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La diplomatie : « Un métier d’influence et de relations » (Dr Poussi Sawadogo)

Accueil > Actualités > Opinions • Par Dr Poussi Sawadogo • lundi 3 juin 2019 à 22h20min
La diplomatie : « Un métier d’influence et de relations » (Dr Poussi Sawadogo)

La présente réflexion est née d’une mission accomplie le 16 mars 2019 au profit du Syndicat autonome du ministère des Affaires étrangères (SAMAE). En effet, à cette date, le syndicat des diplomates m’a fait l’honneur en m’invitant comme communicateur à la journée de formation des acteurs de la mise en œuvre de la politique étrangère du Burkina Faso. J’ai eu le plaisir de co-animer le thème « Syndicalisme et diplomatie ».

Depuis lors, je sens le besoin d’aborder, pour mes étudiants et pour l’opinion publique nationale, les contours d’un métier entouré de mythes et pourtant pragmatique et fortement relationnel. Il s’agit d’un témoignage d’un diplomate de fonction, et non en mission, et d’une contribution d’un enseignant de diplomatie et de relations internationales qui capitalise près de deux décennies de service. C’est aussi l’écrit d’un journaliste par passion et d’un coach-formateur par vocation.

Les États ont inventé un métier pour créer, maintenir et développer des relations amicales et contribuer à la paix et à la prospérité des nations. Né le 24 octobre 1648 par les dispositions des traités de paix de Westphalie, l’État moderne a compris que la cohésion entre les nations et les peuples était la garantie de la survie et de la prospérité des hommes et du monde. Les princes, ou gouvernants, ont été fort inspirés d’utiliser la diplomatie comme moyen de pacification des relations entre les pays.

Permanente en temps de paix, la diplomatie est aussi présente et constante dans l’exécution de ses missions en temps de guerre. En Afrique, les pratiques diplomatiques sont anciennes dans les royaumes et autres entités politiques. Il est fait écho d’envoi d’ambassades itinérantes entre l’Empire mandingue et les rois du Sud, notamment ceux du Moogo et de l’Ashanti. La diplomatie est un métier à part entière qui ne saurait se confondre à toute autre fonction au niveau national.

La diplomatie, une fonction de médiation et de bons offices

La diplomatie est avant tout une fonction de médiation et de bons offices entre l’interne et l’externe, entre le national et l’international. La diplomatie est la conduite de négociations entre les personnes, les groupes ou les nations. Elle se rapporte habituellement à la conduite des relations internationales par l’entremise de diplomates professionnels. La diplomatie est la mise en œuvre de la politique étrangère.

La politique étrangère d’un pays est l’ensemble des choix stratégiques et politiques des plus hautes autorités de l’État, le président de la République, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères. Elle est mise en œuvre par des diplomates et d’autres acteurs et couvre les domaines de la diplomatie, de la défense, du commerce, des investissements, du tourisme…

La diplomatie est avant tout un métier d’influence et de relations. Petits et grands États ont la responsabilité de commercer d’égal à égal. La courtoisie internationale oblige les uns et les autres au respect mutuel. Malgré les grandes différences sur les plans politique, économique, culturelle et technologique, les diplomates savent se rendre la meilleure monnaie par la considération réciproque et l’amitié intelligemment exprimée. La diplomatie est avant tout la maîtrise de l’art de la parole.

La parole est comprise ici comme un outil d’influence, un instrument de la puissance douce (soft power). La fonction la plus emblématique du diplomate demeure la négociation. Négocier, c’est dialoguer et communiquer, c’est parler pour construire, c’est écouter pour comprendre, c’est agir pour soulager. Cultiver de meilleures relations constitue un préalable indispensable à la négociation. La diplomatie est alors un métier de relations. C’est pour cela qu’on parle de « relations diplomatiques ». Le diplomate a comme mission principale de construire des ponts entre des nations. Pour cela, il doit avoir toutes les qualités et toutes les compétences du leader.

La diplomatie, un corps particulier

La nature de la fonction du diplomate l’amène à paraître comme un être mythique qui vit entre deux monde : le national (quand il exerce à la Centrale) et l’international (quand il travaille en ambassade). Même quand il exerce au niveau national, il est toujours entre deux avions. Il est un agent de liaison fidèle qui entretient un lien étroit entre son pays et les autres pays. Les premières leçons reçues à l’école de diplomatie porte sur les intérêts cardinaux de l’État : la sécurité, la prospérité et le rayonnement international.

En effet, le diplomate doit œuvrer pour la sécurité de son pays par une diplomatie de bon voisinage et de paix. Il doit promouvoir d’excellentes relations de coopération et de partenariat pour le développement économique et social de son pays. Il doit, enfin, œuvrer à donner à son pays une très bonne image sur la scène internationale. Conscient de ces missions, le diplomate assume des fonctions de plénipotentiaire, qui disposent de larges pouvoirs pour agir au service de son pays. C’est ce qui fait de la diplomatie un domaine de souveraineté et un corps particulier.

Au cours du vingtième siècle, la diplomatie a connu de grandes mutations. L’émergence du multilatéralisme à travers l’éclosion des institutions internationales onusiennes, transcontinentales (OCI, OIF, Groupe des non-alignés…), régionales (UE, UA…), sous-régionales (CEDEAO, UEMOA, CILSS…), ont nécessité plus d’imagination et de créativité des acteurs diplomatiques.

De nouveaux défis internationaux comme la crise du nucléaire, la crise de la dette, le terrorisme et la migration ont également poussé les diplomates au-delà de leur zone de confort. Être diplomate exige du savoir, du savoir-être et du savoir-faire. Il faut aussi ajouter que le diplomate est avant tout un assistant des autres fonctions nationales.

Dans les négociations et dans les actions de coopération, il doit se tenir disponible pour faciliter les interactions internationales entre les acteurs de l’éducation, de la santé, du sport, de la défense, de la sécurité, du genre et bien d’autres. Cela a donné lieu à des expressions comme : « coopération interuniversitaire », « coopération inter hospitalière », « diplomatie sportive », « diplomatie environnementale », « diplomatie militaire », « diplomatie de la sécurité »…

Le diplomate, un serviteur disponible et fidèle

Plus que dans d’autres métiers, la diplomatie exige la maîtrise de l’environnement multiculturel. Des pays comme la France, l’Allemagne, les États-Unis et le Canada forment leurs diplomates en conséquence. Le Sénégal se distingue en Afrique par une formation académique et pratique de ses diplomates pour l’insertion internationale : les uns orientés vers la bilatérale, les autres guidés pour une carrière multilatérale. Et que fait le Burkina ? Quel quota pour les diplomates de carrière dans les missions diplomatiques et permanentes ? Quelle politique de placement des diplomates burkinabè dans les organisations régionales et internationales ? Des questions qui méritent d’être prises en compte.

Mais, il revient aux diplomates burkinabè de le mériter. Quelle vision de carrière chaque diplomate se donne dès son intégration au ministère des Affaires étrangères ? La jeune génération doit comprendre qu’une carrière linéaire qui consiste à évoluer dans le corps sans une expérience dans d’autres milieux professionnels à l’interne ou à l’externe est contre-productive. Partout, on a besoin de l’éclairage des diplomates. Ils peuvent bien servir dans les autres administrations au sein des directions en charge de la coopération, des relations internationales, de la diplomatie sectorielle.

Les diplomates peuvent apporter leur expertise à la diplomatie parlementaire et à la coopération décentralisée. Avoir une expérience dans les organisations non-gouvernementales, dans les institutions internationales et même dans les entreprises privées constitue un atout pour le diplomate du vingt-unième siècle.

La diplomatie, un métier de talent, de passion et de conscience

Par sa formation et par sa vocation, le diplomate doit relever des défis externes. Son parcours professionnel se passe en grande partie à l’extérieur. Pendant longtemps, on a cru que la diplomatie est une fonction qui peut accueillir n’importe qui. Au regard des exigences et pour le souci d’obligation de résultats, on comprend vite qu’il faut être préparé pour être un bon diplomate. Il ne suffit même pas de réussir à un concours et d’intégrer le ministère des Affaires étrangères pour être diplomate au sens strict du terme. Il faut en plus de cela, et c’est indiscutable, avoir du talent, de la passion et de la conscience pour le métier.

S’il y a un métier de grand sacrifice, c’est bien la diplomatie. Ils ont été nombreux à sacrifier leur vie de couple, l’avenir de leurs enfants et leur santé pour cette mission patriotique. J’ai entrepris, il y a quelques années, une recherche sur l’éducation des enfants et la carrière diplomatique et les témoignages font froid au dos. Certains diplomates apparaissent comme des personnes heureuses, ils ont raté l’essentiel : l’éducation de leurs enfants. Certains appellent l’autorité à agir pour éviter aux jeunes générations les mêmes tourmentes. En d’autres termes, tous les jeunes qui aspirent à intégrer cette fonction d’élite doivent savoir à l’avance qu’il y a un prix à payer. C’est beau d’être entre deux avions, mais c’est aussi douloureux de voir ses propres enfants aller tout droit au mur. Comment concilier les deux impératifs ?

Dr Poussi SAWADOGO
Conseiller des Affaires étrangères
Conseiller andragogique à l’Institut d’Accompagnement des Carrières Diplomatiques et Internationales (IACDI)

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