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Il faut soutenir les Mauritaniens

Accueil > Actualités > International • • lundi 8 août 2005 à 08h05min

Aux lendemains difficiles de la présidentielle en Guinée Bissau, à la situation délicate créée par la disparition tragique du vice-président du Soudan John Garang, au conflit ivoirien, est venu s’ajouter, le 3 août dernier, un coup d’Etat militaire qui a emporté "facilement" et sans "une goutte de sang" le colonel Ould Taya.

C’est de Ryad en Arabie Saoudite où il assistait aux funérailles du roi Fahd que Ould Taya a appris qu’il a été chassé du pouvoir par ses "proches et fidèles alliés". Comme il l’avait, lui aussi, organisé, en décembre 1984, en déposant Ould Haïdalla, alors absent du pays.

Contraint et forcé, le désormais "ancien président" s’est retrouvé à Niamey chez son "neveu" le président nigérien Mamadou Tanja dans la situation de l’arroseur arrosé. De Niamey, Ould Taya qui juge le coup qui l’a emporté "d’insensé et de dramatique" tirera (s’il ne l’a déjà fait) le bilan de vingt ans de "pouvoir autoritaire" comme l’ont qualifié ses "compagnons" d’hier. Aujourd’hui regroupés au sein d’un comité militaire pour la justice et la démocratie, les nouveaux dirigeants mauritaniens s’engagent à normaliser la situation politique de la Mauritanie. Leur chef, le colonel Ely Ould Mohamed Val s’emploie depuis ces derniers jours à donner des garanties à la communauté internationale sur le retour rapide à une vie constitutionnelle normale.

Ces garanties ne pourraient cependant être faites, qu’à la lumière du bilan de vingt ans de régime auquel les nouveaux maîtres de la Mauritanie ont été étroitement associés. Aujourd’hui, il leur faut justifier le départ de celui qu’on qualifie déjà de "tyran". En réalité, ce mot n’a rien d’excessif.

Soutenir que le régime mauritanien n’était pas réputé pour son respect de la démocratie et des droits de l’Homme, c’est peu dire. On se souvient que Ould Taya, qui est parvenu au pouvoir par la force, n’a dirigé que par la force : de 1990 à 1991, des centaines de militaires de race noire ont été exécutés. En 1999 et 2003, les partis d’opposition, les associations anti-exclavagistes et des droits de l’Homme étaient interdits. En 15 mois (de 2003 à 2004), le pouvoir dit avoir déjoué trois tentatives (réelles ou imaginaires) de coups d’Etat. Des occasions à la faveur desquelles, il s’est livré à des purges, à des massacres en tout cas à des violations massives des droits de l’Homme.

Le régime qui vivait une interminable fin de règne avec la hantise des complots avait fini par internationaliser sa crise interne. Ainsi, il se livrait, pêle - mêle, à des accusations selon lesquelles des pays comme la France, le Sénégal, la Libye et le Burkina Faso comploteraient contre le pouvoir mauritanien. Nouatchott avait même affirmé que des putschistes mauritaniens s’entraînaient dans un camp à Diébougou dans l’Ouest du Burkina Faso. Les multiples accusations de Nouatchott que le ministre de la Sécurité Djibrill Bassolé a taxées à l’époque de "farfelues, d’inconsistantes, de cousues de fil" n’étaient rien que la politique du bouc - émissaire.

La Mauritanie s’était lancée dans une diplomatie controversée qui a conduit à son isolement. Ses relations avec Israël, son retrait de la CEDEAO, son soutien à Washington dans sa guerre contre l’Irak avait fini de marginaliser un pays aux importantes ressources pétrolières, minières et aux côtés poissonneuses.

Il faut donc comprendre les calculs de Washington ou Paris dans le concert de condamnations du coup d’Etat des militaires mauritaniens. Pendant que l’Union africaine et l’ONU s’élèvent avec force contre ce changement, Paris comme d’habitude, joue à "l’attentiste" à cause des nombreux intérêts que représente la Mauritanie. C’était la même position quand il s’est agi, hier, du Togo, de la Centrafrique pour ne citer que ces exemples.

Le constat est que ces condamnations, généralement de principe ne servent à rien sinon qu’à banaliser la situation. Aujourd’hui, il faut aider les nouvelles autorités et le peuple mauritanien à instaurer la justice et l’équité. Il faut leur accorder, pensons-nous, le crédit de la bonne foi, surtout qu’elles se sont engagées à doter leur pays dans deux ans, d’institutions démocratiques et qu’elles ne se sont pas livrées du moins pour le moment à une chasse aux sorcières.

On nous rétorquera que le général Guéi en Côte d’Ivoire en avait fait autant pour tomber plus tard dans le reniement, la trahison et ... la mort. Même si la Mauritanie n’est pas la Côte d’Ivoire, il ne faut pas sous-estimer l’aspiration des peuples, où qu’ils se trouvent, à plus de liberté et de démocratie.

La meilleure parade contre l’instabilité, demeure la bonne gouvernance, la possibilité pour les peuples de choisir leurs dirigeants auxquels ils peuvent à tout moment demander des comptes. La protection du régime de Ould Taya par les Israéliens et les Américains n’a pas empêché sa chute. Même avec les meilleurs chiens de garde, le régime mauritanien a été emporté. Voilà qui devrait servir de leçon à tous ceux qui ne retiennent rien de l’histoire.

Par Bessia BABOUE
Sidwaya

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