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Rolande Boro, Présidente de la Fédération burkinabè de rugby : « Des écoles de rugby pour former des champions pour le Burkina »

Accueil > Actualités > Sport • LEFASO.NET | Par LEFASO.NET • mercredi 24 avril 2019 à 10h34min
Rolande Boro, Présidente de la Fédération burkinabè de rugby : « Des écoles de rugby pour former des champions pour le Burkina »

Le rugby est un sport peu connu au Burkina Faso. Il est vu comme une discipline d’hommes ayant les biceps bien développés, capables de manier le ballon ovale. Pour inverser cette vision des choses, la Fédération en charge de cette discipline, a initié des écoles de rugby en vue de recruter de potentiels pratiquants dès le bas âge, pour en faire des champions de demain. Rolande Boro, la présidente de cette fédération nous en dit plus.

Lefaso.net : Pour beaucoup, le rugby est vu comme un sport d’hommes ; mais vous, vous semblez bien vous y plaire. Comment vous est venue la passion pour ce sport ?

Rolande Boro : J’ai grandi dans un milieu sportif à Bobo-Dioulasso. J’étais dans le même quartier que Mamadou Zongo (ndlr, dit Bebeto) et bien d’autres joueurs de l’équipe nationale. J’ai d’abord pratiqué le football puis le handball. Lorsque je suis venue à l’Université, j’ai découvert le rugby grâce à un camarade. J’ai aimé la discipline et j’ai commencé à la pratiquer. J’étais parmi les pionnières du rugby féminin et j’ai même joué à l’équipe nationale. J’ai aussi été secrétaire générale de la Fédération pendant les mandats de Sawadogo Harouna et du regretté Bassirou Kadio. J’ai vu les difficultés et aussi la passion que certains avaient pour le rugby.

Aimer une discipline et la pratiquer est une chose mais en devenir une dirigeante en est une autre. Pourquoi avoir décidé de prendre la présidence de la Fédération ?
C’est parce que j’avais remarqué que certains pays qui n’avaient pas notre potentiel étaient connus au plan international. Je me suis alors dit que quelque chose pouvait être fait pour promouvoir la discipline. C’est pour cette raison, entre autres, que je me suis engagée à défendre la cause du rugby burkinabè.

Fort heureusement, depuis quelques temps, on cite souvent le Burkina comme un exemple dans le domaine. Je suis vraiment contente pour cela mais je dis aussi qu’il ne faut pas crier victoire très tôt, car il reste beaucoup à faire notamment en matière d’infrastructures. On n’en a pas encore, alors qu’on est en train de former des enfants qui commencent à avoir un vrai engouement pour le rugby.

Comment se passe la collaboration avec les autres membres de la fédération notamment les hommes ?

Le sport est un milieu ‘‘macho’’, le rugby l’est encore plus. Ce n’est pas aisé. En tant que femme, on n’a souvent pas la même façon de voir les choses que les hommes. C’est vraiment difficile mais c’est ça qui procure l’envie de travailler. Quand on obtient des résultats malgré les difficultés, ça procure beaucoup plus de joie.
C’est peut-être parce que c’est une première fois qu’une femme occupe ce poste, qu’on a des appréhensions. Mais il fallait donner l’occasion aux femmes d’apporter leur contribution à la promotion de la discipline. Sans vouloir jeter des fleurs à l’équipe dirigeante actuelle, il faut reconnaitre que le Burkina est apprécié au plan international pour avoir élu une femme à la tête de la fédération. Cela est vu que comme une preuve de maturité des rugbymen burkinabè.

Comment se porte le rugby au Burkina Faso ?

Le rugby se porte très bien au Burkina Faso. Il y a de plus en plus de clubs qui se créent et plus de compétitions qui sont organisées soit par la Fédération, soit par des privés. Ce qui implique qu’il y a de plus en plus de joueurs et de joueuses de rugby. Au plan international, nous avons réussi à nous faire connaitre et à nous faire accepter grâce aux résultats obtenus lors des compétitions.

Le rugby burkinabè a engrangé des lauriers au plan international. Lesquels font le plus votre fierté ?

En tant que présidente de la Fédération, toute bonne performance des rugbymen burkinabè constitue une satisfaction pour nous. Mais je voudrais citer, au passage, notre participation à la compétition du rugby à quinze qui s’est déroulée en mai 2017 à Niamey. La compétition avait regroupé six pays de la zone, répartis en deux. Le Burkina avait remporté le trophée.

En 2018, nous avons participé à deux compétitions continentales. Il s’agit des Jeux africains de la jeunesse qui avaient regroupé onze pays. Le Burkina, pour sa première participation, avait atteint la demi-finale de la compétition en battant la Tunisie, l’Algérie, le Sénégal. Nous avions terminé à la quatrième place. Nous avons également participé aux éliminatoires des Jeux olympiques ‘’Tokyo 2020’’. Ce tournoi regroupait huit pays et le Burkina a obtenu la médaille de bronze, synonyme de la troisième place, après la Côte-d’Ivoire et le Nigeria.

Est-ce que cette troisième place offre au Burkina sa qualification ?

Malheureusement non. Parce que ce sont les deux premiers qui avaient la possibilité de jouer les pré-qualifications. Nous avons obtenu la troisième place. Mais au regard des pays présents, beaucoup avait une longue tradition de rugby, c’est fort réjouissant pour nous.

Par contre, il est décidé, que si d’aventure l’Afrique du Sud ne se qualifie pas directement pour ‘’Tokyo 2020’’, un pays africain allait être pris pour participer à un autre tournoi qualificatif. Le Burkina est pressenti pour disputer ce tournoi.

Ces résultats vous ont valu d’être élue au Comité exécutif de Rugby Afrique avec un droit de siéger au World rugby. Quelles seront véritablement vos tâches ?

Je serai commise à la tâche de travailler au développement du rugby féminin. Il s’agira de voir dans quelle mesure on pourra booster le rugby féminin. En effet, Rugby Afrique met donc de plus en plus l’accent sur le rugby féminin en vue de réduire l’écart avec les hommes.

Peut-on dire que c’est donc le rugby féminin qui gagne ?

Oui. C’est le rugby féminin burkinabè qui gagne. Nous avons organisé, il y a quelques mois, un championnat féminin à Bobo-Dioulasso qui a été remporté par les Tigresses de la même ville.

Le constat est que le rugby féminin est encore embryonnaire au Burkina Faso. Comment comptez-vous développer cette discipline ?

Au niveau de la fédération, nous sommes en train de faire un travail sur le rugby féminin. Nous travaillons pour des résultats à long terme. Sinon, on peut les avoir maintenant mais ces résultats ne vont pas durer dans le temps. Nous avons donc initié les Ecoles de rugby. Il s’agit en fait d’introduire le rugby dans certaines écoles que nous avons ciblées au profit des élèves. Cette initiation concerne aussi bien les garçons que les filles. Nous voulons, par cette initiative, susciter l’amour du rugby chez ces enfants qui seront la relève de demain.

Actuellement, ils sont nombreux à pratiquer la discipline dans ces écoles. Comme compétitions, nous organisons des festivals de rugby à leur intention. Parce que parlant de championnat, ça concerne des gens d’un certain âge et qui ont déjà certains reflexes.

Quelles sont ces écoles de rugby ?

Nous avons initié ces écoles à Ouagadougou (Gounghin Nord B, D et C, Nong-taaba, Tanghin, etc.), à Bobo-Dioulasso (Lafiabougou, Accart Ville, Yéguéré, El Cana, Diarradougou, Ouezzinville, Kolma 1 et 2, etc.) et à Pô (Lycée privé de Pô, école Doulgou centre, école de Ghana). Il y a également les orphelinats de Tintilou, Centre El Nour, Loumbila. Pour l’encadrement des élèves, nous avons formé des enseignants au rugby. Maintenant, nous travaillons à signer un partenariat avec le ministère en charge de l’Education afin que ces actions soient officielles.

Comment se fait la dotation en équipement de ces écoles ?

Nous avons remarqué que les enfants ont de l’engouement pour le rugby. Par exemple à Bobo-Dioulasso, nous avons vu des enfants, et c’est courant, qui, à la récréation, jouent au rugby et non au football. Cela traduit leur passion pour la discipline.

Il n’y a pas les grands moyens mais les enfants ont découvert et aiment le rugby. Si bien qu’il y a des promoteurs qui nous appellent pour intervenir dans leurs écoles. Mais le problème du matériel se pose avec persistance. Au Burkina Faso, le ballon du rugby n’est pas accessible comme celui du fooball. Le matériel que nous recevons provient des dotations de Rugby Afrique. Mais au regard de l’ampleur que prend la discipline au pays, nous avons approché certains équipementiers afin que, dans un avenir proche, ils puissent vendre des ballons de rugby au Burkina Faso. Cette démarche est en très bonne voie.

Les initiatives sont nombreuses chez les filles et les jeunes. Seulement on a l’impression que chez les séniors ça ne bouge pas assez. Comment expliquez-vous cela ?

Je crois plutôt le contraire et je m’explique. Il était rare de voir des clubs organiser des matchs amicaux entre eux. Mais maintenant, il y a des matchs amicaux presque chaque week-end entre les clubs. Il y a même des tournois que certains initient et la Fédération les accompagne dans le volet arbitral afin que les clubs puissent jouer le plus de matchs amicaux possibles.

Les temps sont durs cette année pour tout le monde. Ce qui fait que nous avons trouvé comme palliative les matchs amicaux pour maintenir les équipes en compétition. Peut-être d’ici à la fin avril, nous pourrons organiser le championnat national. La fédération a innové en organisant depuis deux ans un championnat à VII et un autre à XV afin de permettre aux joueurs de choisir, en fonction de leurs capacités, le type de rugby qu’ils veulent pratiquer.

Certains promoteurs de ces compétitions ne sont pas contents des aides que la Fédération leur octroie, les jugeant dérisoires. Quel genre de relations entretenez-vous avec les promoteurs privés de tournois ?

Nous avons de très bonnes relations avec eux. Ou du moins c’est ce que je crois. Pour organiser, par exemple, une compétition de rugby, il faut avoir l’aval de la fédération. Si ces derniers ont pu mener des activités, c’est parce que la fédération a écrit à l’international pour dire qu’elle avalisait l’activité. Nous donnons notre accord pour ces compétitions parce que nous pensons qu’elles constituent une contribution au développement du rugby burkinabè.

Souvent, lorsqu’elle en a les capacités, la Fédération donne une subvention en fonction des évènements et au regard des moyens dont elle dispose.

Des rugbymen d’origine burkinabè, comme Fulgence Ouédraogo, évoluent actuellement dans d’autres pays. Comment contribuent-ils au développement du rugby au Burkina Faso ?

Depuis 2016, Fulgence envoie du matériel pour soutenir le rugby burkinabè. A chaque fois qu’il vient au Burkina, il prend toujours attache avec la fédération et en retour, on organise un match de gala en son honneur. Seulement depuis quelques années, il n’est plus revenu au pays. Mais nos relations sont bonnes. Il y a aussi Zèba Patrice qui est à Toulouse et qui envoie aussi du matériel, lorsqu’il a l’occasion, pour soutenir le rugby burkinabè. Il y a également Antoine Yaméogo, le fils du regretté cinéaste St Pierre Yaméogo, basé à Paris, qui a opté de jouer à l’équipe nationale du Burkina. A chaque fois qu’il vient au pays, il apporte du matériel.
Grâce à leurs soutiens, on arrive à faire vivre et à développer le rugby. Sinon ça aurait été difficile pour nous.

Quelles sont vos perspectives pour le rugby burkinabè ?

L’affiliation au World Rugby nous tient vraiment à cœur. Nous avons obtenu celle de Rugby Afrique, nous avons aussi franchi la première étape au World rugby mais il reste la dernière étape. Pour cela, des experts viendront auditer la gestion de la Fédération, vérifier si les championnats se tiennent régulièrement et si aussi les autorités politiques nous soutiennent dans nos activités. Ils viendront plusieurs fois et en 2020, lors de leur rencontre, ils décideront si le Burkina pourra être affilié au World Rugby.

Nous souhaitons obtenir cette affiliation parce qu’elle permettra au Burkina d’être connu à l’international. Nous aurons également des dotations en matériel et des financements pour mener nos activités. Tout cela donnera plus de moyens pour développer le rugby. Pour y arriver, je compte sur le soutien de tous les acteurs de la discipline basés au Burkina ou hors du pays.

Propos recueillis par Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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