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Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

Accueil > Actualités > Opinions • Par Hamza Kouanda • mardi 30 avril 2019 à 21h55min
Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

La visite annoncée de la chancelière allemande, Angela Merkel, à l’université Joseph Ki-Zerbo, rappelle à ce citoyen, l’amer souvenir du passage d’Emmanuel Macron. Il s’en explique dans le point de vue ci-dessous.

Il y a quelques jours, à travers lefaso.net, j’ai appris qu’ Angela Merkel arrive le 1er mai à Ouagadougou et que le 2 mai elle partagera « sur le campus de l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, avec la jeunesse étudiante, sa vision sur l’avenir du continent » africain.

À la lecture de cette phrase, d’amers souvenirs refont surface et je n’ai pas pu réprimer ces deux questions qui s’engouffrèrent dans mon esprit à la manière d’une vague qui submerge une digue : quel est ce pays où les dirigeants livrent la jeunesse à chaque aigle qui se pose ?

Quel est ce pays où chaque aigle qui passe avec arrogance peut édicter sa vision déformante pour tout un continent ?

Chaque aigle venu d’outre-mer à qui nous accordons le privilège de s’exprimer du haut des pupitres de nos universités ne s’adresse nullement aux étudiants burkinabè. Ces derniers, malheureusement, ne sont que des figurants (parfois soigneusement choisis par les autorités locales selon des critères bien mystérieux). En effet, à travers les microphones et caméras des médias occidentaux venus pour l’occasion, l’aigle s’adresse aux habitants de son pays.

L’image qui est alors diffusée doit traduire le message suivant : « Regardez le discours de vérité que j’ai tenu à la jeunesse de ce pays, à la future élite de tout ce continent ».

Pour atteindre cet objectif, la mise en scène bien huilée se déroule de la façon suivante. L’aigle (qu’il soit jupitérien, impérial ou autres) occupe le rôle principal, il a une posture active dans la mesure où il est maître du temps et professe à sa guise « sa vision » « pour » l’Afrique.

Inversement, dans cette représentation, la jeunesse est assignée à un rôle passif, c’est-à-dire l’écoute attentive de la leçon qui lui est faite.

Ainsi, à ceux qui prétendraient qu’en venant en ce lieu symbolique (temple du savoir), l’hôte du jour accorderait une considération à la « jeunesse » burkinabè (et par extension à la « jeunesse africaine » comme certains aiment à généraliser), je rétorque qu’il s’agit d’une simple mise en scène, d’une stratégie de communication, qui tend à valoriser celui qui a le monopole de la parole plutôt que celui qui écoute.

Respecter les jeunes (les étudiants) et s’intéresser à leur futur impliquerait à minima de les écouter en leur laissant la liberté de ton et de discours afin qu’ils expriment leurs vécus, racontent leurs prises d’initiatives, leurs difficultés, leurs idéaux et leurs aspirations.

À ce jour, tel n’est pas encore le cas. Or, vous conviendrez avec moi qu’il n’est chose plus incongrue qu’un invité qui se permet d’indiquer la manière dont vous auriez dû disposer le mobilier de votre demeure, ou la façon dont vous devriez éduquer vos enfants.

Le lecteur sceptique pourrait être tenté de dire que mon propos ne s’attache qu’à des dimensions purement symboliques : il aurait alors en partie raison. Toutefois, il n’est pas absurde de considérer qu’en matière de politique et de diplomatie tout comme dans les rapports sociaux, les codes revêtent une importance capitale dans la mesure où, de façon subtile (voire subliminale), ils permettent des véhiculer des messages pour susciter l’influence, l’adhésion et parfois la domination (soumission).

Lorsqu’ en novembre 2017 « Jupiter » a foulé le sol burkinabè, nos plus hautes autorités ont été confrontées à une forme de violence symbolique. Cette main rejetée, cette joue tapotée, ce président interpellé pour la climatisation, voilà quelques exemples qui traduisent le processus par lequel les représentants de ces « grandes puissances », ces aigles convaincus de leur supériorité (de façon consciente ou inconsciente) tendent à légitimer leur domination vis-à-vis de ceux qu’ils perçoivent comme inférieurs.

Le drame de cette violence symbolique s’opère lorsque le « dominé » intègre les codes du dominant de sorte à considérer que cette relation hiérarchique n’est point artificielle, mais plutôt « naturelle », « normale ». À ce sujet, nous pouvons retenir que nos autorités ont soutenu l’idée selon laquelle cette façon de tutoyer publiquement et d’interpeller un président comme nul n’oserait apostropher un garçon de café correspond à de l’humour.

En prélude au rendez-vous annoncé, force et courage aux étudiants.

À l’amertume du 28 novembre conjurée, aux étudiants qui malgré eux risquent d’être une nouvelle fois les dindons d’une farce avariée, à cette jeunesse à qui le rôle de figurant est assigné, à ces étalons du pays du Ditanyè, ces quelques vers d’un poète anonyme :

« Ne dis pas que c’est mon cheval, dis que c’est mon fils,
Il est pur comme de l’or […]
Il dit à l’aigle : descends ou je monte vers toi »

Hamza Kouanda
Citoyen burkinabè

Vos commentaires

  • Le 30 avril à 17:08, par ben En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

    Merci pour l’article. Je note qu’il arrive également que des Dirigeants africains en visite officielle en Occident se livrent au même exercice avec des Etudiants de là bas....

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  • Le 30 avril à 17:13, par Lui En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

    En quoi est-elle n’importe qui ?Je crois que le mieux pour nous c’est de former davantage nos étudiants pour qu’ils soient bien outillé en prise de parole devant un grand public et de surcroît devant un hot de haute qualité.Unitil de vouloir dissimuler certaines de nos faiblesses à travers des accusations sans fondement.Quoi qu’on dise pour parler dans de telles circonstances,il faut toujours un tri.Avec Macron,Diakonia a été sollicitée pour le choix et la formation des étudiants,malheureusement ces derniers ont cru être au point pour l’exercice.Mais même en France ou ailleurs ç’arrive ayons raison gardée encourageons nos enfants à plus de maîtrise de soi pour le 2 mai au lieu de se jeter dans des polémiques destructives.
    .

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  • Le 30 avril à 18:32, par Yiriba En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

    Si les Africains indépendants, fiers et dignes ne veulent pas de visites ou de dialogues avec les autres nations coloniales ou non-coloniales, qu’ils leur disent de rester chez eux. Et pour cela, il faut peut-être voir auprès de nos responsables qui admettent dans la maison des visiteurs qualifiés d’Aigles dominateurs, donneurs de leçons ou imposeurs de vision. Il est tant que cette Afrique qui rêve à l’égalité et à la dignité travaille sur elle-même pour exposer aux autres nations ses capacités, ses connaissances et ses préparations à tenir un dialogue élevé. Accuser l’autre camp, c’est probablement plus facile et sans risque.

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  • Le 1er mai à 11:51, par SOMĖ En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

    Mon frère chapeau et encore chapeau. Tu fais honneur non seulement dans la forme et l’art du verbe mais aussi dans le fonds. Vraiment honneur à toi !
    C’est justement la peur panique d’affronter des valeurs comme toi qui a amené ce pays à sélectionner des ignares pour nous mettre la honte à la face du monde. Macron qui a bénéficié des meilleures formations ne ferait pas le poids devant les vrais étudiants, eux qui n’ont même pas un centime pour acheter un plat de ton par jour. Intellectuellement il ne fait pas le poids, c’est clair. Alors nos dirigeants lui ont donné les moyens pour nous chier dessus.
    Merci mon frère ton écrit me redonne confiance que malgré la destruction délibérée de notre système éducatif il reste encore des gens qui pensent
    SOME

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  • Le 1er mai à 12:49, par A qui la faute ? En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

    Le burkinabé aime parfois perdre son temps. Vous pensez que Merkel va lire votre écrit ? Le mieux c’est de dire à Rock de ne plus inviter les occidentaux. Et surtout dites à Roch d’arrêter de voyager partout. L’adage dit qu’il faut d’abord balayer devant sa porte.
    Rien n’explique un niveau aussi lamentable de n’importe quel échantillon d’étudiants. RIEN. Je me souviens que mes amis sénégalais, rwandais et français m’ont appelé pour parler de cette honte. Ne cherchez pas à justifier l’injustifiable surtout en accusant toujours

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  • Le 1er mai à 18:17, par La vérité En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

    Le monde évolue et il faut par conséquent évoluer avec son époque. Il faut que certains africains changent de manière de voir sinon nous serons toujours derrière les autres. On ne se fait pas du bien en pensant que l’autre est mauvais. Je ne partage pas du tout le point de vue de cet article. Il faut plutôt encourager et encadrer notre jeunesse à de tels exercices. Je suggère que le Président du Faso puisse instituer un tel exercice annuel avec nos étudiants comme cela est fait à l’image de la journée du paysan. Les choses sont difficiles parce que nous n’osons pas agir. Ce sont nos échecs qui nous font grandir. Ne dramatisons pas les choses mais soyez des pères, mères , frères et sœurs qui soutiennent notre jeunesse. Encourageons les même quand ils ont fait moins bien. Bon courage à nos étudiants pour cet exercice.

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  • Le 5 mai à 01:21, par Mars En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

    A vous lire, je finis par croire a la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy a son discours de Dakar qui disait ceci : Les Africains refusent de rentrer dans l’histoire. Votre message relate que de la frustration , toujours entrain d’accuser . Au lieu de se plaindre il serait mieux de former nos étudiants pour devenir des lionceaux qui attaqueraient n’importe quel Aigle face a eux .Je ne suis point d’accord avec vous ! la rencontre de Merkel avec les étudiants était la partie récréative de sa visite au Burkina. Vous savez bien qu’elle a été sollicité pour mobiliser les ressources financières du G5 Sahel . Vous ne faites point allusion a notre politique de main tendue si ce n’est qu’accuser et encore accuser . Come On !

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    • Le 5 mai à 16:31, par Hamza Kouanda En réponse à : Angela Merkel à l’UO : « Amer souvenir d’un rendez-vous manqué »

      Cher Mars (fils de Jupiter lol), vous êtes libre de votre opinion qui finalement n’engage que vous.
      En publiant cet article, j’ai accepté qu’il soit soumis à la critique des lecteurs de ce site dont les avis et points de vue peuvent venir contredire, appuyer ou compléter mon propos. Toutefois, pour que la critique (négative ou positive) d’un texte soit pertinente, il faut au minimum avoir lu et analyser les arguments qui y sont développés afin de pouvoir les juger et émettre des opinions.
      Or, je constate, qu’à l’instar de « Yiriba », « A qui la faute ? » et « La vérité » votre critique est hors contexte. Globalement, vous avancez l’idée selon laquelle ce texte est « toujours en train d’accuser » sous-entendant ainsi que je refuse de voir notre part de responsabilité collective ou du moins celle de nos dirigeants. Ce raisonnement binaire n’est pas fondé.

      Dès le second paragraphe en posant la question « quel est ce pays où les dirigeants livrent la jeunesse à chaque aigle qui se pose ? » les dirigeants sont interpellés et plus loin dans le texte je propose une grille qui met en évidence certains mécanismes symboliques qui conduisent à leur docilité. De même, leur part de responsabilité dans l’orchestration de la mise en scène (notamment concernant les critères de sélection, la nature et le déroulement de l’exercice, etc.) que vous appelez plus sévèrement partie récréative (est-ce donc un divertissement, un spectacle ?).

      Toujours dans ce texte, je fais une suggestion sur la façon dont la jeunesse pourrait occuper un rôle actif durant ces rendez-vous, est-ce là aussi simplement une accusation ?

      Le rendez-vous manqué (du moins avec Jupiter) est dû principalement à :
      – l’attitude des aigles
      – l’attitude de nos dirigeants
      – aux étudiants qui ne sont pas suffisamment outillés et qui ne sont que le résultat d’un système éducatif et universitaire qu’il faut interroger.

      Ainsi je trouve votre critique hors de propos, en ce qu’il s’agit essentiellement d’un procès d’intention.

      Par ailleurs, vous appelez les étudiants à davantage se former ; cela est fort louable, mais il en est de même pour tous les citoyens désireux d’avoir une opinion éclairée et de comprendre les enjeux propres à notre pays et au monde qui l’entoure : peut-être qu’en lisant les historiens et intellectuels (Cheikh Anta Diop, Ki Zerbo, Achille Mbembé, etc.) vous aurez davantage de recul quant au propos de Sarkozy.
      À ce sujet, je vous fais remarquer quelque chose de grotesque : ce discours pour dire que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » a été prononcé dans l’université qui porte le nom de celui qui avec d’autres a voulu écrire l’histoire de l’Afrique antique.

      Cordialement,

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