invitation de l’interview.
      (Voir un article publié par Sidwaya en mars dernier, sur le même sujet.)

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  • Le 20 juin à 23:29, par Fg Hien En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Merci Prof SOME pour la démonstration faite dans les commentaires en réponse à votre contradicteur. C’est ce qui fait la différence entre les intellectuels et les militants qui ne peuvent pas s’elever au-dessus de leurs passions...Merci frangin...😀

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  • Le 23 juin à 10:17, par Fousseny Traoré En réponse à : Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

    Analyse très instructive. Merci Pr. SOME toujours égal à lui même, précis. Merci à lefaso.net

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