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Jean-Baptiste Ouédraogo : La pauvreté, c’est pas ses oignons !

Accueil > Actualités > Portraits • • samedi 2 février 2019 à 11h41min
Jean-Baptiste Ouédraogo : La pauvreté, c’est pas ses oignons !

Le premier coq du village n’a pas encore chanté que Jean-Baptiste Ouédraogo, producteur d’oignons à Noungou, village situé à 40km de Ouagadougou la capitale du Burkina, est dans son champ « La production d’oignons est très exigeante mais celui qui s’y adonne peut en vivre aisément » , conseille-t-il.

A 49 ans dont 30 en tant que producteur d’oignons, la bulbe jaune n’a plus de secret pour lui « aujourd’hui, avec les différents appuis que j’ai eus, dont principalement ceux du Programme d’appui aux filières agro sylvo pastorales ( PAFASP), je produis , conserve et commercialise mes oignons sans difficultés majeures et je gagne très bien ma vie », commente cet entrepreneur agricole qui se voyait plutôt ingénieur à son jeune âge.

Mais ce rêve sera très tôt brisé : « J’ai obtenu mon certificat d’études primaires la même année que mon grand frère. L’inscription au collège à Ouagadougou faisait trois mille francs CFA par enfant. Mon père qui n’avait que trois mille francs a préféré inscrire mon grand frère ». C’est d’une voix étreinte par l’émotion qu’il raconte cet épisode de sa vie.

Au village , le jeune Jean-Baptiste se consacre aux travaux champêtres. Parallèlement, il travaille pour des organisations non gouvernementales (ONG) et bénéficie d’une série de formations : fertilisation des sols, organisation et fonctionnement des organisations paysannes, gestion non violente des conflits fonciers…

« La construction des entrepôts a été un tournant majeur dans l’évolution de mes activités »

En 2008, le Programme d’appui aux filières agro sylvo pastorales (PAFASP) organise au profit des acteurs de la filière oignon un voyage d’études au Niger sur les techniques de production et de conservation de l’oignon. Jean-Baptiste fait partie de la délégation. L’année suivante, une subvention de trois millions cent cinquante mille francs CFA du PAFASP lui permet de construire un entrepôt de conservation d’oignons de douze tonnes.
« La formation au Niger et la construction de l’entrepôt de conservation ont été un tournant majeur dans l’évolution mes activités », reconnait-t-il. « Moi qui bradais le sac de 100kg d’oignon à quinze mille francs CFA au mois de mars arrive à vendre le même sac à soixante mille francs CFA après six mois de conservation. J’ai ainsi construit sur fonds propres un autre entrepôt de douze tonnes. »

Ces infrastructures de conservation ont incité M. Ouédraogo à accroître ses capacités productives. De deux hectares avec deux employés en 2008, il exploite en 2018 quatre hectares avec sept employés dont deux permanents « Mes cinq employés saisonniers ont une rémunération de 400 000 francs CFA par personne et par campagne agricole et les deux permanents ont un salaire mensuel de 60 000 francs CFA par personne », précise-t-il.
Une belle somme quand on sait que l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) du Burkina estimait, en 2014, le seuil absolu de pauvreté monétaire à 154 000 francs CFA par adulte et par an à Ouagadougou. Cette rémunération est d’autant plus appréciable que l’INSD révèle toujours qu’au Burkina, en 2014, neuf pauvres sur dix vivaient en milieu rural.

Avec de telles performances, Jean Baptiste Ouédraogo est retenu en 2015, comme 176 autres promoteurs du PAFASP , pour évoluer de micro-projet en micro-entreprise avec l’accompagnement de la Maison de l’entreprise du Burkina Faso ( MEBF). Il bénéficie alors d’une subvention de sept millions de francs CFA du PAFASP et construit un troisième entrepôt de conservation d’oignon d’une capacité de trente tonnes.

Le PAFAP et la MEBF l’accompagnent à obtenir un agrément d’entrepreneur agricole et il bénéficie d’une série de formations en lien avec la gestion d’une entreprise. Cette formalisation lui ouvre de nouvelles perspectives « Avec cet agrément, je peux désormais postuler à des appels d’offres, ce qui n’était pas possible avant, et j’arrive à mieux négocier et nouer des contrats d’achat », se félicite celui qui est par ailleurs le président de la chambre régionale d’agriculture de la région du Plateau Central.

« J’ai ainsi obtenu un marché de cinq millions de francs auprès d’un projet pour la livraison de semences d’oignons et noué un contrat ferme avec un acheteur togolais. En septembre 2017, je lui ai vendu, après conservation, cinquante tonnes d’oignon à trente millions de francs CFA ».

Aujourd’hui, Jean-Baptiste Ouédraogo est un entrepreneur agricole prospère.
Il s’est construit une belle maison en brique dure dans son village pour remplacer celle en terre qui tombait en ruine. Il possède également deux autres maisons à Ziniaré, chef-lieu de la région, qu’il loue et un véhicule pour le transport de semences et d’engrais. Il paie quatre cent mille francs CFA par an pour la scolarité de chacune de ses deux filles. « C’est ma plus grande fierté de pouvoir assurer une bonne scolarité à mes enfants quand je me rappelle encore que, faute de trois mille francs CFA, mon père n’a pas pu m’inscrire au collège » , soupire-t-il.

Une expérience aux effets multiplicateurs

L’expérience acquise dans la production et la conservation d’oignons a fait de Jean-Baptiste Ouédraogo un formateur endogène. Son expertise est désormais sollicitée aussi bien au Burkina que dans la sous-région ouest-africaine (Bénin, Sénégal). Ses entrepôts servent de cadre d’apprentissage pour d’autres producteurs (visites commentées). A partir de l’entrepôt pilote réalisé en 2009, quarante unités de conservation d’oignon ont été construites à travers la région du Plateau Central.
Le ruudu ou silo de conservation d’oignon y a été également développé. Six membres de l’association Teel taaba (entraide en langue nationale mooré), dont Jean Baptiste Ouédraogo est le président, ont bénéficié de cet entrepôt adapté aux petits exploitants.

Le « ruudu » est un entrepôt d’oignons sous forme de grenier pour la conservation de trois tonnes d’oignon pour une durée de six mois. C’est un exemple de technologie efficace de conservation à faible coût, à base de matériaux locaux et qui permet aux petits exploitants de se prémunir contre la baisse des prix à la récolte.

« Le PAFASP a également aménagé vingt hectares au profit d’une cinquantaine de membres l’Association Teel taaba . Quand on sait qu’un hectare produit entre vingt et vingt cinq tonnes d’oignon cela représente beaucoup d’argent surtout en milieu rurale », reconnait M . Ouédraogo.
L’expérience de Jean-Baptiste ouédraogo a inspiré sept étudiants de l’Université de Ouagadougou qui ont appris son parcours à travers l’écho que les médias en ont fait. « Ils sont venus me voir et par mon entremise des propriétaires terriens leur ont fait don de deux hectares », fait remarquer M. Ouédraogo. « Je les ai ensuite aidés à ventre les 43 tonnes tonnes d’oignons obtenues avec mon acheteur togolais à hauteur de vingt cinq millions huit cent mille francs CFA ».

Ces étudiants, sans renoncer à leurs chères études, ont promis, rapporte M. ouédraogo, de s’investir davantage dans la production agrocle parce que la terre ne ment pas.

Adama SAVADOGO
Collaborateur

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