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Droits à l’eau et à l’assainissement : Un défi pour les autorités burkinabè, selon Landry Ouangré de WaterAid

Accueil > Actualités > Environnement • LEFASO.NET | Herman Frédéric Bassolé • lundi 15 octobre 2018 à 22h34min
Droits à l’eau et à l’assainissement : Un défi pour les autorités burkinabè, selon Landry Ouangré de WaterAid

Sa mission : transformer la vie des populations les plus pauvres et les plus marginalisées en améliorant l’accès à l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène. Et depuis 2003, année de son implantation au Burkina Faso, elle s’y attèle. WaterAid, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est membre de la Mission Fas’Eau au sein de laquelle elle veille à l’organisation des activités de capitalisation et de gestion des connaissances. Dans un entretien qu’il nous a accordé, en septembre dernier, le chargé d’analyses des politiques à WarerAid, Landry Ouangré, revient sur les grandes réalisations de l’ONG au Burkina Faso parmi lesquelles cinq études commanditées afin de faciliter le travail des ONG, OSC et médias membres de ce consortium qui a pour mission la défense et la promotion des droits humains à l’eau et à l’assainissement.

Lefaso.net : En quelle année et dans quel contexte est née WaterAid ?

Landry Ouangré (L.O.) : WaterAid travaille au Burkina Faso depuis les années 2000. Le Bureau pays, qui a été ouvert en 2003, est à son quatrième plan stratégique après les plans de 2003-2006, 2006- 2010 et 2010-2015. De 2003 jusqu’en 2010, la structure s’est concentrée sur l’amélioration de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement par le renforcement des capacités des OSC locales partenaires, des gouvernementaux locaux et, dans une moindre mesure, la mobilisation des ressources dans quelques communes.

Avec la Stratégie mondiale 2010-2015, des changements importants ont été introduits dans les stratégies et approches de l’organisation. Les priorités sont passées au plaidoyer, à l’influence des politiques et des acteurs, de même qu’à la communication autour du changement de comportements en matière d’hygiène.

Nous avions pour objectif fondamental d’encourager et de soutenir les parties prenantes (ONG locales ou les administrations décentralisées et déconcentrées) pour identifier les besoins, planifier, mobiliser des ressources financières et mettre en œuvre les activités elles-mêmes. Au cours de cette période, WaterAid Burkina Faso a également renforcé son travail d’engagement des politiques sur les questions d’eau et d’assainissement, de même que le renforcement de la voix des citoyens.

Lefaso.net : Dans combien de pays WaterAid est-elle présente et quelles sont ses ambitions d’ici 2020 ?

L.O. : En 2015, WaterAid travaillait dans 37 pays à travers le monde. Et dans le cadre de sa stratégie mondiale 2015-2020, l’ambition est de s’étendre à d’autres pays où nous pourrons apporter une plus-value sur les questions d’eau et d’assainissement, notamment en Afrique, en Asie, dans le Pacifique, en Amérique latine et dans les Caraïbes.
L’organisation envisage, d’ici à 2020, de travailler dans une quarantaine de pays, transformant des millions de vies, aux côtés de nos partenaires, grâce à notre travail d’influence et nos efforts de plaidoyer.

Ce qu’il y a lieu de souligner, c’est qu’en tant qu’organisation mondiale et au-delà des frontières des pays dans lesquels WaterAid est implantée, elle travaille au quotidien pour influencer le changement à travers le monde. En Afrique de l’Ouest, WaterAid travaille au Burkina, au Ghana, au Mali, au Nigéria, au Libéria, au Niger, en Sierra Leone.
Le bureau de la Région Afrique de l’Ouest est basé à Dakar, au Sénégal.
WaterAid s’est donné pour mission de transformer la vie des populations les plus pauvres et les plus marginalisées en améliorant l’accès à l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène. Comment y arriver ?

En identifiant les raisons pour lesquelles les populations les plus pauvres et les plus marginalisées vivent sans ces services de base et en travaillant chaque jour davantage pour y remédier. Au Burkina Faso, nous contribuons à l’amélioration de l’accès aux services d’eau et d’assainissement à travers aussi bien des investissements dans les réalisations physiques que dans des domaines tels que le renforcement du cadre institutionnel, la connaissance de la ressource eau, le renforcement de la maîtrise d’ouvrage communale, la professionnalisation des acteurs tels que les prestataires de services privés, enfin la mobilisation sociale à travers des approches innovantes, notamment l’approche Assainissement total porté par les leaders (ATPL).

Lefaso.net : Quelles sont les plus grands projets et programmes en cours ou déjà réalisés par WaterAid au Burkina ?

L.O. : Les projets et programmes de WaterAid sont réalisés avec l’appui d’un certain nombre de partenaires techniques et financiers. Puisque WaterAid est entièrement dédiée à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, ses grands programmes sont focalisés sur la fourniture des services d’eau et d’assainissement aux populations, le plaidoyer et l’influence des politiques et des acteurs.

Nous avons bénéficié des appuis successifs de l’Union européenne depuis 2007 et qui se poursuivent jusqu’à maintenant, nous venons de boucler deux grands projets d’assainissement en milieux rural et urbain. En milieu rural, nous avons conduit le projet d’Assainissement durable dans 14 communes rurales des provinces des Balé et du Koulpélgo (SaniBakou) et en milieu urbain, le projet d’Assainissement durable dans les quartiers non-lotis et périphériques de la commune de Ouagadougou (PériSan).

Nous avons également des appuis de fondations telles que la Fondation Conrad Hilton, pour la réalisation d’ouvrages d’eau potable et le renforcement des capacités du secteur Eau et Assainissement ; la Fondation Bill et Melinda Gates pour le plaidoyer sur l’assainissement ; la Fondation Margaret A. Cargill pour des initiatives de gestion des ressources en eau au niveau local et de la réalisation d’ouvrages d’eau potable ; la Fondation Coca Cola pour la réalisation de bornes fontaines et l’extension de réseau d’eau potable dans les quartiers périphériques de Ouagadougou.

D’autres partenaires comme Charity Water nous ont accompagnés dans la réalisation d’ouvrages d’eau potable dans trois communes de la province du Passoré. Nous avons un projet qui tire vers sa fin dans les régions des Hauts-Bassins et des Cascades pour la réalisation d’ouvrages d’eau potable et d’assainissement de même que le renforcement des capacités des communes, avec Water4 et One Drop.
Récemment, nous avons noué des partenariats très importants avec l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (ASDI) ainsi qu’avec la Coopération danoise DANIDA dont votre organe a fait écho.

La Coopération danoise a octroyé une enveloppe de plus de 3 milliards au consortium dont WaterAid est lead, avec des partenaires tels que ADAE, MUNYU, VARENA-ASSO, OCADES pour l’accès aux services d’hygiène et d’assainissement dans les régions de la Boucle du Mouhoun, des Hauts-Bassins et des Cascades. Avec l’ASDI, c’est un peu plus de 5 milliards qui permettront la mise en œuvre du projet de promotion de l’hygiène et de l’assainissement dans les régions du Centre-Sud, Centre-Nord et du Nord du Burkina Faso avec Eau Vive et l’Institut environnemental de Stockholm. Tous ces projets intègrent des actions de plaidoyer et d’influence.
Vous aurez remarqué que nous avons des partenariats diversifiés qui se consolident au fil des ans.

Lefaso.net : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez sur le terrain ?

L.O. : Les difficultés que nous rencontrons sont de plusieurs ordres. On pourrait citer les insuffisances dans la mise en œuvre des principes de décentralisation. Les collectivités manquent réellement de compétences humaines et de ressources financières pour jouer leur rôle de maître d’ouvrage au niveau local. Outre cette difficulté, il y a la question de la formation et de la professionnalisation des acteurs. Des opérateurs de services d’eau et d’assainissement professionnels et sérieux qui exécutent les travaux dans les règles de l’art, il faut des fois en chercher.

Ce qui fait qu’il faut accentuer le suivi si on veut des ouvrages et des réalisations de qualité. Or, pour un bon suivi, il faut des ressources humaines et comme je l’ai dit tantôt, les communes n’en disposent pas vraiment. Pour pallier cette situation, nous avons accompagné ces dernières à recruter des agents qui ont été rémunérés de façon dégressive afin de permettre aux communes de disposer d’agents qui s’occupent de leurs actions d’eau et d’assainissement.

Une autre difficulté, c’est l’insuffisance de communication autour des projets et programmes avec comme conséquences la multiplicité sinon la contradiction des approches des acteurs sur le terrain. Enfin et comme nous parlons des droits humains à l’eau et l’assainissement, il y a la méconnaissance des droits par les populations qui en sont détentrices et du côté des autorités, il y a comme une méconnaissance des implications des droits à l’eau et l’assainissement pour les populations.

Lefaso.net : Quel regard portez-vous sur les questions d’accessibilité et de droits à l’eau et à l’assainissement au Burkina Faso ?

L.O. : Pour vous répondre, il est utile de rappeler quelques chiffres. Au 31 décembre 2017, les taux d’accès à l’eau et à l’assainissement sont respectivement de 73,4% et 21,6 % au niveau national. Jugez-en vous-même. C’est dire que les défis sont énormes et qu’il faut des investissements conséquents, notamment pour l’assainissement. Pour l’assainissement, il n’y a pas beaucoup de commentaires à faire, c’est vraiment le parent pauvre comme aiment à le dire certains.

Pour l’eau potable, ces chiffres masquent d’énormes disparités entre régions, entres communes, entre zones urbaines et rurales, sans compter que ce taux ne dit pas qu’il y a très souvent de longues ruptures du service. C’est toutes ces raisons qui ont conduit à l’adoption de l’approche fondée sur les droits humains dans le secteur. Passer son inscription dans les documents de politiques et son évocation dans les discours, comment cela se traduit concrètement sur le terrain pour améliorer et concrétiser les droits des personnes défavorisées et marginalisées, vulnérables et pauvres ; c’est là tout le défi.

Lefaso.net : Quel est le rôle de WaterAid dans le cadre du Consortium Fas’Eau et quelles sont les activités menées jusqu’à présent ?

L.O. : Effectivement, WaterAid est membre du consortium IRC-WaterAid pour la conduite de la mission Fas’Eau. En tant que membre du consortium, nous contribuons à l’atteinte de l’ensemble des objectifs de la mission Fas’Eau que vous, lefaso.net, connaissez bien, étant membre du consortium.
Nous apportons notre expertise là où il faut et également en tant que membre de plusieurs instances mises en place dans le cadre de la mission, nous contribuons aux décisions qui sont prises. Nous avons élaboré les modules de formation qui servent au renforcement des capacités de diverses cibles. WaterAid veille également à l’organisation des activités de capitalisation et de gestion des connaissances de la mission.

Lefaso.net : Parlez-nous des cinq études que WaterAid a commanditées afin de baliser le terrain pour les autres membres du Consortium !

L.O. :
Dans le cadre du plan d’actions des six premiers mois (juillet à décembre 2017) de la mission, WaterAid a eu la responsabilité de conduire les études de base. Ces études visaient à donner des références claires pour permettre d’identifier les actions pertinentes et les planifier sur les quatre ans de mise en œuvre afin d’atteindre les objectifs de la mission. Ces études, au nombre de cinq, sont les suivantes :

-  L’étude de conception des indicateurs pour l’analyse des performances du secteur de l’eau au regard des principes de l’AFDH. Il s’agit de permettre le monitoring des principes de l’Approche fondée sur les droits humains dans l’analyse des performances du secteur de l’eau et l’assainissement par la mise en œuvre d’une série d’indicateurs permettant d’apprécier de façon régulière la prise en compte de l’AFDH dans les activités du programme ainsi que leurs effets sur les groupes cibles visés.
L’étude a donc permis de développer des indicateurs permettant de juger de façon objective et mesurable, l’adéquation des décisions et actions en matière d’AEPHA avec les principes d’équité, de non-discrimination, de durabilité, de pérennité, etc.

-  L’étude approfondie des insuffisances et limites des plateformes de concertation et de décision en matière d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement et de Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Elle permettra à la mission d’appuyer la révision de la gouvernance des plateformes de concertation et de décision existantes à travers par exemple le réexamen des statuts, règlements intérieurs, termes de référence et tous les documents relatifs au mode de fonctionnement des différentes instances afin d’améliorer la représentation des différents acteurs.

-  L’étude diagnostic de la prise en compte de l’AFDH dans la législation en matière d’eau et d’assainissement au Burkina Faso. Avec les résultats de cette étude, on devrait, à terme, accompagner l’Assemblée nationale pour le renforcement de la législation et le contrôle de l’action gouvernementale.

-  Une autre étude a visé l’identification des leviers socioculturels de l’AFDH en matière d’eau et d’assainissement au Burkina Faso. Cette étude va permettre une meilleure promotion de l’information et du débat public sur le droit à l’eau et l’assainissement en s’appuyant sur les valeurs sociales.

-  Enfin la cinquième étude a permis d’examiner la justiciabilité des violations des droits humains à l’eau et à l’assainissement au Burkina Faso.

Voilà résumées les cinq études qui ont été conduites et les ambitions poursuivies à travers chacune.

Lefaso.net : Des perspectives ?

L.O. :
En termes de perspectives, il y a les actions dans le cadre du consortium et celles conduites en dehors du consortium. Dans le cadre du consortium, WaterAid, au-delà de mobiliser son expertise pour l’atteinte de l’ensemble des objectifs, va focaliser sa contribution sur la collaboration avec certaines institutions comme l’Assemblée nationale et le ministère chargé des Droits humains. Avec ces institutions, des plans d’actions seront développés et mis en œuvre.

En dehors du consortium, j’ai cité tantôt les nouveaux partenariats que nous avons eus pour des interventions dans certaines régions. Il y a des volets très importants de promotion des droits d’accès à l’eau et l’assainissement notamment le renforcement des capacités des acteurs (débiteurs et détenteurs de droits), la sensibilisation des communautés, etc. La collaboration avec les médias va également se poursuivre et se renforcer parce que toutes ces actions ne peuvent pas réussir sans le précieux apport des médias.

Propos recueillis par Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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