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Procès du putsch : Le lieutenant Jacques Limon, l’expert et les SMS

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • LEFASO.NET | Par Herman Frédéric Bassolé • vendredi 7 septembre 2018 à 21h35min
Procès du putsch : Le lieutenant Jacques Limon, l’expert et les SMS

Inculpé le 12 avril 2016 après l’expertise du téléphone du capitaine Oussène Zoumbri du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) avec qui il a eu des échanges par SMS, le lieutenant Jacques Limon est passé à la barre ce vendredi 7 septembre 2018. Il était chargé du traitement et de l’exploitation du courrier confidentiel au sein du ministère de la Défense. De fait, il était chef de cabinet.

Le lieutenant Jacques Limon était-il une taupe, un agent de renseignement du général Gilbert Diendéré au sein du ministère de la Défense ? Oui, selon le parquet militaire, qui a brandi, ce vendredi, un document contenant des SMS échangés entre l’accusé et le capitaine Oussène Zoumbri. Des discussions qui prouveraient, selon la partie accusatrice, une connivence entre le chef de cabinet du ministre de la Défense (ici Michel Kafando par ailleurs président de la Transition) et l’officier du RSP. S’il reconnait avoir envoyé des SMS au capitaine, le lieutenant nie avoir participé en amont et en aval à un coup d’État.

Aussi, il dit douter de l’origine de certains messages, convaincu qu’ils ont certainement été tronqués. La raison de cette suspicion ? L’accusé a soutenu n’avoir pris connaissance des réels motifs de son inculpation que quelques jours avant le début du procès, le 27 février 2018.

Voici quelques messages envoyés et lus par le parquet

-        Zoumbri : Connais-tu quelqu’un pour couper les radios ?

-        Limon : Je vérifie ça pour vous

-        Zoumbri : Merci

-        Limon : J’ai appelé Ouattara qui dit qu’il connait quelqu’un

-       

-        Limon : Il y a des situations face auxquelles on ne peut plus reculer. Il faut prendre ses responsabilités. Car reculer serait suicidaire.

-        Zoumbri : D’accord avec vous.

-       

-        Limon : On ne sent pas la Gendarmerie et la Police. Il faut qu’ils participent également pour éviter qu’on ne pense que c’est seulement une affaire du RSP

-       

-        Limon : Le CEMGA a convoqué une rencontre. Je vois ce qui sera dit et je vous informe

-       

-        Limon : Vous pouvez compter sur moi. Je suis l’attitude des gens discrètement

 

L’accusé crie à « l’acharnement »

« C’est votre interprétation qui pose problème. Vous voyez le diable partout. Le capitaine avait des inquiétudes et il m’a demandé mon point de vue », a déclaré l’accusé à la barre. Du haut de ses 56 ans et de ses six médailles, le lieutenant Jacques Limon dit être victime d’un acharnement sur sa personne. Un acharnement qui trouverait certainement son origine dans son refus de faire signer par le ministère de la Défense un dossier de marché présenté par Younoussa Sanfo, l’expert en sécurité informatique qui sera sollicité plus tard par la Justice militaire dans le cadre du dossier du putsch. Selon l’accusé, la procédure du marché n’a pas suivi les règles et son refus de laisser passer le dossier lui a valu des pressions venant d’un haut gradé de la Justice militaire.

Inculpé mais pas détenu

En maintenant la thèse de la persécution, le lieutenant dit s’être rendu le 7 avril 2016 à la Justice militaire, pour répondre à une convocation. Son nom figurait au bas d’une liste d’autorités militaires convoquées le même jour. En l’absence de ces autorités militaires, le juge décide de renvoyer l’audition au 12 avril. À cette date, Jacques Limon est de nouveau à la Justice militaire. Seul. Personne d’autre en vue. Le juge l’inculpe.

Pour le parquet militaire, il n’y a pas eu d’acharnement sur le lieutenant, sinon le juge l’aurait l’inculpé à la date du 7 avril, même en l’absence des autres militaires. Aussi, souligne le parquet, Jacques Limon fait partie des rares personnes à n’avoir pas été détenues. Pour l’accusé, il n’y a pas de quoi s’estimer heureux d’être en liberté car le jour de son inculpation, le procureur aurait laissé entendre que « si on attrape Limon, ils diront qu’on a attrapé le petit poisson et qu’on a laissé les plus gros ».

« Ce sont des règlements de comptes »

En outre, le ministère public dit ne pas comprendre la démarche du lieutenant qui n’aurait jamais évoqué cette affaire de marché public, ni devant le juge d’instruction, ni devant la Chambre de contrôle. « Pourquoi en parler maintenant ? », s’est-il interrogé. « Chaque chose en son temps. J’ai cru en la sincérité des gens à un moment. Il y a des choses que je ne veux pas dire à la barre. Ce sont des règlements de comptes. Ne me demandez pas pourquoi j’en parle maintenant », a rétorqué l’accusé.

Pour son avocat, Me Mamadou Sombié, l’on a voulu museler son client, car au début de la procédure, « on lui a dit qu’il n’avait pas besoin d’avocat car son cas n’était pas si grave que ça. On a caché un document à mon client et c’est ici à la barre qu’on s’en délecte ». Et d’attaquer ensuite Younoussa Sanfo : « L’expert Sanfo a rendu un rapport revanchard et vindicatif contre mon client. Il viendra nous dire comment il a obtenu ces messages ».

Réaménagement du programme des audiences

L’audience a été suspendue et reprendra le lundi 10 septembre, à la faveur d’un réaménagement des audiences par le président du tribunal, sur demande des parties au procès. Les audiences se tiendront désormais du lundi au mercredi de 9h à 13h, avec une pause d’une heure et une suspension à 17h. La pause de 24 heures, le jeudi, sera maintenue. Le vendredi, l’audience reprendra de 9h à 12h30 avec une pause d’une heure et demie et une suspension le soir à 17h. Il n’y aura plus d’audience le samedi.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 8 septembre 2018 à 11:53, par VERITE 2020 En réponse à : Procès du putsch : Le lieutenant Jacques Limon, l’expert et les SMS

    UNE QUESTION QUE NOUS DEVRONS NOUS POSER SUR LES CONDITIONS DANS LESQUELLES SE PASSE LE PROCÈS DU PUTSCH. IL EST DE SE DEMANDER SI LES AVOCATS DE GILBERT DIENDERE OU TOUT SIMPLEMENT LES AVOCAT DE LA DÉFENSE NE CONSTITUENT PAS UN LIEN DE COMMUNICATION ENTRE LES DIENDERE ET L’EXTÉRIEUR. IL RESTE TOUJOURS UNE MENACE POUR LA STABILITÉ SOCIALE DANS CE PAYS. IL DOIT FALLOIR SE MÉFIER DE CES AVOCATS QUI PEUVENT TRAVAILLER DANS L’OMBRE AU PROFIT DE DIENDERE. VIVEMENT QUE LES SPÉCIALISTES DE SÉCURITÉ SOIENT TRÈS VIGILANTS. UN CONSTAT QUE NOUS POUVONS FAIRE EST QUE IL A FALLU L’OUVERTURE DU PROCÈS DU PUTSCH POUR QU’ON ENREGISTRE CHAQUE JOUR DES ATTAQUES ET TUERIES SUR NOS FORCES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ.POURQUOI ? LE PROCÈS EST L’OCCASION POUR LES DIENDERE DE POUR COMMUNIQUER LIBREMENT AVEC LE MONDE EXTÉRIEUR A TRAVERS LEURS AVOCATS.

    Répondre à ce message

  • Le 8 septembre 2018 à 12:54, par Touabga En réponse à : Procès du putsch : Le lieutenant Jacques Limon, l’expert et les SMS

    Pour tous ceux qui connaissent bien SANFO, savent que c’est un professionnel de caractère. Le Général DIENDERE a dit une fois lors d’une session de formation en sécurité informatique que SANFO est un génie. Je doute fortement des allégations de Lieutenant LIMON. Lorsque SANFO viendra à la barre, le Lieutenant sera ridicule. Il devra s’en prendre à son téléphone. Par ailleurs, son avocat n’est pas sérieux lorsque qu’il déclare : "que l’on a voulu museler son client, car au début de la procédure, « on lui a dit qu’il n’avait pas besoin d’avocat car son cas n’était pas si grave que ça". Est-ce à un OPJ, à un juge d’instruction ou à tout autre personne de conseiller un Lieutenant (BAC+...) qui est concerné dans une procédure de contracter ou pas un conseiller sous prétexte que son cas n’est pas grave ?

    Répondre à ce message

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