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Siaka Ouattara, maire de Toussiana : ‘’ La lutte pour le développement est une question de sacrifices, de responsabilité et de sincérité ‘’

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Oumar L. Ouédraogo • lundi 10 décembre 2018 à 00h39min
Siaka Ouattara, maire de Toussiana : ‘’ La lutte pour le développement est une question de sacrifices, de responsabilité et de sincérité ‘’

A la veille du 58è anniversaire de l’accession à l’indépendance du Burkina, l’esprit de certains Burkinabè est fixé sur certains grands maux qui caractérisent aujourd’hui le pays des Hommes intègres. Est de ces Burkinabè, le maire de la commune rurale de Toussiana, Siaka Ouattara qui ne manque aucune occasion pour laisser transparaître sa fibre patriotique. En cette période d’introspection pour le Burkina (célébration de l’indépendance), nous l’avons rencontré sur une des grandes préoccupations de l’heure : le phénomène d’incivisme. Dans cet entretien, le bourgmestre donne une lecture sans complaisance de cette gangrène, appelant à repenser la société et les gouvernants à tracer les sillons d’un Burkina de paix, de cohésion sociale.

Lefaso.net : Au moment où le Burkina se dispose à célébrer, dans quelques heures, le 58èanniversaire de son ascension à l’indépendance, votre attention est plus portée sur l’une des gangrènes de l’heure de la société burkinabè : l’incivisme. Quel regard portez-vous sur ce phénomène sous lequel, ploie le pays ?

Siaka Ouattara : C’est la base des difficultés de notre pays. Au Burkina, c’est un phénomène qui est entretenu et nourri. Par exemple, pendant que nos sociétés pleurent la mévente du sucre produit localement, nos commerçants inondent le marché avec ces produits importés et le citoyen Lambda se sent fier de les payer en laissant le « Made in Burkina ».

Des sociétés, dont les productions ne valent même pas le tiers de la consommation, connaissent la mévente. C’est ce qu’on appelle « l’abaissement de la mentalité ». Conséquence, mise en chômage de milliers de travailleurs. C’est là qu’on constate la croissance de l’indicateur de la médiocrité de certains Burkinabè ; une population et sa politique malades et emprisonnées.

On envoie nos enfants à l’école, pas pour l’éducation et l’instruction, mais plutôt pour l’instruction. On nous apprend à lire et à écrire…, en tuant notre éducation. Les intellectuels du Burkina doivent se lever, mener des analyses profondes et faire des propositions rapides dans ce sens. Vous savez, quand les gens veulent vous avoir, et qu’ils arrivent à tuer votre éducation, facilement ils vous ont.

Un exemple : aujourd’hui, on interdit à l’école, la chicote. On veut nous comparer à la France, à l’Europe… Y-a-t-il objet à comparaison ? Je ne pense pas. Nous avons été tellement instruits sur nos droits, que nous mettons les enfants en danger ; parce qu’on ne peut plus les éduquer. C’est un piège qu’on nous a tendu et nous sommes tombés dedans. Ce qui nous affaiblit face au colon qui nous impose ces règles à travers lesquelles, il nous contrôle.

Vous entrez dans une classe, vous voyez une petite fille et un petit garçon qui sont en train de s’adonner à des rapports sexuels, quelle sera votre réaction ? Si vous les frappez, vous pouvez être rattrapé par la loi. Pourtant, l’éducation devrait partir de ce fait de donner le droit de sévir sur l’enfant qui n’est pas correct, qui foule au pied de la lettre, ces devoirs, les valeurs de la société. Nous, nous avons cassé toutes nos valeurs et pris celles de l’Europe, comme si nous avons les mêmes réalités.

Quand vous prenez un enseignant à qui, il est interdit de promouvoir les valeurs sociales africaines, qui a aussi été enseigné sans ces valeurs, que peut-il donner à un enfant comme valeurs, si ce n’est de la médiocrité et le bafouement de nos valeurs et mœurs ! Donc, nous aurons des enseignants inciviques, qui vont former des élèves et étudiants inciviques.
Ainsi, on produira des magistrats inciviques, des ministres inciviques et un jour, un président incivique. Il faut que les politiques revoient leur copie en la matière. Il faut que chacun ait le courage de faire le diagnostic et de s’assumer.

Voyez-vous, aujourd’hui, tout le monde cite Thomas Sankara et est fier de le citer. Mais, si tu appliques une seule de ses lois, tout le monde va te crier dessus demain. Lui, il aimait le travail, il faisait la promotion et défendait l’éducation. Des pays qui ont pris l’exemple sur nous, sont aujourd’hui des références pour nous.
Quand vous prenez la Chine, tout le monde est unanime que c’est aujourd’hui une grande puissance, mais quand vous prenez les textes internationaux, on dit que la Chine n’est pas un pays de liberté et de démocratie. C’est pour vous dire ici que c’est le trop de liberté qui favorise l’incivisme.

L’Afrique n’est pas encore arrivée à s’adapter aux lois que les Occidentaux nous envoient ici. Voyez-vous aujourd’hui, des Africains réclament que soit reconnu publiquement le droit de coucher avec un autre homme. A cette allure, nos enfants feront pire. Je souhaite que la « prophétie » de Laurent Bado ne se produise pas ; je prie Dieu que les portes de l’enfer perçues par Pr Laurent Bado ne s’ouvrent pas ; parce que l’évolution des choses est en train de lui donner raison.

Et moi, je prie que Dieu fasse le miracle de transformer ces portes de l’enfer en portes de bonheur pour le Burkina. Cela demande un grand sacrifice de la part de chacun, levons-nous, laissons tomber nos égos et considérons-nous dans la société, repartons sur de bonnes bases pour pouvoir éduquer nos enfants. Faisons du « made in » Burkina, faisons du « made in » Afrique, en tenant compte bien-sûr de l’ouverture du monde. L’ouverture du monde ne veut pas dire de laisser tomber nos valeurs identitaires pour sauter pieds joints dans celles des autres.

Lefaso.net : C’est donc dire qu’il faut des politiques clairement affichées en la matière !

Siaka Ouattara : Le politique doit se réveiller. L’Assemblée nationale, par exemple, doit s’interroger et adopter une autre démarche dans l’adoption des textes ; de sorte que les lois qu’elle vote soient respectées par tous. On ne peut pas adopter des lois qui ne tiennent pas compte de la considération sociale du Burkina. Pour l’adoption des lois, il y a souvent nécessité de consulter les maires qui font face aux populations, les sages, les vieilles personnes à la base.

C’est de cette façon que les lois vont convenir à nos réalités et seront respectées ; parce que tout le monde s’y retrouvera. On dit que la loi est l’émanation du peuple, alors qu’ici, les lois sont élaborées sans le peuple et on veut les lui appliquer. Il y a problème. Il faut que nos députés arrêtent de prendre les lois à Ouagadougou.

Lefaso.net : Mais quand vous avez des partenaires qui vous financent sur des projets vitaux, il est quand même difficile que vous ne suiviez pas leur volonté dans l’élaboration de vos lois ! N’est-ce pas là aussi la difficulté ?

Siaka Ouattara : Très bien, on vous donne l’argent, dans le but de vous empoisonner. Il n’y a pas de problème, vous prenez, mais il vous appartient de travailler sur une base endogène. Thomas Sankara disait que l’aide doit nous aider à nous passer de l’aide ! Cette phrase a tout son sens. Cela fait combien de temps que les partenaires nous financent, même dans des secteurs vitaux.

On vient nous faire des dons sous des coups médiatiques. Où est notre dignité dans tout cela ? Il faut des politiques courageuses et ceux qui peuvent le faire sont ceux qui dirigent. Prenons ce qu’on nous donne comme aides-là pour travailler à nous en sortir ! Mais au lieu de cela, on prend ces aides pour s’appauvrir davantage, casser le reste des bases de notre société et pour plus enfoncer notre pays sur des générations à venir. C’est dommage.

En réalité, les Occidentaux nous apportent tout cela pour nous empêcher de nous développer ; parce qu’ils savent que si l’Afrique se développe, ça ne les arrange pas. Et jusque-là, ils ont réussi à faire endormi nos consciences. Ça fait mal de voir nos dirigeants, nos responsables se ruer sur les aides, alors qu’eux-mêmes ont tout ici. Le Burkinabè est un travailleur, il est résiliant. L’Africain est un travailleur, il est résiliant. Qu’est-ce qui nous manque. La volonté.

Il faut qu’on enlève de nos têtes ces histoires de docteurs, professeurs, grands intellectuels qui n’apportent rien concrètement à notre pays. Qu’est-ce qu’on veut pour notre pays dans 20, 40, 50 ans ? Voici un pays (le Burkina, ndlr) où le fait de brandir son titre de professeur, de docteur, de maîtrisard ou autre est un titre de gloire. Sankara n’était pas bradé de diplômes, mais je vous laisse apprécier ses actions et apports pour la nation.

Dans nombre de pays africains, au Burkina notamment, on a des paysans, des commerçants, des illettrés qui font des prouesses et qui vont servir à la postérité. Il n’y a pas longtemps, je lisais ce vieux paysan du nord qui a fait de la régénération des sols et lutter contre l’avancée du désert.
Qui connaît la zone peut mesurer l’impact social de sa vision pour sa société, et même pour les générations à venir. Et ils sont nombreux, comme lui, à faire œuvre utile dans le silence dans différents domaines et hors des caméras.
Ce sont eux les intellectuels. Pas ceux-là qui n’ont de mérite que de brandir leur titre, pour mieux se disposer à piller leur société, piller les ressources de leur pays, sucer la sueur de leurs collaborateurs pour sortir à la première occasion devant les médias tenir des gros discours.

Les intellectuels africains sont en train de dormir. Par peur ou par paresse, je n’en sais rien. La lutte pour le développement-là, ce n’est pas une lutte de confort ; c’est une dynamique de sacrifices, de responsabilité et de sincérité. Nos intellectuels doivent accompagner leur pays, accompagner l’Afrique.
Aujourd’hui, le Rwanda a tourné dos à certaines puissances, mais on a fait quoi à ce pays ? Bien au contraire, le Rwanda est devenu un exemple et a entamé sa réelle marche vers le développement. Pendant ce temps, les pays où ils se sont inspirés certains exemples dorment profondément ou sont dans des débats inutiles.

Comment voulez-vous qu’un pays comme le Burkina ait les mêmes lois que la France ? La France paie ses chômeurs ! Alors qu’au Burkina, on n’arrive même pas à satisfaire nos fonctionnaires. Non, il faut qu’on soit raisonnable pour adapter les choses à nos contextes. Je ne veux pas aller dans plus de détails que cela, parce que ça me fait réellement mal. C’est dommage pour nous. Je ne sais pas si on se rend compte de la profondeur du mal…

Mais, jusqu’à nos foyers, tout est gâté. Je suis officier d’état civil, je scelle les mariages, je sais donc de quoi je parle. Quand je vois que les mariages que nous célébrons volent en éclats juste quelques temps après, j’ai mal… C’est un mal qui trouve ses racines lointaines dans nos politiques publiques. Aujourd’hui, les Occidentaux ont cassé toutes nos bases sociales. Dans la société africaine, quand on dit que la femme doit être soumise, on ne dit pas que c’est par peur, mais c’est pour que les enfants aient la bénédiction du foyer, de la famille.

Ce sont des détails qu’on doit reconsidérer. De toute façon, qu’on se ressaisisse ou pas, nous aurons des résultats. Des résultats à court, moyen et long termes. Ce serait dommage que notre génération ne laisse que du passif à la génération à venir. Il n’y a aucune fierté à cela. Quelle fierté à s’en tasser de la richesse dans une société où la pauvreté est la chose la mieux partagée ? L’incivisme, c’est la mentalité.

Entre celui qui s’accapare des dizaines de parcelles à lui seul, tandis qu’autour de lui, les gens cherchent une seule pour pouvoir loger une famille, et celui qui ne respecte pas l’autorité de l’Etat, qui est plus incivique ? Vous savez, il y aura une guerre mondiale, mais une guerre via les résultats de l’éducation des différentes nations et les nations qui vont triompher sont celles qui ont réussi leur éducation.

Regardez aujourd’hui, lorsque vous êtes au cimetière, ce sont des téléphones qui sonnent au hasard, ça boit, ça mange, ça rigole, ça cause sur n’importe quel sujet et même que les gens se sapent pour y aller. Alors qu’il y a des années en arrière, quand il y avait un décès une compassion générale se dégageait et les gens se battaient pour accompagner le défunt à sa dernière demeure.

Nous devons revoir les choses. Impérativement et de façon urgente. Quand vous prenez l’agent de santé d’aujourd’hui et celui d’il y a des dizaines d’années avant, c’est le jour et la nuit ; celui d’avant se battait pour sauver la vie d’autrui, mais celui de nos jours est capable de vendre la vie de son patient pour aller boire la bière. Non ! Chaque Burkinabè doit savoir pourquoi il a été appelé à une fonction précise dans la société.

Vraiment, on doit pouvoir aussi s’auto-éducation et comprendre que si tu fais pleurer un homme aujourd’hui, demain, on te fera pleurer. Quel que soit le rang que tu occupes dans la société. Un homme, ce n’est pas user de sa position pour voler, détourner, exploiter les plus faibles…, mais plutôt celui qui arrive à user de sa position pour rendre service aux plus faibles.

Lefaso.net : Corriger tout cela n’implique-t-il pas de la cohésion sociale ? Autrement, comment peut-on rectifier le tir, si les Burkinabè eux-mêmes ne s’écoutent pas ?

Siaka Ouattara : S’ils ne veulent pas s’écouter aujourd’hui, ne vous en faites pas, il y aura un moment où ils vont chercher à s’écouter. Mais, souhaitons tous qu’on se réveille à temps. Il faut créer une joie interne entre nous, s’aimer soi-même, se donner de l’estime aimer sa femme, aimer ses enfants, aimer son voisin et ainsi de suite. On dit qu’il y a crise, oui, mais il n’y a pas de crise sans solutions.

Sinon, On est en train d’inculquer aux jeunes générations, l’esprit de vengeance, de haine, de mensonges. Il faut savoir se ressaisir. Il faut arrêter de s’agripper sur certains faits. L’insurrection a coûté la vie à des Burkinabè. Aujourd’hui, les attaques ont couté la vie à combien de Burkinabè ?
Mais apparemment, les gens sont moins insensibles à ces morts par les attaques qu’à ce qui s’est passé pendant l’insurrection. Les gens sont insensibles, parce qu’il n’y a rien à y tirer comme retombées financières, comme gain politique et popularité.

Mais, c’est le jour où un de leur famille va tomber dans ces attaques, qu’ils vont comprendre qu’il est temps que chacun puisse faire balle à terre. La cohésion sociale demande d’abord que chacun puisse mettre de l’eau dans son vin. Si on ne s’accepte pas, comment on peut ensemble accompagner les politiques de développement ? Ce n’est pas possible !
Aujourd’hui, c’est le régime de Roch Kaboré qui va subir les frais, demain, celui qui va venir subira le même sort, s’il n’y a pas de cohésion. Il faut dans ce sens corriger nos communications, parce qu’il y a des gens qui travaillent sans repos pour que nous puissions vivre en paix.

Lefaso.net : Dans cet esprit, les maires (pour ne pas dire conseils municipaux) pourraient être un maillon important dans l’éducation des populations ! Quelles sont vos actions en la matière ?

Siaka Ouattara : J’ai toujours dit que la communication permet d’instaurer la confiance entre l’élu et les populations. On ne peut pas être crédible si les gens n’ont pas confiance à vous. La communication inclut ici la transparence dans les actions et la gestion de la chose publique.
Ce sont les conditions pour faire passer les messages. Le Burkina Faso est un héritage, nos grands-parents ont bataillé fort pour permettre au train de quitter Abidjan pour Ouagadougou ; ce qui nous donne aujourd’hui des facilités.

C’est pour dire que seul le travail libère. Chacun n’a qu’à revoir sa copie et s’efforcer de faire quelque chose. Aussi, tout travail que nous faisons, doit l’être de bonne foi, sans se préoccuper de quoi que ce soit. On mène des combats inutiles, qui nous détruisent, nous-mêmes. Nous avons des hommes valeureux, mais qui, du fait de l’incivisme et du mauvais comportement sur la scène politique, préfèrent rester dans le silence.

Lefaso.net : Il faut donc créer un environnement propice à la participation de tous !

Siaka Ouattara : Effectivement, créons un environnement qui va donner envie à chacun de mettre la main à la patte pour la construction du pays. On a des hommes de valeurs dans ce pays. Il ne faut pas croire qu’on est fort seul, non, ce sera se leurrer. On n’est fort qu’avec les autres ; quelle que soit sa position, ce sont les autres qui te rendent fort.

Les Burkinabè sont courageux, ils incarnent rapidement les changements. C’est une chance qu’il faut saisir et il faut rapidement revenir sur ces aspects. Il faut créer les conditions pour se pardonner, s’accepter et passer à autre chose. Nous ne pouvons pas vivre aussi sans les étrangers, créons un environnement favorable pour recevoir tous ces frères et sœurs qui font l’amitié d’être dans notre pays. Il faut se départir des jugements et critiques faciles. Faisons profil bas. S’il y a un fossé entre nous, les ennemis s’y introduiront facilement.

Lefaso.net : Un message pour tous ces dirigeants, accusés parfois à tort ou à raison !

Siaka Ouattara : Je ne suis pas pour qu’on soit dans une situation où on demande au président qu’il chasse tel ou tel autre ministre de son gouvernement. Même s’il voulait le faire, il sera obligé de le garder, dès lors qu’on l’a appelé. Sinon, ce n’est pas bien pour sa gouvernance. Pour cela, j’en appelle aussi à nos dirigeants, à nos ministres…, qu’il est impératif, dans le contexte actuel du pays, de laisser tomber la politique politicienne, démagogique, l’arrogance, l’esprit mesquin….pour se concentrer sur le combat d’intérêt général.

Tôt ou tard, chacun va payer ici avant l’au-delà. Que chaque dirigeant pense à cela. C’est important. Pas non plus de discours qui divisent. J’insiste parce que, quand on observe, on constate que les gens pensent que quand ils sont au pouvoir, c’est l’arrogance qui peut les valoriser, les mettre en exergue. Je profite aussi pour rappeler aux dirigeants que le Burkina ne se limite pas seulement à Ouagadougou.

La crise économique qui secoue aujourd’hui l’Ouest du pays n’est pas du tout une situation sur laquelle il faut fermer les yeux. Je demande au gouvernement, au-delà des coups politiques, de tout faire pour prendre la situation au sérieux. La capitale économique du Burkina est en train de disparaître.

Laissons les propos et actions politiques pour regarder les choses avec sincérité, parce que c’est une grave crise qui se prépare, si on ne rattrape pas les choses. Les gens ont l’impression aujourd’hui qu’ils ont été roulés dans la farine. Je n’en dirai pas plus, mais c’est un cri de cœur urgent que je lance au pouvoir, à rapidement réfléchir sur la question.

Lefaso.net : Vous en appelez donc à une décentralisation du développement ; créer des villes moyennes comme le prône depuis longtemps Pr Laurent Bado ?

Siaka Ouattara : Exactement ! ça y va même de la sécurité de Ouagadougou ! Si on a des villes moyennes, des localités qui sont développées, de nombreuses personnes préféreraient y rester que d’aller à Ouagadougou ! C’est parce que tout y est concentré que les gens sont obligés d’y aller ; ce qui surpeuple la ville avec tous les problèmes et besoins que cette situation occasionne.

Alors que c’est plus simple de décentraliser le développement. Cela aura même l’avantage d’améliorer les conditions de vie des populations à tous les niveaux. Il y a une urgence que les dirigeants prennent à bras-le-corps sur cette question. Il faut y aller vite, parce que si une crise éclate ici sur le fait qu’on a priorisé telle ou telle autre région par rapport à telle autre, on va tomber dans une crise ethnique et là, ce sera intenable (je ne le souhaite pas du tout). Pour moi, la politique n’a pas de couleur quand tu as le pouvoir. En clair, tu ne dois plus avoir une coloration politique, une fois on t’a confié le pouvoir.

Lefaso.net : Pour terminer ?

Siaka Ouattara : C’est vraiment de féliciter votre organe, Lefaso.net, pour l’intérêt que vous accordé à ces questions de fond, en prenant la peine de venir dans le Burkina profond pour écouter ce que le Burkinabè de très loin a aussi à partager comme vision de la marche commune du pays. Vous étiez-là dans ma commune, il y a quelques mois pour des échanges sur des questions de développement à la base, aujourd’hui, vous nous offrez encore l’opportunité de partager notre vision sur les questions liées à l’incivisme et de la gouvernance locale.

Je tire mon chapeau à votre organe qui fait de sorte qu’on sache qu’ailleurs, en dehors des grandes villes, on a des Burkinabè qui pensent aussi qu’ils ont quelques choses à partager avec les autres, y compris les intellectuels et les dirigeants. C’est très important et je prie Dieu qu’il vous donne la force de poursuivre votre œuvre dans ce sens.

Je profite également de votre présence pour remercier le gouvernement actuel qui, malgré les pressions sociales, arrive à faire bouger les lignes. Il y a beaucoup d’actions qui sont menées par le gouvernement dans les communes. Je lui souhaite du courage et que le bon Dieu soutient le président à pouvoir continuer dans sa vision noble de développement malgré qu’il soit parfois incompris par certains.

Une pensée envers toutes ces victimes des attaques et les familles des victimes des Forces de défense et de sécurité qui traversent cette épreuve difficile. Nous mesurons ce que vaut la peine de la perte d’un proche dans ces conditions (attaques terroristes). C’est difficile certes, mais ce n’est pas pour autant que nous allons baisser les bras. Le Burkina, c’est la « Patrie ou la mort » ; cela veut dire que tant que le dernier Burkinabè n’est pas mort, on doit toujours avoir une solution.

Je tire mon chapeau à tous les éléments des Forces de défense et de sécurité. Qu’ils fassent fi de tous ces tralalas politiques et autres pour ne pas se laisser entacher leur état d’esprit. Je transmets ma gratitude à tous ces responsables coutumiers et religieux qui veillent à ce que le pays soit en paix. Je dis merci à tous ces Burkinabè, chacun à son niveau, qui se battent de leur manière pour que le pays ne bascule pas dans une crise.

Que Dieu leur donne la force de toujours poursuivre et qu’il nous épargne des épreuves difficiles. Qu’il continue de nous assister, comme il l’a toujours fait. Je voudrais enfin m’excuser auprès de tous ceux qui ont pu être touchés, blessés par mes propos. C’est une opinion que j’ai émise, c’est mon point de vue sincère sur des questions qui m’ont été posées sur des problèmes réels de notre société.
Que Dieu bénisse la Burkina Faso !

Entretien réalisé par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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