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Etalon d’or de Yennenga du FESPACO : La légende d’un grand prix convoité

Accueil > Actualités > DOSSIERS > FESPACO 2019 26e édition, édition du Cinquantenaire • LEFASO.NET • jeudi 28 février 2019 à 23h00min
Etalon d’or de Yennenga du FESPACO : La légende d’un grand prix convoité

Le grand prix du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) convoité par tous les cinéastes africains est sans conteste « l’Etalon d’or de Yennenga ». C’est un magnifique trophée dont la symbolique et la notoriété se rattachent à un pan de l’histoire du Burkina Faso, ce pays organisateur du festival.

Selon une légende de la tradition orale du terroir des Mossé, un groupe ethnique du Burkina Faso, Yennenga (de son vrai nom Poko) est la fille du roi mossi de Gambaga (royaume de Dagomba) du nom de Nédéga et de la reine Napoko. Dans la contrée, Nédéga fut un roi autoritaire et craint mais qui faisait preuve de justesse.

Princesse de naissance, la filiation de Yennenga la prédisposait à une vie heureuse et sans turbulence. Elle avait tout à sa disposition. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle mène une vie heureuse. Au fond de cette jeune fille, émerge un idéal que son entourage a du mal à comprendre : « faire triompher l’armée de son père sur tous les champs de bataille ». C’était l’époque des grandes conquêtes ! Pour réaliser son idéal, Yennenga va se forger les moyens de la réussite et du succès. Elle s’exerce alors à toutes les techniques et les stratégies de combat, sous l’encadrement des meilleurs combattants de l’armée, surtout la cavalerie, de son père.

Assidue aux durs entrainements, Yennenga, très vite, se distingue comme une amazone courageuse et surtout talentueuse. Ce faisant, elle force l’admiration, la considération et le respect de la hiérarchie militaire du roi Nédéga. Son sens tactique au combat lui vaut l’honneur de prendre, à plusieurs reprises, la tête des troupes de son père, les conduisant de victoires en victoires, de triomphes en gloires. Les guerriers sont séduits par les prouesses de cette amazone. Quant à son père, il est tout naturellement comblé ! Même s’il était déçu de ne pas avoir d’héritier homme, le roi aimait bien sa fille plus que tout, car elle était celle qui lui ressemblait le plus, dans ses longues chevauchées et dans sa grande adresse.

Rompue au combat, cavalière émérite, passionnée de chevaux, Yennenga n’a pas pour autant perdu de sa féminité. Et son charme irrésistible et provocateur, sa taille fine et élancée, faisait d’elle la convoitise des plus riches dignitaires de la contrée.

Bien que les prétendants sachent qu’elle n’était pas astreinte aux tâches ménagères, les demandes et les sollicitations en mariage se succèdent au gré des apparitions de Yennenga.

Mais peine perdue pour ces nombreux prétendants ! Le roi de Gambaga n’entend pas céder sa fille chérie et choyée. Aussi toutes les demandes en mariage étaient-elles repoussées, quelquefois rejetées avec mépris. Et la mère de Yennenga, la reine Napoko, elle, désespérait de ne pouvoir marier sa fille désormais en âge de trouver un époux. Yennenga elle aussi en était par moments dépitée.

A preuve, « un jour, ne supportant plus l’attitude de son père, elle se permit de semer des graines de gombo dans un champ, les fit germer et mûrir, puis laissa pourrir les pousses. Le roi, intrigué et irrité par cette négligence, interrogea sa fille, qui lui répondit : « Mon père, vous me laissez dépérir comme dépérit ce champ de gombo ». Une façon de dire au roi, son père, qu’elle prenait de l’âge et qu’elle voulait connaître l’amour et la joie d’être mère.

Mais qu’à cela ne tienne ; le roi préférait sa fille, cette redoutable amazone et féroce guerrière, sur les champs de bataille que sous la coupe d’un mari dans un foyer. Car, cavalière émérite, maniant les armes mieux que les guerriers de son père, ses désirs d’amour et de vie familiale étaient considérés comme incompatibles avec son statut de cheftaine des armées.

Mais le destin, lui, avait décidé autrement. Et ce qui devait arriver, arriva.
L’histoire se déroule entre le XIe et le XVe siècle dans la ville de Gambaga, située dans le Nord de l’actuel Ghana.
Au cours d’une rude bataille, Yennenga, la charmante, la courageuse, la combattante intrépide, la félicitée du roi Nédéga, est emportée loin, très loin de sa troupe, dans la brousse profonde, par un cheval fougueux qu’elle venait à peine de dompter. Le hasard les conduisit, elle et sa monture (un cheval blanc), à la demeure d’un chasseur d’éléphants, du nom de Riâlé, un beau jeune homme de sang princier. Ce chasseur s’était retiré en pleine brousse dans une forêt dense, pour les besoins de son activité. Dans cette demeure insoupçonnée, la princesse Yennenga, qui avait perdu le sens de l’orientation, est accueillie à bras ouverts, avec bien volontiers gîte et couvert.

Et de nouveau, ce qui devait arriver, arriva ! La sève du plaisir coula à flot et en abondance dans les entrailles nocturnes. Puis, à l’aube des gémissements, la naissance d’un garçon que le couple appela Ouédraogo, c’est-à-dire « Etalon ou cheval mâle » (en langue nationale mooré). Ce nom lui a été attribué en honneur et en souvenir de ce cheval fougueux qui avait permis la fameuse rencontre de Yennenga et de Riâlé. Le garçon en était la fierté de ses parents de qui, il a hérité des qualités comme la fierté, l’habileté, l’intelligence et le courage.

Et les années passèrent. C’est alors que la princesse Yennenga, nostalgique de son passé familial et de sa terre natale, décida d’envoyer son fils Ouédraogo auprès de son grand-père afin, non seulement qu’il fasse la connaissance de son petit-fils, mais aussi et surtout qu’il accepte un message d’excuse et de réconciliation dont Ouédraogo est porteur de la part de sa maman, la princesse Yennega.

En réaction à cet honneur à lui fait, Grand-père dit ceci à son petit-fils : « Tu m’apportes une bien grande consolation à la fin de ma vie, et tu en remercieras ta mère ». La colère du roi Nédéga de n’avoir aucune nouvelle de sa fille, bien vivante en lui pendant toutes ces années de séparation, fut donc vite oubliée, cédant le pas à la satisfaction parentale.

De retour du royaume de son grand-père, avec toutes les bénédictions et surtout l’appui de ce dernier en bétail, en serviteurs et en escortes de guerriers dagombas, le couple et leur enfant fondèrent un nouveau royaume « dans la région des Boussansés ». C’est de là que le royaume mossi tire ses origines lointaines, selon la légende.

Au-delà de cette aventure légendaire, la princesse Yennenga est le symbole incarné du courage, de la combativité, de la lutte héroïque, de l’abnégation des femmes africaines.

En choisissant donc « l’Etalon d’or de Yennenga » pour matérialiser son grand prix, le FESPACO entend récompenser le long métrage qui aura été le plus représentatif de l’identité culturelle africaine ou des réalités socio-historiques de l’Afrique. Le trophée représente « la princesse Yennenga sur son cheval cabré, une lance dans sa main droite, en train de pousser un cri de guerre ».

N’est pas lauréat donc de « l’Etalon d’or de Yennenga » qui veut, mais qui peut ! Car le parcours de son œuvre doit refléter le parcours de la princesse Yennenga, jalonné de péripéties, pour finalement convoler en justes noces avec les publics, tout comme la bénédiction divine a amené Yennenga dans les bras de Riâlé.

Outre le magnifique trophée de Yennenga qui symbolise cette union sacrée du film avec son public, « l’Etalon d’or de Yennenga », ce grand prix convoité du FESPACO, est doté de la somme de 20 millions de F CFA.

En cette 26e édition du festival qui prendra fin le 2 mars 2019, à qui ira « l’Etalon d’or de Yennega » dans sa chevauchée fantastique ? Difficile de jouer au prophète de l’art divinatoire. Une chose est certaine, lorsque le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré et son homologue rwandais Paul Kagamé remettront le trophée au lauréat, dans la sélection officielle, le sacre se veut d’importance et la charge lourde de responsabilité.

Pour mémoire, c’est depuis l’édition de 1972 que « l’Etalon de Yennenga » a été instauré au FESPACO comme consécration suprême de la meilleure œuvre cinématographique de la sélection officielle. Et c’est à la 19e édition, en 2005, avec l’introduction de deux nouveaux prix « Etalon » que le grand prix du FESPACO a pris la dénomination de « Etalon d’or de Yennenga ». A la précédente édition en 2017, ce prix est allé au Sénégalais Alain Gomis, pour son film « Félicité ».

Félicitations anticipées au lauréat du FESPACO 2019 qui fête en cette 26e édition, ses cinquante ans d’existence.

Sita TARBAGDO

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