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Ablassé Ouédraogo au Premier ministre Paul K. THIEBA : "Le Burkina Faso n’a pas d’avenir avec le Plan National de Développement Economique et Social (PNDES)"

Ablassé Ouédraogo au Premier ministre Paul K. THIEBA :

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Nos ancêtres disaient : « NIOUF HIN NIN PAA BAGUIN YETE YE ». Ce qui se traduit par : « il n’est point besoin d’être un charlatan pour constater ce qui est ».
En clair, il n’est point besoin d’être un devin pour voir et comprendre que le Burkina Faso va mal aujourd’hui. La « Rochosité » est installée dans tous les secteurs et dans tout le pays et le Burkina Faso vacille.

La pauvreté, la misère et l’insécurité des Burkinabè ont atteint un niveau qui a installé la peur et l’anxiété dans leur vie au quotidien et surtout l’incertitude pour leur lendemain. La situation aurait été moins inquiétante, si une dynamique d’inversion était perceptible à l’horizon. Mais, hélas !

Pour masquer la mauvaise santé de notre pays, vous et votre gouvernement continuez de dire que les 18.000 milliards de FCFA du PNDES, que vous auriez obtenus à la Table-Ronde des bailleurs de fonds des 7 et 8 décembre 2016 à Paris, serviront à financer le développement de notre pays avec l’objectif de réaliser un taux de croissance annuel moyen de 8%. Stoïquement, vous dites à la Tribune de la Primature le 19 juin 2017 : « Le PNDES est notre voie pour changer structurellement et durablement notre économie et assurer à chaque Burkinabè un développement solidaire et inclusif ».

Vous aurez mis six (6) mois pour comprendre vous-même et confesser à vos concitoyens que la Table-Ronde de Paris, où aucun accord n’a été signé, contrairement à ce que vous dites dans votre conférence de presse du 19 juin 2017, n’a fait qu’enregistrer des « intentions de financement » et que vous et votre délégation n’étaient pas rentrés au Burkina Faso avec « des sacs pleins de dollars ou d’euros ».

En français facile, l’on comprend qu’une intention n’est pas une promesse, ni un engagement et encore moins un accord de financement. Et nous vous avions alerté déjà en ce moment dans la presse écrite et audiovisuelle. Pauvre Burkina Faso !
Votre position se comprend aisément quand on sait que ce sont vos supposées performances dans la conduite du PNDES qui ont milité pour votre reconduction « mouta-mouta » à la tête du gouvernement le 20 février 2017 ainsi que votre intégration dans le Bureau Politique National du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) à son dernier congrès en avril 2017.

Malheureusement, les Burkinabè ne sont pas au bout de leur peine, de leur déception voire
de leur déprime avec le PNDES, car il serait honnête de leur rappeler en plus, que :
• les intentions exprimées par les partenaires du Burkina Faso sont assorties de conditionnalités mentionnées dans le communiqué final de la réunion de Paris daté du 8 décembre 2016, et je les cite : « la consolidation de la paix et la réconciliation nationale, la bonne gouvernance, l’Etat de droit, le renforcement des capacités de l’administration publique, l’amélioration du climat des affaires et le choix judicieux de projets structurants pouvant contribuer à la réduction de la pauvreté ». A ce jour, rien n’a encore été fait pour donner une satisfaction à nos généreux bailleurs de fonds.
• d’un coût global de 15.395,4 milliards de Fcfa, 63,8% du financement du PNDES, soient 6.825 milliards Fcfa, doivent être couvertes par les ressources propres du Burkina Faso. Notre économie est aujourd’hui plombée. Pire, avec l’état de délabrement et de désarticulation actuel dans lequel notre économie est plongée, doublée d’une méfiance craintive des opérateurs économiques nationaux vis-à-vis de la gouvernance actuelle, il paraît peu probable, sinon impossible, que le montant requis au titre des Fonds de contrepartie des projets et programmes, puisse être mobilisé pour permettre l’opérationalisation du PNDES sur la période 2016-2020.

• les capacités du Burkina Faso à élaborer les études de faisabilité des projets à identifier à hauteur des 18.000 milliards Fcfa sur la période 2016-2020 et à négocier avec les partenaires de même que la capacité d’absorption du Burkina Faso du coût du PNDES se révèlent être un casse-tête sans solution.
• l’environnement socio-économique et sécuritaire exécrable du moment fait que la confiance n’existe pas, d’une part, chez les Burkinabè individuellement pris, et entre les Burkinabè eux-mêmes, d’autre part. Cette même confiance n’existe pas non plus entre le Burkina Faso et l’Extérieur.
• au plan calendaire, il est clair que si les échéances politiques sont respectées, l’année 2020 sera l’année des élections présidentielle et législatives et l’année 2019 sera l’année préparatoire pour ces élections. Ce qui est synonyme de période creuse où les activités et même le pays tournent au ralenti.
A l’allure où vont les choses, il est fort peu probable que le PNDES puisse connaitre un début d’exécution en 2018.

De ce qui précède, vous en conviendrez avec nous, tout simplement et en toute objectivité, que le Burkina Faso n’a pas d’avenir avec le Plan National de Développement Economique et Social (PNDES). Notre pays, que nous aimons tous et tant, traversera une décroissance économique sur la période 2016 -2020.
Votre conférence de Presse, pardon, la Tribune de la Primature que vous avez animée le 19 juin 2017 résonne comme un aveu d’impuissance et d’incapacité à redresser la barre et à répondre aux aspirations des Burkinabè dans leur quête du mieux vivre. Votre échec est palpable et il vous appartient en patriote aimant son pays de savoir tirer les conséquences et de libérer le peuple. Une décision courageuse et idoine de votre part, aidera de surcroît, votre patron, le Président du Faso, SEM Roch Marc Christian KABORE, dont le régime est visiblement aux abois, de pouvoir relancer le Burkina Faso.

Excellence Monsieur le Premier ministre, même des organisations apolitiques, hier vos alliés, partagent le même avis qu’elles expriment à haute et intelligible voix à votre adresse.

D’ailleurs nos ancêtres ne disaient-ils pas que : « BOEG SAN TAAR SOUG SAAMDE, BI KODEGRE RA LINGA YE ». Ce qui se traduit par : « Quand le bouc doit une dette au couteau, se faire égorger par ledit couteau n’est pas une surprise ».
L’avenir de notre pays est dans le rassemblement et la réconciliation nationale.
Nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de notre très haute et respectueuse considération.

Que Dieu bénisse le Burkina Faso.
« Rien n’arrête une idée arrivée à son heure »

Le Président,
Dr Ablassé OUEDRAOGO

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