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Lutte contre le terrorisme : La cellule juridique du Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques scrute l’horizon

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Attaques terroristes • LEFASO.NET | OL • lundi 7 janvier 2019 à 00h03min
Lutte contre le terrorisme : La cellule juridique du Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques scrute l’horizon

« La laïcité dans un contexte de lutte contre le terrorisme ». C’est ce thème qui a fait l’objet d’un panel initié par la Cellule des juristes musulmans du Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques (CERFI), dimanche, 30 décembre 2018 à Ouagadougou. Cette activité, qui a mobilisé de nombreux participants, a été animée par l’imam Alidou Ilboudo, l’imam Inoussa Compaoré (docteur en droit public) et le premier substitut du procureur du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, Harouna Yoda.

C’est par une approche des termes et expressions-clés que les panélistes ont entamé le sujet. Ils ont également fait une analyse historique de la laïcité, en lien avec le pays colonisateur. Ainsi apprend-on que la laïcité peut se comprendre comme l’équidistance que l’Etat doit avoir avec les différentes religions ; la neutralité que les pouvoirs publics doivent observer par rapport à la religion. C’est donc la liberté que l’Etat doit reconnaître aux différentes religions, aux citoyens, quant à leur manière de croire ou de ne pas croire, leur façon de vivre ou de ne pas vivre leur foi.

La « laïcité burkinabè » est calquée sur le modèle français et en France, il est arrivé à un moment où il n’y a aucune différence entre le politique et le religieux, indique-t-on.

« Avec tout ce que les Français ont connu comme oppression, comme difficultés, comme travers de la gestion du pouvoir politique, ils sont arrivés dans leur évolution à dire que ‘‘si c’est la religion qui est le problème, à partir de maintenant, nous, libres penseurs, on n’est plus liés à une question de religion, nous allons créer une scission entre la République et la religion’’. Cette scission n’était pas directement une négation de la religion, mais plutôt de créer un principe de neutralité de l’administration publique, de l’Etat, par rapport à la religion », ont précisé des communicateurs.

« Notre laïcité est un modèle importé ; c’est le modèle que le colon nous a amené. Sinon, la réalité même du Burkina est qu’on vit ensemble… », souligne Dr Inoussa Compaoré, faisant un état général de la laïcité au Burkina.

Selon les autres panélistes, au Burkina, la laïcité n’est cependant pas vécue dans un sens strict. C’est ainsi que certaines pratiques sont admises comme règles générales au plan national, bien qu’ayant une origine religieuse.

« On est dans la compréhension d’une laïcité souple, et là encore, il faut interpeller les autorités à sincèrement, et en toute objectivité, rester neutres par rapport à toutes les religions, de ne pencher vers une religion par rapport à une autre, au risque de créer un certain nombre de frustrations qu’on pourrait avoir du mal à gérer », observe-t-il au passage, avant d’exhorter à travailler tous à préserver le vivre-ensemble.

« Vous voyez également la place qu’occupe la religion dans notre pays, combien de fois il a fallu qu’on aille vers nos religieux : le cardinal, les imams de la Fédération des associations islamiques, la FEME (Fédération des églises et missions évangéliques) … C’est qu’ils occupent une place cardinale dans l’armature (je ne dirais pas institutionnelle, formelle) qu’on ne peut pas négliger », ont présenté les communicateurs.

« Il faut tenir compte du contexte dans lequel nous évoluons »

Dans le contexte des attaques terroristes que traverse le Burkina ces dernières années, et les débats que la situation suscite en lien avec l’islam, certains panélistes estiment que la peur des autres est légitime ; parce que ceux qui posent les actes terroristes l’ont « toujours » fait en se mettant dans la peau du musulman. Ainsi, pour Dr Compaoré, il est tout à fait légitime qu’après avoir été plusieurs fois giflé par un homme vêtu en blanc, l’on se méfie désormais de toute personne vêtue en blanc.

« Il faudra que nous, musulmans, tenions compte du contexte dans lequel nous évoluons », invitent les panélistes. Sans langue de bois, certains panélistes déplorent l’attitude de certains leaders musulmans dans leurs interventions publiques.

« Il y a certains de nos responsables (nous, musulmans), quand ils disent quelque chose, toi-même musulman, tu as peur. (…). Les musulmans doivent comprendre la légitimité de la peur des autres, parce qu’ils (les terroristes, ndlr) utilisent les expressions qu’utilisent les musulmans. Maintenant, est-ce qu’on comprend ce qu’on dit de la même manière ? Il faut donc montrer une autre image et c’est là où notre responsabilité est engagée. (…). Il ne faut donc pas confondre ces personnes sans foi ni loi avec des gens qui s’évertuent tous les jours à ce que nous ayons un Burkina de vivre-ensemble, riche dans sa diversité à la fois ethnique, linguistique et religieux », illustre-t-on.

(De g. à. d ) Imam Ilboudo, le modérateur, Dr Inoussa Compaoré et Harouna Yoda

Ce, d’autant que la religion musulmane indique clairement que « celui qui sauve la vie d’un homme, c’est comme s’il avait sauvé toute l’humanité. Dans le même esprit, celui qui ôte la vie d’un seul homme, c’est comme s’il avait ôté la vie de toute l’humanité ». Les crimes contre l’humanité y trouvent donc leurs sources et cela montre la sacralité de la vie de l’être humain. « Rien que ce passage suffit largement pour marquer la différence entre les musulmans et ces terroristes », tranchent les panélistes.

Parmi les pistes de solutions, les panélistes proposent la déradicalisation des prisons et la communication (beaucoup et bien communiquer sur la question). A ce sujet, l’imam Ilboudo pense que c’est une communication sur la longue durée. Aussi suggère-t-il d’écouter ces gens en conflit avec la société, pour comprendre leurs motivations réelles (que veulent-ils au juste ?).

Le premier substitut du procureur du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, Harouna Yoda, est, quant à lui, revenu largement sur l’arsenal juridique national en matière de lutte contre le terrorisme. Il a aussi fait un zoom sur certaines difficultés rencontrées sur ce plan lors des attaques terroristes qu’a connues la capitale.

« Il peut y arriver qu’il y ait des amalgames »

L’intervention des panélistes a suscité de nombreuses réactions, questions, commentaires et contributions, au sein du public qui est resté mobilisé pendant plus de trois heures.

Pour le secrétaire permanent de la cellule des juristes du CERFI, Ousséni Ouédraogo, l’intérêt du thème se justifie par le contexte national, frappé depuis 2016 par les attentats terroristes. Dans la dynamique de lutte contre ce phénomène, il peut y arriver qu’il y ait des amalgames ; parce que ces gens-là (terroristes) se revendiquent toujours des musulmans, abonde M. Ouédraogo. C’est donc pour contribuer à lever toute équivoque qu’une telle activité a été développée autour de la signification de la laïcité dans le contexte actuel de lutte contre le terrorisme.

Installée le 28 février 2018, la cellule des juristes du CERFI est une commission spécialisée qui regroupe les professionnels du droit ou de la justice. Elle a pour objectif principal d’apporter de l’expertise au CERFI sur certains domaines liés au droit ou à la justice de façon générale. Avec la mobilisation, et au regard de l’enjeu de telles initiatives, la cellule des juristes du CERFI entend multiplier ce genre de communications.

O.L
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 7 janvier à 03:30, par sotigui de bobo En réponse à : Lutte contre le terrorisme : La cellule juridique du Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques scrute l’horizon

    J’apprécie et vous encourage dans votre démarche, il ne faut pas se lasser d’éclairer les populations, c’est cela qui va nous sortir de cette situation difficile. J’adhère entièrement à la proposition d’imam Ilboudo qui est d’écouter ces gens-là pour savoir au moins c’est quoi au juste leur revendication. Voyez-vous, il y a beaucoup de groupes dans cette affaire, tous n’ont pas les mêmes intentions (enfin, je le sis). Bravo à la cellule des juristes du CERFI et que ce type de communications soient dupliquées.

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  • Le 7 janvier à 10:23, par Honronya En réponse à : Lutte contre le terrorisme : La cellule juridique du Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques scrute l’horizon

    Une tres bonne initiative. Courage au CERFI. Et vivement la Paix, la Quietude et la Securite au #Faso.

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  • Le 7 janvier à 11:34, par J’aime mon pays En réponse à : Lutte contre le terrorisme : La cellule juridique du Cercle d’études, de recherches et de formation islamiques scrute l’horizon

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    Tres bien dit et parfaitement d’accord avec cette analyse. Cependant, encore dans le contexte des attaques terroristes ya t-il pas lieu d’abolir le port d’habit noir cachant totalement l’identité de la personne ? Car toute forme d’acoutrement est culturelle et rien a voir avec le DIVIN. Ceux qui portent ces habit doivent comprendre que c’est culturel et rien a voir avec notre culture. Si on etait né trouver que nos parent marchaient nu alors on macherai nu. Voyez, le Tchad a interdit le port d’habit cachant toute l’indentité et ne laisse voir que les yeux alors meme qu’il est un pays plus islamisé que le Burkina. C’est dire aussi que la laicité doit aussi prendre en compte la realité du contexte culturelle et politique. On ne peut pas permettre la pratique d’une foie religieuse (accoutrement) qui met en cause certaines question securitaires au nom de la laicité.
    De meme que « Notre laïcité est un modèle importé ; c’est le modèle que le colon nous a amené. Sinon, la réalité même du Burkina est qu’on vit ensemble… », de meme nos religions et nos accoutrements religieux sont des modele importés que nous devons changer s’il peut pauser un probleme pour le vivre ensemble, pour la securité en general.

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