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Déclassement de la forêt de Kua : « Une des potentialités de cette forêt, c’est l’existence des sources d’eau », selon un inspecteur des eaux et forêts

Accueil > Actualités > Environnement • LEFASO.NET | Par LEFASO.NET • jeudi 9 mai 2019 à 00h03min
Déclassement de la forêt de Kua : « Une des potentialités de cette forêt, c’est l’existence des sources d’eau », selon un inspecteur des eaux et forêts

La forêt de Kua se situe à cheval entre le village de Kua et celui de Pala, à environ sept kilomètres du centre-ville de Bobo-Dioulasso, en bordure de la nationale n°1. Avec une superficie estimée à 350 hectares, elle a été classée suivant l’arrêté 891/SE du 27 avril 1936 par l’administration coloniale. Seize hectares sur les 350 que compte la forêt classée de Kua, pourraient être déclassés pour y construire un Centre hospitalier universitaire. Depuis que le conseil municipal de Bobo-Dioulasso s’est dit favorable au déclassement, des réactions diverses sur la question animent les réseaux sociaux, les causeries publiques et la presse.

Le projet de déclassement de la forêt classée de Kua, dans la commune de Bobo-Dioulasso, pour y construire un centre hospitalier universitaire (CHU) fait couler beaucoup d’encre. En effet, le conseil municipal de Sya a adopté le 19 avril 2019, une délibération portant avis favorable pour le déclassement d’une superficie de 16 hectares de la forêt classée de Kua pour la construction d’un centre hospitalier.

La construction de ce CHU dans la commune de Bobo-Dioulasso est un projet du gouvernement burkinabè avec comme bailleur de fonds, la Chine populaire. Pour ce faire, plusieurs sites ont été explorés dans la commune notamment dans le quartier Belle Ville, dans le village de Borodougou et un site derrière le CMA de Dafra sur la route de Léguéma. Tous ces sites ont été abandonnés pour des raisons diverses. Finalement, c’est le site de la forêt classée de Kua qui a été choisi, d’où la nécessité de déclasser 16 ha pour l’implantation de l’hôpital. Pour ce qui est du projet, tout le monde est unanime sur son importance. Cependant, déclasser une partie de la forêt pour installer cet hôpital, semble être inconcevable pour beaucoup.

Selon Cheick Sidi Mohamed Traoré, inspecteur des eaux et forets, cette forêt classée regorge de nombreuses potentialités. On y trouve environ 170 espèces végétales ligneuses et herbacées avec une densité de 112 pieds par hectare soit 40 mille pieds pour l’ensemble de la forêt, sans compter les arbustes. On y trouve également les espèces fauniques notamment des rongeurs, tels que les lièvres, les écureuils et les rats, les singes et des oiseaux d’espèce savanicole. « Une des potentialités de cette forêt, c’est l’existence des sources d’eau », a-t-il indiqué.

Les inspecteurs des eaux et forets Cheick Sidi Mohamed Traoré les bras croisés et Koffi Emmanuel Dabiré

En effet, on dénombre environ cinq sources d’eau dans cette forêt dont une qui est pérenne, qui coule à tout moment de l’année. « C’est une forêt périurbaine comme Dindérésso, Kuinima et Kou. C’est le poumon vert de la ville de Bobo. Cette forêt permet non seulement de séquestrer les gaz, le carbone mais aussi, elle permet de libérer dans notre atmosphère, de l’oxygène qui est très utile pour notre santé. Toutes ces forêts sont là pour protéger le Bassin versant du Kou (rivière qui alimente la plaine de Bama). Sans ces forêts, peut-être que le Kou avait tari avec toutes les conséquences », a laissé entendre M. Traoré. Avant d’ajouter que le ministère en charge de l’Environnement a bénéficié de l’appui de la Coopération luxembourgeoise pour l’aménagement de ces forêts à hauteur de 4 milliards 654 millions de F CFA.

Toutefois, il affirme que la place d’un hôpital n’est pas dans une forêt classée. « Nous sommes tous contents du projet de construction de l’hôpital. Tout le monde connaît son importance, mais pas dans une forêt classée. Cette forêt a pour rôle de protéger entre autre le bassin versant du Kou et c’est partant de la nappe phréatique que repose cette forêt. Qui parle d’hôpital parle de pollution chimique, de produits chimiques qui seront utilisés. Jusque-là, ils ne nous ont pas fait cas d’une étude qui a été réalisée pour voir la gestion de ces eaux usées qui auront des conséquences sur la nappe », a dit Cheick Sidi Mohamed Traoré.

Pour lui, déclasser 16 hectares de cette forêt classée signifierait que demain dans cette même commune de Bobo-Dioulasso ou ailleurs dans le pays, cette action sera répétée. « Aujourd’hui, la couverture forestière du pays est à 13% or les conventions que le pays a ratifiées, veulent que la couverture forestière soit d’au moins 30%. Nous ne sommes même pas à la moitié et déclasser 16 ha aujourd’hui, cela veut dire que c’est un boulevard qu’on va ouvrir pour le déclassement d’autres forêts », a-t-il martelé.

C’est ainsi que le ministre de l’Environnement, de l’économie verte et du changement climatique, à travers un communiqué du 29 avril adressé au maire de la commune, s’est prononcé sur le déclassement de cette forêt de Kua dans la commune de Bobo-Dioulasso par son conseil municipal. Selon le ministre Nestor Batio Bassière, « un conseil municipal n’a ni le pouvoir, ni l’autorisation de déclasser tout ou une partie d’une forêt classée de l’État, encore moins en changer la destination ». A cet égard, ladite délibération ne peut donc être appliquée.

Pour le maire de la commune de Bobo-Dioulasso, Bourahima Fabéré Sanou, la délibération en question n’est pas une autorisation de déclassement de la forêt, mais un avis favorable que la commune a émis à la suite d’une requête du ministère de la Santé. A l’en croire, c’est le principal partenaire pour la construction de ce centre de référence qu’est la Chine populaire, qui a identifié une partie de la forêt classée de Kua.

Le ministère de la Santé a alors saisi la commune de Bobo-Dioulasso pour demander son avis afin d’enclencher la procédure de déclassement en collaboration avec son homologue de l’Environnement. Il a par ailleurs expliqué que la forêt de Kua étant une forêt nationale, seul le conseil des ministres est habilité à la déclasser. Selon certaines sources, la commune a donné un avis favorable parce que le ministère de la Santé a promis en compensation de reverdir un espace de 30 hectares dans la commune.

Le syndicat des travailleurs de l’environnement indigné

Indigné, le syndicat des travailleurs de l’environnement, du tourisme et de l’hôtellerie des Hauts-Bassins ne tarde pas à se saisir de l’affaire. Les acteurs de l’environnement se sont ainsi mobilisés le lundi 6 mai dernier sur le site de la forêt classée de Kua pour donner de la voix. Ils s’opposent ainsi au projet de déclassement de 16 ha de cette forêt au profit de la construction d’un centre hospitalier. « Selon les textes, l’initiative de déclassement d’une foret doit venir du ministre en charge des forêts et non d’une commune. Cette décision ressemble à une manipulation politique qui est au delà des intérêts des nations », a indiqué Drissa Millogo, secrétaire général du SYNTETH.

Drissa Millogo, SG SYNTETH

Ils sont tous unanimes à reconnaitre qu’il faut un hôpital de référence à Bobo. Cependant, ils estiment que ce n’est pas de l’espace qui manque dans la ville. Pour eux, ce déclassement entrainera la disparition de beaucoup d’espèce animales et végétales dont regorge cette forêt, « et pire polluera nos sources d’eaux ». C’est pourquoi, le SYNTETH reste déterminé à défendre la forêt de Kua. Il a lancé ainsi le mardi 7 mai 2019, un appel à protestation des travailleurs de l’environnement.

Selon Drissa Millogo, les agents seront sur place au service, mais sans être aptes à travailler. Toutefois, a-t-il souligné, des courriers ont été déposés auprès du haut-commissaire de la province du Houet, du directeur provincial de l’Environnement, de l’économie verte et du changement climatique et auprès du procureur du Faso de Bobo-Dioulasso.

Le syndicat invite cependant tous les acteurs à travailler à augmenter les superficies forestières avec des plantations d’arbres.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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