Couverture médiatique du procès du putsch de septembre 2015 : Quelle galère !
LEFASO.NET | Par HFB
Journée toute particulière, ce mardi 27 février à l’ouverture du procès du putsch manqué de septembre 2015. Fortement mobilisés pour la couverture médiatique de ce procès, attendu aussi bien par les familles des victimes, que par les accusés et leurs proches, les journalistes se sont vu refuser l’accès à la salle d’audience avec leurs outils de travail tels que les appareils téléphoniques, les dictaphones et les caméras. Retour sur un calvaire inattendu, atténué par la suite, aux environs de 13h à la première suspension du procès.
Nul besoin d’être dans le secret des dieux pour deviner que le procès du putsch mobiliserait des centaines de journalistes burkinabè et étrangers. D’ailleurs une commission presse a été mise en place et délivrait des accréditations aux médias à la justice militaire. Deux accréditations par média. Pas plus. Ces laissez-passer qui devraient permettre de faciliter le travail des journalistes mais aussi de la sécurité, qui en pareille circonstance est très débordée, ont-ils vraiment servi à grand-chose ?
« Ne nous créez pas de problèmes car on n’en a assez déjà »
A l’ouverture du procès, la salle était accessible au public à partir de 6h. Quelle ne fut la surprise des journalistes, lorsqu’ils ont été accueillis, au niveau de la barrière de sécurité disposée près de l’hôtel Laïco, par les éléments de la sécurité avec des instructions claires. Pas d’appareils photos, pas de caméras, pas d’appareils téléphoniques encore moins de dictaphones dans la salle d’audience. « La décision ne vient pas de nous mais du ministère de la Défense nationale et des anciens combattants qui a publié un communiqué hier soir (…) Ne nous créez pas de problèmes car on en a assez déjà », nous a lancé un gendarme.
Ce que dit la loi
Pourquoi cette interdiction des principaux outils de travail de la télévision, de la radio, de la presse écrite et de la presse en ligne dans ce procès ? Est-ce par mesure de sécurité pour éviter de probables perturbations ? Les journalistes connaissent la loi mais la question taraudait les esprits, car nul ne prévoyait faire des prises de vue de tout le procès, mais simplement d’immortaliser les premiers instants avant l’ouverture du procès et la lecture du règlement comme cela l’a été aux procès « Attaque de la poudrière de Yimdi » et « Madi Ouédraogo et 28 autres ». Rappelons au passage que la loi n°041-2017/AN du 29 juin 2017, portant organisation, fonctionnement et procédure applicable interdit l’usage des appareils « dès l’ouverture de l’audience » au risque de se voir infliger une amende de 150 000 F CFA à 5 000 000 de F CFA. Or, les journalistes ne demandaient qu’à faire leur job avant l’ouverture et non pendant le procès.
L’Armée autorisée à filmer
Les journalistes n’étaient visiblement pas les seuls à vouloir faire des prises de vue. Il y avait aussi les techniciens « du son et de l’image » de l’Armée. Venus avec leur « matos », ils ont dû poiroter un moment au niveau de la barrière avant de recevoir le feu vert. Le président de la chambre, sur réquisitions du Procureur général, leur ont-ils délivré une autorisation par ordonnance motivée, comme le prévoit la loi susmentionnée ? Nul ne le sait. Pour sûr, la Grande muette a réussi à immortaliser le premier jour du procès même si à un moment un avocat de la défense s’est plaint vigoureusement parce qu’il avait à un moment la caméra braquée sur sa personne. Au passage, les journalistes ont eu du mal à comprendre pourquoi les avocats, eux, ont eu accès à la salle avec leurs téléphones.
« C’est tout de même déplorable »
Après trois heures d’attente à arracher des mots au simple quidam et aux responsables d’OSC qui arrivaient au compte-goutte à la Salle de Banquet de Ouaga 2000, les journalistes ont tenté, par l’entremise du Coordonnateur du centre national de presse Norbert Zongo, Abdoulaye Diallo, une nouvelle offensive juste à la recherche de la denrée rare, l’image. Pour ce dernier, la justice a certainement ses raisons d’interdire l’accès des caméras mais « c’est tout de même déplorable de voir autant de journalistes dehors avec leurs appareils ». Et l’activiste Smockey du Balai Citoyen de laisser entendre qu’une retransmission en direct aurait été préférable. En attendant, un journaliste a tenté d’ironiser en lançant « Dans la salle d’audience, il y a tous les pouvoirs sauf le quatrième ».
Entrée flash
La tension devenait immense et des propositions de boycott du procès ont effleuré les lèvres de certains confrères qui n’en pouvaient plus de griller sous le soleil. Mais, aux environs de midi et demi, à la suspension du procès, les journalistes ont « enfin » été invités à se diriger dans la salle d’audience. Trois vagues furent constituées. Chacune avait droit à deux minutes. Pas plus. Après un léger tohubohu, les preneurs d’images eurent accès à la salle. A peine rentrée, la dernière vague fut aussitôt empêchée à l’intérieur de « bien » faire son job. Impossible d’avancer au-delà de l’emplacement réservé aux avocats, près de l’entrée. Qu’à cela ne tienne, le laps de temps a été utilisé à bon escient.
La première journée du procès n’a pas été de tout repos pour les journalistes, surtout pour les férus du live en radio ou en presse en ligne. Aussi dure soit la loi, elle doit être respectée. Nul n’est au-dessus d’elle, certes, mais espérons que ses garants seront moins rigides à la prochaine audience en permettant des prises de vue juste avant l’ouverture du procès. Ce n’est pourtant pas si compliqué que cela.
HFB
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