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Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

Accueil > Actualités > Opinions • • jeudi 9 mai 2019 à 23h09min
Crise au sein de la Justice burkinabè : Me  Paul Kéré  tire la sonnette d’alarme

Considérant que les avocats dans tout pays sont les derniers remparts de la lutte contre l’arbitraire, Me Paul Kéré, avocat aux barreaux de Paris et de Nancy, donne son opinion sur la crise que vit le système judiciaire burkinabè et que dénoncent les avocats par un arrêt de travail.

Aux termes du Conseil des Ministres n° 8 du 8 mai 2019, pour le compte du ministère de la Justice, un rapport a été adopté concernant le bilan de l’organisation des concours du personnel du corps des greffiers de la session de 2018 et à la demande d’autorisation de recrutement sur concours professionnels, sur trente-deux (32) postes à pourvoir, vingt-et-neuf (29) ont été effectivement pourvus dont vingt (20) pour les greffiers en chef et neuf (09) postes de greffiers. Au titre de concours directs, les cents (100) postes prévus ont été pourvus dans les trois (3) concours ouverts.

Par ailleurs, le Conseil des Ministres, en ladite séance, a marqué son accord pour le recrutement au titre de l’année 2019, de vingt (20) greffiers en chef, de dix (10) greffiers et de cinq (05) secrétaires des greffes et parquets pour les concours professionnels, le recrutement de soixante-dix (70) greffiers et de trente (30) secrétaires des greffes et parquets pour les concours directs.

Ces recrutements de greffiers (s’il en faut nécessairement) s’inscrivent concomitamment dans la droite ligne d’une relecture sectaire du Code de l’Organisation Judiciaire, le 2 mai dernier à l’Assemblée Nationale que Monsieur René BAGORO, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, a considéré comme une nouvelle réforme de l’organisation judiciaire.

Cependant, à y regarder de près, d’une part, ces recrutements et, d’autre part, cette « pseudo » nouvelle réforme ne constituent en réalité qu’un maigre et chétif coup d’épée dans l’eau pour la simple raison que le gouvernement actuel de notre pays ne peut, à la fois, refuser de satisfaire, ou, à tout le moins, « traîner les pieds » dans la satisfaction des revendications salariales légitimes des Greffiers (déjà en poste dans les juridictions) et, dans le même temps, escompter des promotions et des recrutements de nouveaux Greffiers et/ou de secrétaires de Greffe dans les Parquets.

Quant à la prétendue réforme de l’organisation judiciaire présentée par le Garde des Sceaux, elle comporte un grave péché originel de ne pas avoir suffisamment associer les professionnels du Droit, que sont les hauts magistrats chefs de Cours et Tribunaux, les avocats en nombre suffisant, n’en parlons pas des huissiers et des notaires pourtant membres à part entière de la famille judiciaire.

Si les âmes bien nées n’attendent pas le nombre des années, il convient de souligner que certains chefs de juridiction (qui se reconnaîtront naturellement) ou certains avocats pénalistes au titre desquels votre humble serviteur opinant, n’ont nullement été associés à cette réforme pourtant nécessaire et importante dans la mesure où certains textes pénaux datent de plus de 50 ans.

C’est bien dommage, Monsieur Le Garde des Sceaux, et il faut le dire sans sourciller et sans complaisance, parce que notre pays nous appartient à tous, même si le peuple burkinabè a transféré provisoirement son pouvoir à un parti composé d’un groupe de personnes, mais surtout, les réformes doivent non seulement être consensuelles, et associer ainsi le plus grand nombre de sachant-praticiens afin qu’à l’arrivée, chacune des composantes de ces sachant-praticiens puisse se reconnaître dans un meilleur fonctionnement de la justice de notre pays, car sans justice, c’est le chaos !

Ainsi donc, les réformateurs « sectaires » auraient pu introduire une disposition qui aurait permis de sortir de l’impasse actuelle avec la grève et/ou le mouvement d’humeur des greffiers, à savoir, qu’en cas de circonstances exceptionnelles (à l’instar d’un arrêt dit « WINKELL » du 7 août 1909), les chefs des Cours et Tribunaux puissent édicter une ordonnance après avis du Parquet permettant de statuer en l’absence de greffier. Que nenni !

Il est tout de même assez curieux que Monsieur René BAGORO, actuel Garde des Sceaux, issu pourtant du corps de la magistrature et surtout, antérieurement, militant syndical chevronné ne puisse pas s’accorder assez promptement avec le syndicats des gardes de sécurité pénitentiaire ou celui des greffiers afin de trouver une solution rapide à ces mouvements d’humeur et/ou grève de ces deux catégories de gens de justice qui participent, indéniablement, au fonctionnement du service public de la justice au point que les avocats de l’ordre national se voient contraints de s’y mêler à ce noble combat.

Le gouvernement MPP et ses alliés de circonstance doivent, au plus vite, se rendre à l’évidence que les avocats qui exercent dans tous les pays ayant adopté la forme républicaine, constituent, incontestablement, et n’en déplaise aux prestidigitateurs à la semaine, les derniers remparts contre l’arbitraire…et toute la cohorte de malveillances que cela comporte.

A défaut de satisfaire les Garde de Sécurité Pénitentiaire et les Greffiers pour une reprise urgente du fonctionnement normal de la justice dans notre pays, ils (le Gouvernement MPP et ses alliés politiques actuels) s’exposent inutilement à l’anéantissement d’un service public de la justice qui ne pourra que leur être préjudiciable. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer sur les réseaux sociaux (s’il vous plaît avec des images à l’appui), les salariés de la SONAPOST qui viennent, impunément, heureusement sous la protection de la vaillante police nationale, expulsé « manu militari » leur Directeur Général. Si ce n’est l’absence ou le déni de justice, est-ce la fin de l’autorité de l’Etat ou la faiblesse d’une justice qui ne fonctionne plus déjà normalement depuis plus de six mois ?

Paul KÉRÉ
Chevalier de l’Ordre National
Docteur en Droit de l’Université de Paris 1- Panthéon Sorbonne
Avocat aux Barreaux du Burkina et de Nancy

Vos commentaires

  • Le 9 mai à 14:29, par Le villageois En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Me Kere ferait peut-être un bon ministre de le justice.
    Pourquoi pas ? Essayons le et s’il echoue on le pend haut et court à la place de la nation.

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  • Le 9 mai à 16:32, par Koumbem Tipousga En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Ce monsieur est toujours ridicule, mais il ne se fatigue jamais. Confère l’affaire Tambao.

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  • Le 9 mai à 16:47, par bourgou En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    même discours prêtant l’attention du citoyen et le gouvernant en lui affectant sa confiance , son affection et son amour, cette justice, qui s’octroyant et s’accaparant du pouvoir magistral du peuple burkinabè, sans remords ni regret a trahit la loi dans son palais. ainsi plonge-t-elle la population toute entière dans une cruelle déception historique qui finit par calquer dans la tête du pauvre l’intérêt égoïste face à une impasse tragédie de terrorisme. le peuple insurgé contre l’injustice autrefois Me Kéré, qu’en est-il ? à quand l’espoir du peuple ?
    Une justice indépendante, non corrompue, transparente voilà tout ce que l’on voulait !
    Malheureusement le poisson pourri par la tête !
    c’est ainsi qu’à la rencontre des intérêts individuels et égoïstes la morale magistrale s’est enfouie dans sa coquille.

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  • Le 9 mai à 18:30, par le dit out En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Félicitation à Maître qui a pris son courage pour dire les choses comme il se doit. en tout cas, on se demande si demain, ce n’est pas un autre DG qui va prendre la porte par la même méthode. Où est passé l’autorité de l’Etat, doit - on nommer en fonction des désirs et plaisir du personnel d’une société d’état ?
    je n’en crois pas à mes yeux et je pense que les autorités doit bien réfléchir sur la question pour qu’elle ne soit pas un précédent qui va occasionner un effet d’entrainement

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  • Le 9 mai à 19:14, par le dit out En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Félicitation à Maître qui a pris son courage pour dire les choses comme il se doit. en tout cas, on se demande si demain, ce n’est pas un autre DG qui va prendre la porte par la même méthode. Où est passé l’autorité de l’Etat, doit - on nommer en fonction des désirs et plaisir du personnel d’une société d’état ?
    je n’en crois pas à mes yeux et je pense que les autorités doit bien réfléchir sur la question pour qu’elle ne soit pas un précédent qui va occasionner un effet d’entrainement

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  • Le 9 mai à 19:29, par le dit out En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Félicitation à Maître qui a pris son courage pour dire les choses comme il se doit. en tout cas, on se demande si demain, ce n’est pas un autre DG qui va prendre la porte par la même méthode. Où est passé l’autorité de l’Etat, doit - on nommer en fonction des désirs et plaisir du personnel d’une société d’état ?
    je n’en crois pas à mes yeux et je pense que les autorités doit bien réfléchir sur la question pour qu’elle ne soit pas un précédent qui va occasionner un effet d’entrainement

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  • Le 10 mai à 08:25, par Aemed En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Venant du sieur Kere, je ne m’en réjouis pas, avec le populisme exacerbé qu’il engendre que tout le monde a constaté lors de ces procès du Putch. Son arrogance ne plaide pas à sa faveur pour donner des conseils au Gouvernement, il oublie peut être qu’il n’a pas à faire avec son homme de la transition Sieur Yacouba Zida mais plutôt à un autre Monsieur. Dans ces procès, il n’a jamais voulu que l’on cite le nom de Zida, à chaque fois il le balayais avec un revers de main et son acharnement contre les prévenus et même contre les témoins. Il ne veut surtout pas q’on évoque le cas de la OSC où il étais un membre très important.

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    • Le 10 mai à 12:21, par Paul Kéré En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

      Aemed, il importe peu que ta gringalette et chétive individualité accorde du crédit à mes écrits indépendants et libres ; au passage de ton délire diabolique tu me fais trop d’honneur dont je n’ai pas besoin. Si la justice ne fonctionne pas si ton voisin te tue y’aura rien. C’est ça qui est grave. Apparemment tu n’es pas avocat et ça me fait gentiment sourire que des non-avocats veulent donner des leçons aux avocats dans l’exercice de leur profession. Un avocat qui n’est pas arrogant et percutant dans un dossier ne peut pas être un bon avocat. Je voudrais simplement t’infliger une petite correction, vu ton extrême faible niveau de compréhension de notre noble profession. La « leçon » que je donne au Gouvernement est dans l’intérêt général et non dans l’intérêt d’un groupuscule Mpp et ses alliés qui ont montré leurs limites dans la gouvernance. Si le Président du Faso ne peut plus gouverner le pays, si Le ministre de la justice qui est notre ministre de tutelle ne peut plus nous gouverner, qu’ils présentent leur démission et vous verrez qu’il y aura des gens compétents dans notre pays pour leur succéder. Quand j’obtenais ma maîtrise en 1988-1989 à l’Ecole de Droit, M. BAGORO n’´était pas au Cp1. Donc va-t-en donner tes conseils non démagogiques. Pour écrire un article sur le net il faut en avoir les moyens intello-courageux. Et je dispose plus que ça. J’aime mon peuple et cela me fait souffrir de voir qu’il souffre alors que des solutions existent à portée de main. Enfin, je te remercie de l’honneur que tu me fais, mais si un jour il faut défendre les OSC ou ZIDA je serai là pour assumer mon serment. Reste humble pour apprendre des autres. Paul KÉRÉ.

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  • Le 10 mai à 08:30, par sidwaya Gomis En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Merci maître et que votre exemple à travers ce post, soit largement suivi et par les autres avocats et par les magistrats. Une vraie réforme (une réforme juste, pertinente et adaptée à notre contexte) de la justice ne viendra que des acteurs de la justice elle même.

    Si les acteurs directs de la justice se refusent à cette réforme, c’est d’autres qui vont la faire à leur place comme on l’a vécu sous la révolution où les avocats étaient des "songdas". La justice révolutionnaire n’était somme toute pas pas mal comparée à ce qui se passe aujourd’hui, mais comme elle ne venait pas des acteurs de la justice elle a fini par disparaître.

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    • Le 11 mai à 07:33, par Paul Kéré En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

      Merci Sidwaya GOMIS de la pertinence de votre post. Je crois que le fonctionnement de la justice ne doit pas être la chasse gardée d’un seul ministre de la justice avec son groupuscule de clan ou de pseudo conseillers techniques qui ne peuvent même pas se conseiller eux mêmes a fortiori conseiller le ministre. Roch doit lui même virer tous les conseillers qui passent le temps à lui mentir et faire appel à des gens indépendants et libres comme moi. Le Ministre BAGORO est un bon gars et à titre personnel je l’apprécie. Mais je ne comprends pas pourquoi il est dans cette position de rectitude, sans doute les pesanteurs politiques qu’il doit, dès lors assumer indépendamment de nos bonnes relations. Quand on a un bon ami on lui dit les gwê, comme le disent les ivoiriens. Une bonne réforme est celle qui associera tous les acteurs de la justice. À défaut ce sera un coup d’épée dans l’eau. Paul Kéré.

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  • Le 15 mai à 11:50, par Le bissa En réponse à : Crise au sein de la Justice burkinabè : Me Paul Kéré tire la sonnette d’alarme

    Maître Kere recherche 5 bons bissa avocat de tous barreaux du monde entiers et qui sont bien musclés pour aller ligoter Bagoro avec une corde et l’amener au village des bissa et pas à Réo pour le soigner parce qu’il est atteint d’une grave pathologie. Il est devenu sourd et muet alors qu’il faut répondre rapidement aux revendications salariales des GSP et des Greffiers. Quels sont les candidats ?

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