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Ecoutes téléphoniques de Djibril Bassolé : Le feu et l’enfer pour atteindre Kossyam

LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo

Publié le mercredi 20 mars 2019 à 23h30min

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Ecoutes téléphoniques de Djibril Bassolé : Le feu et l’enfer pour atteindre Kossyam

Ce 20 mars, le procès du coup d’Etat de septembre est véritablement entré dans une nouvelle phase avec l’écoute des appels téléphoniques. Notamment les interactions entre Djibril Bassolé et certains de ses interlocuteurs comme Guillaume Soro, ont été diffusées dans la salle d’audience. Ce, en l’absence de l’avocat de l’accusé qui, après avoir plaidé en vain pour que ces écoutes soient écartées du dossier, a préféré quitter la salle.

A chaque étape de l’instruction du dossier du coup d’Etat de septembre 2015, des débats interminables. Ce 20 mars 2019, alors que toutes les parties étaient informées la veille de ce que les écoutes téléphoniques seront enfin diffusées ce jour, la journée a encore débuté avec le sempiternel débat sur l’opportunité de cette pièce.

C’est l’avocat de Djibril Bassolé, Me Dieudonné Bonkoungou, qui engage les hostilités en demandant une fois de plus que les écoutes soient écartées du dossier parce qu’elles sont sans père, ni mère. Pour lui, le ministère public doit dire d’où viennent ces écoutes « sérieuses et graves », qui violent la vie privée et qui leur sont opposées. En tout cas, a-t-il prévenu, si le président décide de diffuser ces éléments, il quittera la salle.

« Qu’est-ce qui fait trembler Me Bonkoungou », répondra le parquet qui demande au président du tribunal d’avancer, parce que cette demande n’a plus lieu d’être, à ce niveau de la procédure. Pour le ministère public, c’est un abus que de remettre sur la table cette question pourtant déjà tranchée par le président Seidou Ouédraogo.

Pour les avocats de la partie civile, c’est la deuxième heure de vérité, d’où les inquiétudes de l’avocat de la défense. Me Prosper Farama note que cette heure de vérité est fatale pour certaines personnes, par conséquent, il n’est pas étonné de la décision du conseil du Gal Bassolé de quitter la salle.

Le feu, l’enfer et Kossyam

Finalement, le président autorise l’écoute des différents fichiers audio. Comme prévu, Me Dieudonné Bonkoungou quitte la salle. Le premier concerne une communication entre AKT présenté comme le Colonel Abdoul Karim Traoré et un interlocuteur étranger (malien). Il demande à son interlocuteur de dire à ses hommes de ne pas intervenir pour l’instant.

« C’est nous qui avons pris le pouvoir (…) Le pouvoir est entre nos mains (…) Si nous sommes attaqués, là ils peuvent intervenir », entend-on en substance dans la conversation. Selon le parquet, il s’agit de l’interlocuteur du Colonel Abdoul Karim Traoré était un membre de MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad).

Invité à se prononcer sur cet élément audio impliquant leur client, les avocats Dieudonné Willy et Timothée Zongo regretteront le fait de n’avoir pas eu connaissance de cet élément auparavant. Ils n’ont donc aucune observation. Leur client, lui, également s’en tient aux déclarations de ses avocats.
L’un des interlocuteurs de AKT était Sidi Lamine Omar, un Malien inculpé dans le cadre du coup d’Etat. Il dira ne pas reconnaitre sa voix dans l’élément sonore.

Après cette étape, vinrent les écoutes téléphoniques du Gal Djibril Bassolé. Elles concernent les interactions entre l’accusé et Guillaume Soro, Bénédicte Jean Bila, Adama Ouédraogo dit Damiss, Thérèse Diawara, un Malien aux ‘’oreilles blanches’’ et bien d’autres personnes.

Dans une des conversations, l’on entend Djibril Bassolé promettre de mettre le feu sur la tête de certaines personnes pour leur donner l’envie de fuir le pays. « Le mois qu’il leur reste là, ce sera l’enfer », dit-il en référence aux autorités de la transition et au leader du MPP (Roch Kaboré et Salifou Diallo). « Ils n’ont pas du tout la situation en main. D’ici là, les choses vont aller de mal en pis (…) S’il y a une compétition sans exclusion, je t’assure qu’on est déjà à Kosyam (…) Malgré les apparences, la situation est plutôt favorable », déclare le premier général de gendarmerie du Burkina Faso à son interlocuteur.

Selon les observations du parquet, Djibril Bassolé incitait les éléments du RSP à ne pas désarmer, à se battre, parce que la situation lui était favorable. Une crise militaro-politique le propulserait en pôle position, ce d’autant plus que le CDP, selon lui était décapité.

Invité à se prononcer, Adama Ouédraogo dit Damiss lui, également, dira ne pas reconnaitre sa voix. Il révèle, et ce pour la première fois, que ces écoutes qui l’impliquent ont été montées de toutes pièces dans une villa à ‘’Petit Paris’’, dans un quartier de Gounghin.

Après ces écoutes, les avocats de la partie civile disent comprendre pourquoi le Gal et ses avocats se sont battus avec la dernière énergie pour que ces éléments sonores soient écartés. « Ça fait froid au dos », note Me Prosper Farama qui rappelle que Djibril Bassolé avait pourtant dit qu’il n’était mêlé ni de près, ni de loin au coup d’Etat.

L’audience se poursuivra le vendredi 22 mars 2019.

Cliquez ici pour lire aussi Procès du putsch du CND : Le parquet militaire qualifie de « coup d’État dans un coup d’État » les écoutes de Bassolé

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Tiga Cheick Sawadogo
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