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Conditions d’éligibilité en Afrique : Le Bénin rejette le syndrome togolais

Accueil > Actualités > International • • lundi 1er août 2005 à 07h32min

La Cour constitutionnelle du Bénin ne s’est pas laissé séduire par la loi scélérate et perverse qui, au Togo voisin, fixe des conditions draconiennes d’éligibilité à l’élection présidentielle. En effet, elle vient de rejeter un projet de loi adopté par l’Assemblée nationale et qui exigeait six mois de résidence sans discontinuer dans le pays, pour être candidat à la magistrature suprême.

Une fois encore, le Bénin donne le bon exemple en se démarquant de certains pays africains qui abâtardissent et bannissent pratiquement certains de leurs citoyens sous le prétexte fallacieux et simpliste qu’ils seraient déconnectés des réalités de leur patrie.

L’attitude de la Cour constitutionnelle du Bénin constitue une exception rare dans notre continent car, elle consacre de fait la séparation effective des trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire. En refusant de chausser les mêmes bottes que l’Assemblée nationale, elle prouve qu’idéalement, tous les appareils judiciaires africains devraient s’affranchir de la tutelle du pouvoir politique en place, quelle que soit sa couleur. Par ailleurs, cette juridiction montre sa capacité d’anticipation et de flair politique en refusant d’aller dans la même direction que le Parlement. Elle évite ainsi au Bénin, le syndrome togolais qui a conduit ce pays dans l’actuelle impasse politique que nous connaissons.

Enfin, la Cour constitutionnelle fait preuve de simple bon sens en coupant court à un débat subjectif, inutile et volontairement politicien qui risquait de détourner les Béninois de leurs préoccupations existentielles. Les Etats africains sont aujourd’hui de simples banlieues d’un monde globalisé envahi par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Dans un tel contexte, peut-on encore prétendre qu’un citoyen, et souvent pas n’importe lequel, ignore les réalités de son pays ?

Cela est d’autant plus ridicule que dans le cas béninois, il s’agit d’un homme, Yayi Boni, président de la BOAD (Banque ouest- africaine de développement) basée au Togo. Outre la proximité du Togo, M. Boni ne s’est pas autoproclamé président de cette institution. Sans l’accord des autorités béninoises, l’intéressé n’aurait jamais occupé ce poste qui revient à son pays. En fait, le tort de M. Boni, c’est celui d’avoir des ambitions politiques et surtout présidentielles.

En effet, on prête à Mathieu Kérékou, dont on est presque sûr qu’il prendra définitivement sa retraite, l’intention de faire de M. Boni, son poulain. Une perspective qui n’enchante pas tous ces caciques et ces vieux chevaux tapis dans l’ombre du vieux général et qui se sont laissé surprendre par le "Caméléon" dans sa décision de ne pas manipuler la Constitution pour solliciter un autre mandat. Pour la petite histoire, hors du Bénin, Kérékou aurait fait des mécontents au niveau de certains de ses pairs qui auraient senti sa désaffection comme une trahison de sa part vis-à-vis du syndicat des chefs d’Etat.

On comprend donc l’agitation fébrile de certains politiciens qui, se sentant déjà orphelins de l’après-Kérékou, tentent de brouiller le climat politique en recourant à des méthodes dépassées, à un moment où l’Afrique a plus que jamais besoin de toutes les compétences en privilégiant l’expertise nationale pour décoller. En Afrique, plus qu’ailleurs, les cerveaux devraient ne pas avoir de frontières, encore moins de nationalité. De plus en plus d’ailleurs, la tendance est au recours aux compétences sans considération ni de leur nationalité ni de la durée de leur séjour dans un autre pays.

Si les Etats-Unis sont aujourd’hui une grande Nation, c’est parce que leurs frontières n’ont jamais été fermées aux cerveaux. En Afrique même, on a eu des exemples réussis de ce recours à des cadres "coupés" des réalités de leurs pays et qui se sont révélés bons gestionnaires une fois au bercail. Ce fut le cas de Dramane Alassane Ouattara, ancien Premier ministre d’Houphouët, contraint aujourd’hui à l’exil.

Exiger de certains candidats potentiels à l’élection présidentielle une présence d’une durée déterminée dans leur pays avant de postuler à un mandat procède d’une malhonnêteté dans la mesure où ces derniers ne sont pas toujours dans des conditions sécuritaires à même de leur permettre de se sédentariser. Le cas de Ghilchrist Olympio au Togo est illustratif de l’acharnement des pouvoirs en place à l’encontre de leurs opposants auxquels, en réalité, on refuse d’avoir un destin national de nature à faire ombrage à ceux qui sont incrustés au pouvoir comme des sangsues. Personne n’est dupe.

La plupart des opposants en exil ou en mission à l’extérieur font peur aux tenants du pouvoir parce que dans l’Afrique de la mal gouvernance presque généralisée, ils ont cette chance de n’être pas mêlés aux magouilles et aux scandales qui éclaboussent la plupart des régimes africains.

La Cour suprême du Bénin, en refusant de s’enfermer dans ces frontières du cynisme, devrait en tout cas donner à réfléchir à ceux qui commettent l’imprudence suicidaire de ghettoïser la plus naturelle des aspirations de tous les citoyens à se mettre au service de leurs semblables.

Malheureusement, l’on peut se demander combien de temps va durer encore cette propension de la plupart des dirigeants africains à prendre ces mesures sélectives, à la tête du client, et visant un seul individu, à tort ou à raison , jugé gênant. Il faut dire que de façon générale, vivre hors de son pays en Afrique est ressenti comme une malédiction. On est considéré comme un citoyen au rabais, sans droit de vote dans son pays d’origine et comme un citoyen à part dans son pays d’accueil.

Le Pays"

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