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Journée mondiale de l’eau 2019 : Contribution des comités de l’AITB, spécialises dans le domaine de l’eau

Accueil > Actualités > Environnement • • vendredi 22 mars 2019 à 20h15min
Journée mondiale de l’eau 2019 : Contribution des comités de l’AITB,  spécialises dans le domaine de l’eau

Porter l’organisation de la solidarité entre les usagers à l’échelle nationale.
La journée mondiale de l’eau est célébrée le 22 mars de chaque année. Les comités nationaux de l’AITB (Association des Ingénieurs et Techniciens en génie civil du Burkina) spécialisés dans le domaine de l’eau :
ABEA (Association Burkinabè de l’Eau et de l’Assainissement),
CNBB (Comité National des Barrages du Burkina),
CNIB (Comité National de l’Irrigation et du Drainage),
voudraient apporter leur contribution sur le thème de cette année "ne laisser personne de côté » dans l’accès à l’eau potable sous l’angle de la satisfaction du droit à l’eau.

Le droit à l’eau signifie que chacun, sans discrimination, a droit à un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable d’une eau de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques (ONU-Eau). Pour satisfaire ce droit, la communauté internationale a engagé les états membres de l’ONU, y compris notre pays, dans les objectifs de développement durable 2016-2030, en particulier l’objectif 6.1 : « d’ici à 2030, assurer l’accès universel et équitable à l’eau potable, à un coût abordable ».

« L’eau, c’est la vie ». L’eau irrigue tous les compartiments de notre vie. Elle remplit plusieurs fonctions qui se concurrencent, se contredisent parfois et se complètent souvent. Elle doit être partagée entre les usagers et utilisée de façon appropriée, puis rejetée à nouveau dans la nature.

« Ne laisser personne de côté » signifie qu’il faut s’attaquer aux causes des iniquités de l’accès à l’eau potable. Où en sommes-nous au Burkina Faso dans la satisfaction de ce droit inscrit dans la Constitution du pays ?

Dans la présente réflexion l’AITB et ses Comités spécialisées dans le domaine de l’eau, se proposent de jeter un regard sur les causes des iniquités liées aux facteurs socio-économiques, à l’âge, au lieu de résidence des usagers, à la sécurité et aux facteurs aggravant que constituent les insuffisances dans la maintenance préventive et les lenteurs dans la réparation des pannes

En milieu urbain

Le succès de l’ONEA dans le développement du service n’a pas levé certaines contraintes qu’il faut encore gérer. Il s’agit des pénuries d’eau qui sont quasi-permanentes dans 33 centres sur 58 et des ruptures régulières de la fourniture d’eau dans la plupart des centres de gestion de l’ONEA. Ces coupures d’eau ont un impact fort et direct sur les populations à faibles revenus qu’on cherche à protéger à cause de l’augmentation instantanée des prix de l’eau desservie par le secteur informel, notamment pour ceux qui habitent dans les secteurs périphériques et les zones loties.

Qui plus est, la péréquation des prix a épuisé pratiquement le potentiel d’élasticité de la demande : il se manifeste par le fait que le taux d’augmentation des tarifs n’engendre pas une augmentation des recettes dans les mêmes proportions que la consommation, puis par la déconnexion de certains consommateurs au réseau d’eau par la réalisation de forages privés. Il faut alors changer la structure des tarifs ou financer une partie de la prise en charge de la gestion du patrimoine sur des fonds publics.

Le résultat global est que l’accès à l’eau en milieu urbain est fortement marqué par une gestion cyclique de la pénurie dans les différents réseaux d’eau urbains. Les effets se présentent comme suit :

 8.3% de la population du périmètre de gestion de l’ONEA ne sont pas couverts par un système d’AEP ;
 Plus de 90% des personnes utilisant une eau impropre à la consommation et des sources non protégées en milieu urbain vivent dans les quartiers non lotis ;
 La quasi-totalité des usagers de services d’eau potable en milieu urbain a été confrontée à des ruptures de la continuité du service au cours de l’année notamment durant la saison chaude ;

 33 centres sur 58 centres de gestion de l’ONEA (soit 57% des centres y compris la capitale Ouagadougou) enregistrent de graves pénuries d’eau pendant au moins un mois au cours de l’année ;
 les personnes les plus fortunées réduisent leur consommation d’eau des réseaux publics et installent de plus en plus des systèmes autonomes d’approvisionnement en eau potable à partir de forages privés.

En milieu rural

Le milieu rural et semi-urbain est la zone géographique par excellence où le risque de laisser des usagers de côté est le plus élevé au Burkina Faso compte tenu de la faible économie d’échelle des systèmes d’approvisionnement en eau potable et la pauvreté monétaire relative des populations.

Malgré les efforts consentis par l’État et les autorités de proximité que sont les communes, le succès n’est pas encore au rendez-vous. Les raisons de l’absence de services ou de services inadéquats sont à rechercher dans le fonctionnement des systèmes actuels.

Les raisons de la limitation de l’accès aux services d’eau potable d’un ménage dans une localité du milieu rural sont multiples mais les principaux facteurs sont l’absence de point d’eau sur le territoire de la localité, l’éloignement du point d’eau par rapport au lieu de résidence, la panne prolongée du point d’eau de proximité.

Selon le rapport bilan 2018 du PN-AEP, 89 villages n’ont toujours pas de points d’eau fonctionnels : cette situation est à relier aux questions d’aménagement du territoire où les entités villageoises se créent à partir souvent des hameaux de cultures, sans planification et dans l’ignorance totale de l’autorité qui les gère.

Les modèles de gestion des services en milieu rural et semi-urbain ont abouti à la fragmentation de la gestion. Le niveau des tarifs d’eau restreignent la consommation et mettent les AEPS/PEA dans un cercle vicieux du manque de crédits pour entretenir les installations entrainant la détérioration du service et la réticence des usagers à payer.

Le service se développe peu à cause du coût prohibitif du branchement particulier par rapport aux revenus des ménages en milieu rural et de l’insuffisance des crédits pour accroître la production, étendre les réseaux et construire de nouvelles bornes fontaines. La pénurie d’eau est la chose la mieux partagée dans les AEPS/PEA.

En ce qui concerne les PEM (points d’eau modernes), le délai minimum pour effectuer une remise en marche d’un point d’eau moderne en panne est de trois jours, introduisant une rupture inévitable de la fourniture du service. Le système de recouvrement des coûts au niveau des PEM pour les entretenir n’est ni efficace ni efficient : une étude menée dans les localités du Sahel en 2012 par l’ONG IRC indique qu’il faut investir 5 dollars pour récupérer un dollar auprès des usagers.

Sur le plan individuel, les personnes âgées vivant seules dans les villages ne sont plus en capacité d’aller pomper l’eau au forage et la transporter à leur domicile.
Ces dysfonctionnements font que 140 AEPS/PEA et 5 511 PEM sont en panne prolongée ; la qualité de l’eau n’est pas contrôlée en milieu rural et semi-urbain.

La création des centres de production d’eau (CPE) et la revue de la stratégie nationale de gestion des services d’approvisionnement en eau potable en milieu rural et semi-urbain, l’assistance à la maîtrise d’ouvrage communale pour la capacitation des communes vont dans le sens de la levée des freins à l’accès universel.

En résumé, le système de gestion dans le milieu rural et semi-urbain est à la recherche de ses marques pour développer et pérenniser un service à la portée financière des usagers. Pour le moment, les usagers qui acceptent de contribuer payent un service de moindre qualité à un tarif équivalent ou plus élevé qu’en milieu urbain. La situation des insatisfactions pour les services d‘eau potable est la suivante :

 32.7% de la population en milieu rural ne sont pas couverts par un système d’approvisionnement en eau potable ;
 11.8% des AEPS/PEA sont en panne prolongée ;
 9.8% des PEM sont à l’arrêt pour des raisons diverses ;
 la qualité de la quasi-totalité de l’eau distribuée en milieu rural et semi-urbain n’est pas contrôlée ;

 le service d’eau fourni par les PEM est géré de façon informelle et non professionnelle ;
 les ruptures de la continuité des services d’eau potable ne sont pas correctement gérées et accusent des délais important avant leur réduction ;
 les personnes âgées vivant seules en milieu rural, souvent avec de faibles revenus, éprouvent des difficultés d’accès aux points d’eau et aux services d’eau.

Quels sont les mesures à prendre ?

Il faut porter l’organisation de la solidarité entre les usagers à l’échelle nationale en prenant des mesures adaptées. Les comités spécialisés de l’AITB du domaine de l’eau interpellent l’Etat et les opérateurs de service, appellent les professionnels, chacun dans son rôle, à :

 Opérationnaliser le changement de paradigme qui veut qu’on passe des équipements aux services : Il s’agit de créer les conditions pour l’application effective des normes, des critères et des indicateurs d’accès à l’eau potable que le gouvernement vient d’adopter. Cette application permet d’aller au-delà du comptage des ouvrages pour expliciter les conditions d’accès réels aux services et de concilier les données chiffrées avec l’appréciation que les populations se font du service. Les professionnels doivent s’adapter à ces nouvelles exigences ;

 Relever le défi de la territorialisation de la gestion de l’eau afin de la rendre disponible pour tous les usages : Qui doit être alimenté et par quelle source ? Le Ministère de l’Eau et de l’Assainissement doit exercer son leadership et jouer son rôle premier qui est de mobiliser et partager les ressources en eau pour les différents usages. L’eau est un patrimoine national et elle ne peut être laissée au gré de ceux qui ont les moyens de la mobiliser et se l’approprier.

 Relever le défi de la gestion décentralisée des services d’eau y compris l’invention des mécanismes adaptés pour la participation du secteur privé : la gestion du service d’eau dans les quartiers non lotis et en milieu rural et semi-urbain est encore balbutiante. L’état devra solliciter ses partenaires techniques et financiers ainsi que les ONG pour inventer et soutenir davantage les systèmes de gestion dans les quartiers non lotis et le milieu rural et semi-urbain.

Les acteurs devront s’inspirer des bonnes pratiques en milieu urbain pour développer les services en réseau dans les milieux rural et semi-urbain ; ce qui permettra de limiter de façon décisive les services offerts par les PEM, qui, non seulement sont de moindre qualité, mais exigent un système de gestion lourd, peu efficace et financièrement onéreux.

 Lever les iniquités entre le milieu urbain et le milieu rural. la première étude sur le financement global des services d’eau et d’assainissement (Trackfin) menée par l’ONG IRC indique que ce sont les ménages qui supportent le gros poids des charges de l’accès aux services. Les déséquilibres du financement des services d’eau ne seront plus tenables à terme et devront requérir une plus grande intervention de fonds publics.

Il faut supporter équitablement les services d’eau. Pour se faire l’état devra accepter le décloisonnement milieu rural/milieu urbain, promouvoir la mutualisation de la production et le transport de l’eau potable afin de bénéficier des économies d’échelle. Les gestionnaires devront introduire les TIC afin de baisser les coûts de gestion de la clientèle.

 Lever les barrières socio-culturelles du rapport des populations à l‘eau potable : c’est la dernière mesure, mais pas la moins importante. Il s’agit de sensibiliser les populations afin qu’elles se convainquent de la nécessité de consommer de l’eau véritablement potable, mais aussi de prendre les dispositions pour protéger sa qualité.

Ouagadougou le 22 mars 2019
Pour les Comités de l’AITB, spécialisés dans le domaine de l’eau
Denis Zoungrana, Président de l’ABEA
Courriel : dezoungr@yahoo.fr

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