Procès du putsch du CND : Djibrill Bassolé fait son déballage
LEFASO.NET | Par LEFASO.NET
84e et dernier sur la liste des accusés du coup d’État de septembre 2015, le général de brigade Djibrill Bassolé donne sa version des faits, ce vendredi 21 décembre 2018.
"Je ne serai pas long, car à l’époque, mon emploi de temps n’était pas en lien avec les faits qui me sont reprochés". Ce sont en ces termes que le général de la gendarmerie Djibrill Bassolé a commencé son audition.
Il a promis d’être bref en donnant un aperçu de ce qui s’est passé le 16 septembre 2015 et les jours suivants.
Selon le général Bassolé, le 16 septembre, il a reçu un message (dont il ignore l’expéditeur) l’informant qu’il y a des arrestations qui se faisaient à Kosyam. " Mon tout premier réflexe était de quitter Ouagadougou", a-t-il affirmé.
Ainsi, Djibrill Bassolé a rejoint sa résidence de Koudougou le même jour. C’est là-bas qu’il s’informe de ce qui se passait à Ouagadougou.
Selon l’accusé, c’est à la fin de la semaine de ces événements qu’il est venu prendre l’avion pour Niamey, sur demande du président nigérien Mamadou Youssoufou. Les échanges ont porté essentiellement sur la crise au Burkina.
Le lendemain, il est rentré à Ouagadougou où il est parti directement au domicile du général Gilbert Diendéré pour lui faire le compte rendu de son voyage à Niamey. En substance, le président nigérien a invité le général Gilbert Diendéré à accepter la résolution de la CEDEAO.
Après ce tête-à-tête avec Diendéré, l’accusé a confié qu’il est reparti à Koudougou.
Le 25 septembre 2015, constatant une amélioration de la situation sur Ouagadougou, Djibrill Bassolé est rentré.
Le 28 septembre, c’est avec "stupéfaction et déception" que l’accusé déclare avoir appris le communiqué du gouvernement de la Transition qui l’a accusé de complicité à la résistance du RSP et aux groupes djihadistes. Ce même jour, il a su que sa résidence est encerclée par les forces de l’ordre. Le lendemain 29 septembre 2015, Djibrill Bassolé est arrêté à son domicile.
Voici comment les choses se sont déroulées, à en croire l’accusé.
Nous vous proposons quelques questions du président du tribunal et des réponses du Général Djibrill Bassolé
Avez-vous apporté une aide au Général Diendéré ?
Non pas du tout. Lui même n’avait pas besoin d’une quelconque aide. Nous sommes promotionnaires. S’il avait dans son agenda de perpétrer un coup d’État, il m’aurait informé. Je savais qu’il y avait une tension au sein du RSP depuis la mutinerie de 2011. Pour moi ce n’était qu’une énième crise.
Avez-vous soutenu financièrement le RSP pour passer à l’action ou consolider le coup de force ?
Pas du tout. Certes ma fille (Fatouma Diawara, ndlr) m’a demandé de venir en aide aux familles des soldats du RSP, mais j’ai perçu cela comme une action sociale. Et c’était après la dissolution du RSP qu’elle m’a fait la demande. Mais je n’ai pas donné de suite favorable.
Et les 5 millions de francs CFA remis à Ismaël Diendéré ?
Il m’a dit qu’ils ont des problèmes à la maison et que le vieux (Gilbert Diendéré, ndlr) a des problèmes. Par précaution, j’ai appelé sa mère. J’ai fait remettre la somme de 5 millions mais je n’ai pas informé le Général Diendéré.
A la barre, le Sergent-chef Koussoubé Roger a dit qu’il y avait trois clans au sein du RSP dont le vôtre.
C’est quoi un clan ? Sur le plan militaire, il n’y a pas de nomenclature appelée "clan". Je n’en sais strictement rien. J’ai des connaissances au RSP, à la police et à la gendarmerie, mais je n’ai jamais fonctionné sur la base de clans. En dehors de votre question, j’ai lu dans la presse que j’étais le cerveau du putsch et que le Major Badiel Eloi est mon homme de confiance. Le Major Badiel, je ne l’ai connu qu’à la MACA.
Par mesure de sécurité, nous étions deux par cellule. Au début, je partageais ma cellule avec le Colonel Bamba Mamadou. Quand il a été mis en liberté provisoire, j’étais avec le Capitaine Dao Abdoulaye. Après lui, on m’a envoyé le Major Badiel. S’il y avait collusion, le Régisseur ne l’aurait pas mis dans la même cellule que moi. Même dans notre cellule, il ne m’a jamais dit ce qui s’était passé. C’est un homme réservé. En tant que Officier, je suis flatté que des officiers et sous-officiers me portent en admiration.
Avez-vous eu un entretien téléphonique avec Sidi Lamine Omar ? (Membre de la Coordination des mouvements de l’Azawad, il est accusé d’incitation à la commission d’attentat à la sureté de l’Etat)
Je ne crois pas avoir eu d’entretien téléphonique avec Sidi Laminé Omar. Après les pourparlers de paix au nord Mali, il s’est avéré nécessaire que les mouvements signataires de l’accord de paix viennent rester à Ouagadougou pour suivre l’évolution. C’est une mission qui a été faite avec l’accord express de la CEDEAO qui a supporté les frais. Je n’ai jamais eu à travailler avec Sidi Lamine. C’est à la MACA que je l’ai connu.
Le Gouvernement de la Transition a pensé que Djibrill Bassolé, ancien ministre des affaires étrangères et médiateur est en train d’organiser des forces étrangères et groupes djihadistes. Ce que Sidi ne vous a pas dit, c’est qu’il lui a été demandé expressément de dire ses connexions avec moi pour conforter la position du Gouvernement dans ses accusations.
Avez-vous eu des conversations téléphoniques avec le Président de l’Assemblée Guillaume Soro ?
Affirmatif ! Avec Guillaume Soro, d’abord d’une manière générale, nous nous appelons régulièrement lorsqu’il y a une situation en Côte d’Ivoire ou au Burkina. On échange sur ce qu’il faut faire pour trouver la solution.
Lefaso.net