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Restitution à l’Afrique de son patrimoine culturel : Une revendication légitime qui pose bien des questions.

Accueil > Actualités > International • • mercredi 9 janvier 2019 à 18h26min
Restitution à l’Afrique de son patrimoine culturel : Une revendication légitime qui pose bien des questions.

Les tribulations politico-sociales de la France de Macron, ces derniers mois, ont quelque peu occulté ce dossier. Mais il ne fait plus de doute que la restitution à l’Afrique de son patrimoine culturel est désormais à l’ordre du jour. Si tant est que l’Afrique le veuille et s’en donne les moyens. Et que le débat autour de cette « restitution » se développe au-delà de son aspect « identitaire », « nationaliste » et/ou « mercantile ». Ce n’est pas gagné. Quoi qu’il en soit, il existe désormais, un document de travail, qui plus est commandé par le président de la République française, qui est un point de départ à partir duquel peut s’engager la discussion.

C’était il y a peine plus d’un an. Le 28 novembre 2017, à Ouagadougou, dans le cadre de l’université Ouaga I. Emmanuel Macron, qui venait d’être élu à la présidence de la République française, l’avait affirmé avec la détermination verbale qu’il aime adopter : « Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Il ne faut pas s’emballer : il ne s’agit pour l’instant que de « réunir les conditions » à ces restitutions qui seront « temporaires » ou « définitives » (dans quelle proportion ?), rien de plus. Pas question, donc, de mettre en place des « charters »… d’objets d’arts africains ! Il n’aura fallu qu’un an pour que le rapport sur ce dossier soit remis à Macron, ce qui finalement démontre la volonté de l’exécutif français d’aller vite. Plus de 230 pages qui sont le résultat de la réflexion menée par Bénédicte Savoy et Felwine Sarr. Une Française et un Sénégalais, tous deux agrégés, l’une en allemand, l’autre en économie ; tous deux connus pour leurs travaux sur les spoliations artistiques.

Ethique relationnelle pour un « nouveau départ »

L’intitulé de cette réflexion fixe d’emblée le positionnement de ses auteurs : « Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle ». Autrement dit, il s’agirait de penser une nouvelle vision de la relation entre l’ex-Afrique colonisée et les ex-puissances coloniales. Vision fondée sur la juste dénonciation du « système colonial », « système d’appropriation et d’aliénation ». La « restitution » viserait donc à établir « des relations futures plus équitables », fondées sur « le dialogue, la polyphonie et l’échange ». Pas de doute, la démarche de nos deux auteurs s’inscrit dans une ligne politique bien plus qu’elle ne résulte d’une démarche socio-culturelle. Et, en France, les premiers commentateurs n’ont pas manqué de stigmatiser une approche teintée de « repentance » s’inscrivant dans les « postcolonial studies ».

« En ce sens, écrivent les deux auteurs, le projet de restitution engagé par la France s’inscrit dans une triple logique de réparation, de rééquilibrage de la géographie cultuelle mondiale, mais aussi et surtout de nouveau départ ». Ils soulignent par ailleurs « la spécificité du cas africain » : « Sur un continent où 60 % de la population a moins de 20 ans, il en va d’abord et avant tout de l’accès de la jeunesse africaine à sa propre culture, à la créativité et à la spiritualité d’époques certes révolues mais dont la connaissance et la reconnaissance ne saurait être réservée aux sociétés occidentales ou aux diasporas qui vivent en Europe ».

Que la colonisation ait été un « crime contre l’humanité, une vraie barbarie » comme l’a souligné Macron lors de son premier déplacement en Algérie, nul ne peut le nier. En Afrique comme en Asie. Plus encore en Amérique du Nord comme en Amérique du Sud où, pour l’essentiel, les peuples autochtones ont été définitivement éliminés de la carte au profit des colons européens. D’où, me semble-t-il, la nécessité de parler plutôt « des » colonisations que de « la » colonisation ! Que les décolonisations de l’Afrique aient été largement instrumentalisées par les ex-puissances coloniales, là encore personne ne peut le nier. Que le traumatisme des populations colonisées (sans compter celui des populations déportées et réduites en esclavage après avoir été colonisées) soit pérenne, et s’inscrive dans la mémoire des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique, est une évidence que, justement, les créations culturelles (littérature, peinture, sculpture, danse, chant, etc.) mettent en évidence.

Reste à savoir (au-delà des problèmes financiers, techniques et juridiques) en quoi la « restitution » d’objets qui, pour l’essentiel, appartiennent au passé pré-colonial, peut contribuer à instituer ce « nouveau départ », souhaité par les auteurs du rapport, entre la puissance ex-coloniale et les populations ex-colonisées. Est-ce une revendication des populations concernées ou celle d’une « élite » intellectuelle et/ou politique qui, pour l’essentiel, est largement plus « occidentalisée » que ne le sont les « nouvelles » populations africaines ? N’est-ce pas aussi une revendication d’intellectuels occidentaux qui veulent voir dans les colonisations des accidents de l’histoire alors qu’elles sont inhérentes à la nature humaine : si le zèbre, depuis qu’il est apparu sur terre, est resté un zèbre et continue de brouter l’herbe de la savane, l’homme, depuis qu’il s’est mis debout pour marcher, n’a jamais cessé de vouloir transformer son environnement et cela en asservissant, le moment venu, les autres hommes (non sans avoir, au passage, asservi la femme !).

Légitime mais pas absolument nécessaire ?

La « restitution » est, selon moi, une revendication légitime. Mais pas, pour autant, une nécessité absolue. Depuis cinquante ans que je parcours l’Afrique où j’ai mené des centaines de missions, j’ai rarement constaté, quel que soit le milieu dans lequel je me suis trouvé, un quelconque intérêt pour les œuvres culturelles africaines : le poids de l’occidentalisation était trop fort chez tous ceux que j’ai interviewé. Y compris chez les tenants d’une « africanité » ou d’une « africanitude ». Le Sénégal de Senghor n’a pas été, en la matière, une exception malgré les efforts de son président qui s’est investi dans la politique en un temps où, en France, de André Breton à Pablo Picasso, on chantait les louanges de « l’art nègre ». Les chefs d’Etat africains, les grandes fortunes africaines, eux non plus, n’ont guère montré d’intérêt pour « l’art africain ». La politique « d’authenticité » de Mobutu n’a été que la caricature d’une démarche qui se voulait authentique mais ne visait qu’à exclure les autres pour mieux exploiter les siens. On me rétorquera, sans doute, que c’est la confiscation par l’Occident de l’art africain qui a fait que les Africains, globalement, ne s’y sont pas intéressé. Ce n’est sans doute pas faux : c’est à travers mes déambulations dans les salles du Musée de l’Homme à Paris que j’ai appris, dans les années 1960, alors que j’étais étudiant à l’institut africaniste de la Sorbonne, à mieux connaître les peuples d’Afrique. Mais pas seulement ; c’est aussi dans les foyers pour travailleurs immigrés de Montreuil, au contact de l’Union générale des travailleurs sénégalais en France (UGTSF), au temps de Sally N’Dongo, et, bien sûr, sur les terres africaines de Dakar à Zanzibar, d’Alger à Harare…

Faut-il désormais émietter la créativité des peuples africains que l’on peut constater quand on visite le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris, le Musée Royal de l’Afrique centrale à Bruxelles, le British Museum à Londres, le Weltmuseum à Vienne, etc.? Chacun d’entre eux conserve des dizaines de milliers d’objets socio-culturels nés en Afrique pré-coloniale et « déportés » en Europe coloniale, résultant tout autant d’un pillage que d’une volonté de connaissance de l’autre. C’est que la colonisation a donné à voir, au monde non-africain mais aussi au monde africain, la culture africaine pré-coloniale de la même façon que la déportation et l’esclavage des populations africaines sur le continent américain et ailleurs ont permis l’émergence du blues, du gospel, du jazz, fondements des musiques populaires mondiales actuelles. Ce qui ne saurait justifier ni la colonisation ni l’esclavage !

Est-il plus légitime de restituer les bois sculptés bamiléké et les objets du royaume bamoun à un Etat camerounais qui n’a eu de cesse de combattre l’indépendantisme (y compris par le séparatisme) de ces peuples de l’Ouest du pays ? Serait-il légitime de remettre au gouvernement de Luanda, au titre de l’Etat angolais, la statuaire ovimbundu, patrimoine d’un peuple qui a longtemps combattu les « métis » du MPLA au nom de « l’indépendance totale » voulue par l’Unita de Jonas Savimbi ? Faudra-t-il aller à Dakar pour découvrir l’art des Sénoufo et des Sarakolé, à Bamako pour celui des Dogon (si tant est qu’il ne soit pas revendiqué par les Burkinabè), à Ouaga pour celui des Mossi ? Que faire de l’art des Peuls, des Sénoufo, des Dioula, des Wobé, etc. populations transnationales ?

La valeur universelle des arts d’Afrique

Le Musée du Louvre a Paris a accueilli, en 2018, plus de 10 millions de visiteurs, établissant ainsi un record mondial de fréquentation pour un musée. Imagine-t-on ses collections restituées à leurs créateurs ? Ne faut-il pas, plutôt, s’orienter vers l’implantation de musées antennes à l’instar du Louvre-Lens ou du Louvre-Abu Dhabi ? Neil MacGregor, le directeur du British Museum, a lui, choisi, dès son arrivée à la tête de la prestigieuse institution londonienne, de monter des expositions en Afrique avec la collaboration de conservateurs africains. Il avait alors souhaité, rappelait Vincent Noce dans La Gazette Drouot (15 décembre 2017) « à sortir de la fixation sur les questions de propriété pour considérer la valeur universelle de ces biens ». Noce, figure significative du gauchisme parisien dans les années 1970 (son vrai nom est Nicolas Baby), écrivait par ailleurs (La Gazette Drouot du 7 décembre 2018) – et ceci tend à expliquer cela – : « En réalité, toute collection est fondée sur la part de violence d’une « extraction », à commencer par celle des biens sacrés. Mais elle emporte les œuvres en les confrontant à un savoir multiple, aux témoignages d’autres civilisations et au regard de tous. Une nouvelle histoire s’écrit, qui s’imbrique dans la précédente ».

Noce rejoint ainsi Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil à Paris, qui déclarait récemment (Télérama du 19 septembre 2018) : « Les cultures ne sont les propriétés de personne. Aucune borne ne les limite, car, justement, elles n’ont pas de limites connues dans l’espace géographique ni, surtout, dans le temps. Elles ne sont pas isolées, elles s’ensemencent depuis l’aube des civilisations […] Les histoires des groupes, des hordes, des tribus, des ethnies, des peuples, des nations enfin, ne peuvent être brevetées, comme le prétendent certains, car elles appartiennent toutes à la grande histoire de l’humanité ». Mnouchkine s’insurgeait contre l’action menée par des intellectuels autochtones canadiens – et quelques alliés non autochtones – qui, en juillet 2018, ont dénoncé la création d’une pièce traitant de l’histoire des autochtones au Canada (« Kanata ») alors qu’aucun acteur n’était issu de leurs communautés (les acteurs étaient afghans, brésiliens, français, irakiens, syriens…). « On est en train d’ériger des enclos, à l’intérieur desquels on voudrait séparer les identités réduites à elles seules. Pour mieux les classer ? A l’infini ? » a commenté la directrice depuis cinquante-quatre ans du prestigieux Théâtre du Soleil, peu suspecte d’un quelconque racisme ou ostracisme. Elle ajoutait : « En quoi cette tribalisation générale va-t-elle affaiblir le capitalisme sauvage qui ruine notre planète ? ».

Faut-il être sarakolé pour parler des Sarakolé, camerounais pour parler des Camerounais, africain pour parler de l’Afrique ? Il est cependant une donnée qui s’impose à tous : le plus grand dénominateur commun des pays africains francophones est la France et c’est en France que les « élites » africaines achètent maisons et appartements, viennent se faire soigner, envoient leurs enfants étudier… On peut le déplorer ; on ne peut que le constater. Comme on ne peut que constater – tout en le déplorant – que c’est en France, pas au Sénégal, pas en Côte d’Ivoire ou au Congo… que l’on se documente, que l’on s’informe, que l’on peut mener une recherche sur des sujets transversaux qui concernent l’Afrique et les Africains. Quel pays d’Afrique francophone consacre à ses propres archives une attention significative ? Où sont les bibliothèques, les centres documentaires (à l’instar de La Documentation française), les musées publics et les musées privés ?

Accumuler les objets plutôt que la connaissance ?

On peut rêver que Dakar, Abidjan, Brazzaville (les trois villes majeures de l’Afrique coloniale française) deviennent des pôles de connaissance et de transfert de connaissance sur l’Afrique, une Afrique « globale » pas une Afrique « nationale ». Cette connaissance passe nécessairement par la culture (et l’anthropologie culturelle trop délaissée par les étudiants africains). Pas sûr que la « restitution » soit une réponse au besoin identitaire de l’Afrique contemporaine. Elle risque de n’être qu’une accumulation d’objets – « conservés, gérés et sécurisés » pour reprendre les termes du gouvernement ivoirien qui, le 12 décembre 2018, a réclamé la restitution d’objets d’art dont la valeur est estimée à 9,2 milliards d’euros ! – si elle ne s’inscrit pas dans une démarche de connaissance. Une démarche qui s’inscrit nécessairement dans le long terme : il est plus simple de construire des musées que de former des conservateurs !

Enfin, il convient d’éviter d’enfermer définitivement l’apport culturel de l’Afrique à sa « production » pré-coloniale. Production dont nul ne connaît les créateurs ; ce qui a facilité, par le passé, la « confiscation » de cette production ; et ce qui en facilitera, à l’avenir, la « restitution » : les Etats se substituant aux créateurs inconnus mais, probablement aussi, aux collectivités qui en ont été, autrefois, les dépositaires. D’ores et déjà les arts africains contemporains échappent à l’Afrique alors qu’il est en pleine émergence. Il faut rappeler que le photographe malien Malick Sidibé doit sa notoriété internationale au marchand André Magnin (promoteur de la plus grande collection d’art d’Afrique pour le compte de Jean Pigozzi, montrée en 2017 à la Fondation Louis-Vuitton à… Paris) qui lui a organisé, début 2018, une exposition à la Fondation Cartier à… Paris.

C’est encore à… Paris, au Carreau du Temple, que s’est tenue en novembre 2018 la troisième édition de la foire d’art contemporain africain : plus de 130 artistes réunis par 49 galeries de 15 pays d’Europe et d’Afrique. Quant à la foire d’art contemporain africain 1-54 (54 comme le nombre de pays en Afrique), elle est née il y a cinq ans à… Londres puis s’est tenue, l’année suivante, à… New York. Ce n’est qu’au début de l’année 2018 qu’elle a retrouvé la terre africaine (dans une configuration plus modeste : il n’y avait que 17 exposants) à… Marrakech, la ville la plus « bobo » du Maroc et du continent.

Le principal acheteur aurait été, dit-on, le roi du Maroc lui-même que l’on présente comme « particulièrement féru » en matière d’art contemporain africain. Bien sûr, il y a Dak’art dont la 13è édition s’est tenue dans la capitale sénégalaise en 2018 ; mais ceux des créateurs africains qui y participaient dénonçaient, cette fois encore, « des interlocuteurs peu expérimentés », « des circuits administratifs longs et aléatoire », des douaniers enclins à la confiscation des œuvres et « un soufflé qui retombe malheureusement très vite une fois la Biennale terminée ».

C’est dire que la « restitution » risque fort d’être, en matière d’art africain, l’arbre qui cache la forêt. Et, en l’occurrence, le travail des créateurs africains contemporains. C’est bien de penser, enfin, au patrimoine culturel des peuples d’Afrique – ce que l’on appelle plus généralement « l’art tribal » – encore faut-il ne pas négliger le patrimoine culturel actuel, autrement dit celui qui est l’œuvre de créateurs africains qui attendent avec impatience qu’on leur donne les moyens de s’exprimer. D’ailleurs, combien sont-ils à s’être exprimés sur la question de la « restitution » ?

Jean-Pierre Béjot
La Ferme de Malassis (France)
7 janvier 2019

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