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Impact du terrorisme sur l’économie : Une étude fait l’état des lieux dans les pays du G5 Sahel

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Par Marcus Kouaman • mercredi 15 mai 2019 à 22h00min
Impact du terrorisme sur l’économie : Une étude fait l’état des lieux dans les pays du G5 Sahel

« Impact économique du terrorisme dans les pays du Sahel ». C’est sous ce thème que l’Institut Free Afrik, en partenariat avec le Centre international pour l’entreprise privée (CIPE) basé à Washington, a mené une étude. Un volet des résultats de cette étude qui a concerné les pays du G5 Sahel (Burkina, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) a été restitué lors d’un panel ce lundi 13 mai 2019 à Ouagadougou.

Comment l’insécurité, principalement le terrorisme, affecte les économies des pays du G5 Sahel et quelle attitude adopter pour répondre à cette situation à laquelle font face ces pays ? C’est partant de là, que les chercheurs du Burkina, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad ont mené cette étude, objet de ce panel. Modéré par Haroun Sidat, point focal Afrique du CIPE, le panel a été co-animé par le directeur exécutif de l’Institut Free Afrik, Dr Ra-Sablga Ouédraogo du Burkina ; Yari Camara, chercheur associée de l’Institut Free Afrik ; Dr Aristide Mabali du Tchad ; Moussa Hamed, conseiller analyste chercheur de la Mauritanie ; Dr Boubacar du Mali.

Chaque panéliste a décrit comment le terrorisme se manifeste dans son pays, quel est l’impact sur l’économie et quelles sont les recommandations. Pour la Mauritanie, la première attaque terroriste a eu lieu le 4 juin 2005 et a fait 17 morts et 20 blessés. S’en est suivie une autre attaque sous la transition politique en 2007, avec quatre touristes français qui ont perdu la vie. Par la suite, on a assisté à des assassinats de militaires et à des enlèvements. Cela, jusqu’en septembre 2011. C’est à cette date que les attaques terroristes ont pris fin en Mauritanie jusqu’à ce jour.

Selon le panéliste Moussa Hamed, il a fallu une réponse militaire avec des commandos légers qui se déplaçaient facilement dans le pays pour intervenir. Et surtout une approche religieuse pour éradiquer ce fléau. Toujours dans la zone rouge, selon le classement de la diplomatie française, malgré l’absence d’attaques, économiquement le tourisme mauritanien a été affecté.

C’est depuis 2009 que le Niger connaît des attaques terroristes avec la secte Boko Haram. Les choses ont empiré après la guerre en Libye en 2011 et la crise au Mali en 2012. En 2015, Boko Haram a commis des exactions dans la région de Diffa. À ce jour, on compte, dans cette région, plus de 1 500 morts par le fait du terrorisme. Du point de vue économique, le terrorisme touche en premier lieu les dépenses publiques. Du coup, l’injection de fonds dans les dépenses militaires se fait au détriment de l’éducation et de la santé. Le Niger, qui produit notamment l’uranium, a vu son secteur minier lourdement touché avec l’enlèvement des travailleurs expatriés d’Areva en 2010.

Ce qui a engendré un blocage des activités pendant un an, alors que l’État continue à dépenser pour sécuriser le site. Avant les attaques terroristes, la population de la région de Diffa vivait de la pêche et de la culture du poivron avec un gain de 35 milliards de francs CFA. L’État avait décidé d’arrêter ces différentes productions car les terroristes s’approvisionnaient en poisson et en poivron dans la région. À en croire le paneliste, cette mesure drastique a tué économiquement la région. Et par manque d’emploi, les jeunes se sont fait enrôler par les djihadistes.

La manifestation terroriste au Burkina Faso a débuté le 4 avril 2015 avec l’enlèvement d’un Roumain. En janvier 2016 est intervenue l’attaque du restaurant-café Capuccino et de Splendid hôtel, doublée par des attaques dans la région du Sahel depuis cette date. Au troisième trimestre de 2018, le terrorisme a connu une mutation avec des attaques dans la zone est du pays, le Nord, la Boucle du Mouhoun... sans compter que les terroristes, en plus de viser les Forces de défense et de sécurité, assassinent la population. Et un nouveau visage de ce terrorisme vient d’apparaître avec l’attaque des communautés (Yirgou, Arbinda), de religieux et de coutumiers.

Au Burkina Faso, le terrorisme a beaucoup d’impacts sur l’économie. Par exemple, certains acteurs du Bâtiment et des travaux publics n’arrivent plus à exécuter les marchés dans les régions touchées par le terrorisme. Au niveau des mines, l’exploitation se poursuit mais il y a une baisse de l’exploration. Alors que sans cela, la quantité de production finira par baisser dans les années à venir. Le manque à gagner au niveau du tourisme est de 3,9 milliards de F CFA en 2016 -2017.

Le Tchad n’est pas en reste face à cette insécurité qu’il vit depuis les années 60, avec les mouvements de rébellions. La première attaque terroriste a eu lieu en mars 2015 par la secte Boko Haram. Au départ, les attaques visaient les civils, mais depuis quelques temps, ce sont les militaires qui sont dans le viseur. Cette situation d’insécurité augmente les dépenses militaires.

En 2005-2006 par exemple, 5% à 8% du Produit intérieur brut (PIB) a été consacré à cela. Ce qui est largement au-dessus de ce qu’on injecte dans la santé et l’éducation. Le secteur de l’élevage a une part de 15% au PIB. En raison de cette insécurité, les routes pour écouler le bétail ne sont plus sûrs, d’où le problème d’écoulement.

Le pic de l’insécurité est intervenu au Mali en 2011. S’en est suivie la crise en 2012 et depuis cette date, le pays connaît des attaques terroristes jusqu’à ce jour. En 2012 par exemple, le Mali avait un taux de croissance de - 0,4%, alors qu’avant cela, ce taux était à 3%. Il y a eu une diminution du budget de l’État de près de 31% en 2012. À cause de l’insécurité, les investisseurs ont quitté le pays, donc plus d’investissement. Du 5e poste de dépense en 2011 derrière l’éducation et la santé, les dépenses pour la sécurité et la défense sont passées au premier rang en 2016-2017 avec 16% du budget. Et l’éducation, la santé viennent respectivement derrière avec 11% et 6%.

Que faire pour contrer ce fléau dans ces zones touchées ? Les panelistes recommandent entre autres le renforcement de la résilience des zones d’insécurité. Que l’État joue un rôle de coordination dans les actions militaires (Barkhane, Minusma, G5 Sahel) car chacun intervient sans coordination. La preuve est que la multiplicité des acteurs ne fait pas baisser les attaques. Aussi, il faut plus aller dans le développement local et améliorer les opportunités économiques. Et surtout améliorer les rapports entre le public et le privé.

Marcus Kouaman
(kmagju@gmail.com)
Lefaso.net

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