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Procès du coup d’Etat : L’adjudant-chef major Eloi Badiel garde sa position

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • mardi 22 janvier 2019 à 00h34min
Procès du coup d’Etat : L’adjudant-chef major Eloi Badiel garde sa position

Le procès du coup d’Etat de septembre 2015 est entré dans une nouvelle phase ce 21 janvier 2019 à Ouagadougou, avec le deuxième passage à la barre de certains accusés clés. Sont de ceux-là l’adjudant-chef major Eloi Badiel, l’homme qui a réparti les tâches pour procéder à l’arrestation des autorités de la Transition. Il a une fois de plus été formel. Le coup d’Etat a été bel et bien conçu, planifié. Ce n’était donc pas un mouvement d’humeur, « c’est faux...on a reçu l’ordre d’arrêter les autorités de la Transition, on l’a fait », a-t-il réitéré.

Les 9 et 10 juillet 2018, l’adjudant-chef major Eloi Badiel était à la barre. Pendant 48 heures donc, il avait tenté de convaincre le président et la cour du fait qu’il a reçu l’ordre de procéder à l’arrestation des autorités de la Transition. Connaissant ses hommes et de quoi chacun est capable, il a donc choisi ceux qui pouvaient exécuter la mission, ce qui fut fait. Cet ordre-là, c’est le sergent Roger Koussoubé qui est venu le lui transmettre de la part du général Gilbert Diendéré.

Quand il a comparu de nouveau ce 21 janvier 2018, le président Seidou Ouédraogo lui demandera s’il maintient ses déclarations. « Affirmatif, je les maintiens », a-t-il répondu. Mais il a souhaité faire des ajouts. Il dit avoir l’impression une fois de plus que certains de ses co-accusés se sont concertés pour dire que c’est lui qui a donné l’ordre d’arrêter les autorités de la Transition. « Mais les ordres sont venus d’ailleurs ». Par exemple, c’est le capitaine Dao qui, au téléphone, lui a demandé de trouver des éléments pour aller arrêter les émetteurs de RFI, et par la suite ceux de la radio Oméga.

Le parquet militaire a reproché à l’accusé de n’avoir pas « fait un minimum de vérification » de l’ordre transmis par le sergent-chef Roger Koussoubé. En plus, se fondant sur sa longue carrière militaire, le ministère public lui demande si un subordonné est souvent venu lui transmettre les ordres d’un chef. L’adjudant-chef major précisera que dans l’armée, il y a ce qu’on appelle « porteur de message » qui peut ne pas être gradé. Dans le contexte de suspicion qui régnait au sein du corps, il n’a pas cherché à vérifier l’ordre transmis. Si le capitaine Dao qui est son supérieur hiérarchique immédiat était là (il était en mission), c’est à lui qu’il aurait rendu compte.

« Je ne veux pas être désagréable avec lui, mais il a joué un jeu qui nous a tous conduit ici », avance Eloi Badiel à propos du sergent-chef Roger Koussoubé. Et au moment de passer à l’acte, il a disparu et n’est pas entré dans la salle du conseil des ministres. En rappel, le porteur de message avait avancé l’argument selon lequel, lui étant de teint claire, il sera facilement identifiable.

Son avocat, Me Bertin Kiénou, note que son client a choisi la voix de la vérité à la barre. Il rappelle que lors de sa première comparution, le parquet et les avocats de la partie civile avaient même salué son sens de l’honnêteté. « Il l’a fait sur instruction, sur ordre. Il est lui-même une victime quelque part. Ceux qui ont instruit le coup sont passés à la barre et ont dit leurs motivations », notamment politiques avec la mise à l’écart de certains partis politiques aux échéances électorales, a expliqué Me Kiénou. Pour le conseil donc, son client n’était qu’un exécutant d’ordres, pas ce chef d’orchestre qui a organisé et planifié le coup d’Etat.

Les avocats, surtout ceux du général Gilbert Diendéré, sont montés au créneau pour émettre des doutes sur le fait que l’adjudant-chef major Eloi Badiel n’ait pas fait de compte rendu après avoir exécuté les ordres qu’il dit avoir reçu. Selon eux, il est maître des actes qu’il a posés.

De l’argent venu de la Côte d’Ivoire

Le parquet militaire est revenu sur la somme de 1 941 000 F CFA que l’adjudant-chef major Eloi Badiel a reçue de la Côte d’Ivoire. Comme lui, cinq autres personnes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont reçu la même somme. Le ministère public a relevé deux coïncidences troublantes : le fait que ce soit la même somme perçue par six éléments, en plus à la même période du coup d’Etat.

L’adjudant-chef major a effectivement reconnu avoir reçu cette somme, mais s’empresse de préciser que cela n’a rien à voir avec le coup d’Etat. C’est par le truchement d’un bienfaiteur de l’adjudant Jean Florent Nion en Côte d’Ivoire qu’il a bénéficié de cette largesse. Il a donc renvoyé le ministère public à son co-accusé, qui leur donnera plus de précision.

Revenant sur l’implication de son client, Me Bertin Kiénou notera qu’il a juste été la partie visible du coup d’Etat, parce que le plus souvent, le commanditaire se cache. Et ce sont les exécutants au plus bas de l’échelle qui se dévoilent. « Le général [Diendéré] se faisait discret », avant la déclaration officielle du Conseil national de la démocratie (CND) », a relevé l’avocat.

Tiga Cheick Sawadogo

Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 22 janvier à 04:37, par Yako En réponse à : Procès du coup d’Etat : L’adjudant-chef major Eloi Badiel garde sa position

    De l’argent, il n’y en eu. L’argent a circulé à flot. Oh mon Dieu, pauvre Burkina.

    Si la peine de mort existait encore au Burkina, le Général devrait être condamné à la peine capitale sans détour. Il faudra qu’il remercie les organisations de droit de l’hommes qui ont milité à sa suppression.

    Répondre à ce message

  • Le 22 janvier à 08:40, par sheiky En réponse à : Procès du coup d’Etat : L’adjudant-chef major Eloi Badiel garde sa position

    Les choses s’éclaircissent. On attend les personnes qui ne pensent qu’à glorifier le Gl qui n’a rien démontré pendant son audition à part que son mythe était surfait. Qui peut vraiment penser et accepter que ces militaires fassent une chose pareille sans au moins le consentement de leurs chefs. C’est vraiment une insulte à l’intelligence de l’opinion...
    J’espère que le tribunal songerait à demander à chaque intervenant la position de l’autre Gl de gendarmerie dans l’affaire. Comme il s’appuie sur le fait que personne ne l’a cité et nous l’avons constaté, on doit ouvertement le demander aux acteurs. Ainsi, on sera plus ou moins fixé...
    On comprend la volonté de se soustraire, mais je redis que c’est dommage pour nos officiers qui donnaient l’image d’être très valeureux.

    Répondre à ce message

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