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Namentenga : Les coupeurs de route terrorisent la province

Accueil > Régions • • vendredi 12 décembre 2003 à 10h27min

Ces dernières années, l’émergence d’un nouveau type de voleurs a plongé les villes et les campagnes du Burkina dans une insécurité totale. Malgré les multiples efforts des autorités administratives et politiques, le phénomène du braquage et des attaques à main armée s’intensifie et est devenu une véritable gangrène qui attaque et ronge l’existence physique, sociale, morale et économique de nos populations déjà affaiblies par les différents défis du siècle nouveau.

Parmi les provinces les plus touchées par cette criante insécurité, la province du Namentenga figure en bonne place.

En effet, après une période de détente observée suite aux dernières opérations des exécutions de voleurs effectuées en 1999, la terreur causée par les bandits s’installe à nouveau avec force et horreur dans cette province.

Depuis les deux derniers mois, les populations y résidant, paient de leurs biens et de leur vie, le prix des désirs fous et déraisonnables de personnes qui ont décidé brusquement de devenir riches même sur les cadres perforés de balles de leurs semblables.

Dans cette contrée, "l’homme est devenu un véritable loup pour l’homme" selon la formule célèbre de Thomas Hobbs dans la mesure où pas un seul jour ne se passe sans qu’une personne ne soit agressée et dépouillée soit de son engin (vélo, mobylette), soit de son argent et même parfois de son bien le plus cher, à savoir la vie.

Ces deux dernières semaines, on a pu dénombrer plus de dix cas d’attaques à domicile ou sur la route. Par exemple, le mercredi 3 décembre, des voleurs ont assailli une équipe médicale en pleine vaccination à midi à Mookin Yarsé (village situé à quarante kilomètres de Boulsa). Ils ont retiré leur moto "Yamaha" et ont continué chez le trésorier du CSPS qui détenait la caisse du dépôt pharmaceutique. Là, il ont vidé cette caisse jusqu’à son dernier centime.

Mais deux jours avant, entre Boulsa et Kogo (village du Ganzourgou situé à 10 km de Boulsa), un homme a été blessé par des balles réelles et sa "Yamaha 80" a été confisquée.

Dans la même semaine, sur la route Boulsa-Zéguédéguin (département situé à 45 km de Boulsa), des commerçants furent attaqués et dépouillés de tous leurs biens.

Le cas le plus écœurant, crapuleux et horrible s’est produit vendredi 5 décembre 2003. Un enseignant de Donsin, village situé à 20 km de Boulsa, fut froidement assassiné le matin entre 8h et 9h.

Ce jeune enseignant de 25 ans du nom de Rasmané Segda se rendait à Boulsa pour une formation d’enseignants en EMP (Education en matière de population). Il a été littéralement abattu sur la route comme un lapin et sa moto Ninja, retirée.

Aucun témoin n’a pu donner une information relative à cette acte ignoble. Tout ce qu’on a pu constater, c’est qu’après l’avoir tué, les voleurs ont pris son corps pour barrer la voie comme s’il était devenu une poutre de bois. Entre ses mains, il y avait un couteau et son bas-ventre criblé de balles.

L’existence du couteau entre ses mains fait penser à une tentative de défense mais l’hypothèse semble vite être écartée par le bon sens car on ne se bat pas à arme inégale.

De toutes les façons, ce crime a indigné plus d’une personne et tous les fonctionnaires, élèves et parents d’élèves et même les commerçants ont fait une marche de protestation, lundi 8 décembre à Boulsa. Partis du centre-ville de Boulsa, les marcheurs sont allés au haut-commissariat scandant des slogans inscrits sur les pancartes "Travail d’accord mais sécurité d’abord", "Halte aux braquages", "Renforcez la sécurité" etc.

Le haut-commissaire entouré du maire de Boulsa et du directeur provincial de la police de Boulsa, les a reçus devant les locaux de son service.

Après avoir fait l’état de tous les vols et attaques qui ont été commis et rendu hommage aux victimes de cette barbarie inqualifiable, le responsable des marcheurs a rappelé les dispositions légales assurant la sécurité physique et morale du travailleur avant d’inviter le haut-commissaire à prendre des mesures urgentes pour leur permettre de travailler en toute tranquillité. Il a terminé par l’annonce d’un arrêt de travail de 72 heures pour protester contre l’insécurité et pour obliger les autorités à trouver des solutions idoines.

Après les avoir entendus, le haut-commissaire a salué la démarche et a trouvé que le message des marcheurs est clair et sera transmis aux pus hautes autorités du pays.

Les marcheurs sont répartis dans la discipline et dans le calme tout en espérant qu’ils verront des actions concrètes et salvatrices.

Face donc à de tels agissements, chacun peut avoir son jugement car manquer de jugement en la matière "c’est de la sotise, de la stupidité" selon E. Kant. Le nôtre se confond à celui de Ignace Hien quand il disait que : "la société villageoise était devenue pourrie et la morale déliquescente, on se trouvait dans une jungle".

Quand des êtres humains en arrivent à ce stade de cruauté envers leurs semblables, il faut faire quelque chose pour les exclure de cette communauté avec laquelle ils ont rompu volontairement leur contrat social.

Comme disait un auteur burkinabè, "la grandeur et la valeur des hommes se mesurent à l’aune de l’importance qu’ils donnent à la vie humaine". Ce strict respect de la vie et des biens d’autrui est le ciment de ce contrat social qui lie tous les acteurs sociaux et qui les oblige à demeurer dans cette communauté de vie. Nous devons donc veiller à ce que ce ciment ne s’effrite pas si vous voulons rester unis.

En attendant, les populations du Namentenga se trouvent de la tourmente de l’agression des braqueurs.

Les actions de sauvetage doivent venir de partout pour que cette sagesse mossi du Larlé Naaba Abga ne soit pas comprise très tard : "Quand un village se fatigue à creuser une sépulture pour la dépouille de l’esclave, c’est pour prendre l’habitude de le faire avant la mort du prince".

Patrice KOURAOGO
Etudiant en 4e année révolue de sociologie
à l’Université de Ouagadougou
Sidwaya

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