Présidence du Faso : Ce qu’il faut retenir des 100 jours de Roch Kaboré
Dans quelques heures, précisément le 6 avril 2016, le Président du Faso aura passé 100 jours à la tête du pays. Comme au lancement de sa campagne électorale, c’est à Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina, que le Président Roch Kaboré a choisie pour jeter un regard sur le chemin déjà parcouru. 100 jours, c’est certes « peu » dans un mandat de cinq ans pour faire un bilan mais, c’est aussi le « temps imparti » pour prendre le pool de la gouvernance sur la base du programme pour lequel il a été élu. Ce dimanche, 3 avril 2016 à Bobo-Dioulasso, Roch Kaboré a feuilleté les pages des cent jours à la Présidence du Faso : vie nationale, actualité sous-régionale et, enfin, volet international.
Sur le premier volet, la vie nationale, la question de la sécurité a occupé une bonne place avec un retour sur les attaques terroristes dont le pays a été victime en janvier dernier. Là, Roch Kaboré, tout en reconnaissant l’existence, depuis un bon moment, de la menace, a expliqué le dispositif qui a été mis en place par le gouvernement notamment, en termes de renforcement de la sécurité sur tous les « sites sensibles », la création de l’Agence nationale de renseignements pour la coordination et la célérité en matière de partage d’informations, le renforcement de la coopération en matière sécuritaire avec les pays de la sous-région, surtout dans le cadre du G5 Sahel. Malgré ce dispositif, le Président du Faso s’est voulu réaliste en exhortant les citoyens à vivre désormais avec cette nouvelle donne, en étant plus vigilants et aptes à dénoncer tout acte suspect.
Sur le plan économique, Roch Kaboré a relevé les difficultés liées surtout aux engagements pris par le gouvernement de la Transition mais qui n’ont pas été mis en œuvre et qui n’ont pas non plus été pris en compte dans l’élaboration du budget de cette année. Ces engagements ont obligé le gouvernement à procéder à la rectification de la loi de finances pour tenir compte des attentes des Burkinabè.
Sur le front social, précisément en ce qui concerne les préoccupations des organisations syndicales, le Président du Faso a indiqué que le gouvernement est ouvert au dialogue. ‘’Ceux qui nous donnent des injonctions doivent savoir que les accords obtenus sous la Transition l’ont été sur dialogue’’, a rappelé Roch Kaboré pour qui, le développement d’un pays ne peut pas se faire sur des injonctions. De son avis donc, il faut de la volonté et l’esprit de dialogue à tous les niveaux pour aller au développement. Il a plaidé la bonne foi du gouvernement à résoudre les préoccupations posées avant d’inviter chaque acteur à jouer sa partition.
Sur l’épineuse question des groupes d’auto-défense, les « Koglwéogo », le Président du Faso a, tout en fustigeant les dérives, indiqué que cette traite tient aux difficultés qu’a l’Etat à assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire et au manque de confiance des citoyens vis-à-vis de la justice. Pour lui, il faut d’abord travailler à éradiquer ces deux causes. De son avis, ces groupes peuvent travailler en toute intelligence avec les Forces de la république pour limiter le banditisme mais, sans être, eux-mêmes, juges ou s’ériger en ‘’agents d’impôts’’ en imposant des taxes. « Nul n’est au-dessus de la loi », rappelle avant d’ajouter que tout contrevenant se verra appliquée la loi dans toute sa rigueur.
« Jusqu’à preuve du contraire, les mandats d’arrêt sont toujours en vigueur »
Sur ce qu’il convient d’appeler ‘’dossier Zida’’, on retiendra que si son élévation au grade de général ne semble pas susciter des commentaires, parce qu’ayant été faite sur la base de textes, tel n’est pas le cas de sa nomination annoncée puis annulée par le pouvoir en place. Ainsi, pour Roch Kaboré, la nomination au poste d’ambassadeur se fait en Conseil des ministres. Or, cela ne fut pas le cas de l’ex-Premier ministre qui n’a été nommé ni sous la Transition ni sous le nouveau pouvoir. Sur les bruits qui courent également ces derniers temps sur sa gestion, le nouveau pouvoir dit attendre qu’il s’assume en rentrant pour lever le voile de nuages sur sa gestion. ‘’ Le Général Zida a demandé une permission qui a expiré depuis le 19 mars, il n’est pas encore rentré. En tout état de cause, il n’a pas de choix que de rentrer. Nous n’avons pas besoin de lui donner des injonctions pour cela’’, a confié le Président du Faso.
Concernant le mandat d’arrêt lancé contre le Président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, le Président du Faso a laissé entendre qu’il n’en a pas été informé et qu’il l’aurait appris au cours d’un voyage. De son avis, au regard des conséquences d’un tel acte sur les relations entre pays, il aurait été plus judicieux d’en être informé. ‘’Je n’ai pas été saisi de ce mandat d’arrêt, pour qu’au moins, je sois informé qu’il y aura un mandat d’arrêt dans ce sens. C’est de retour de Cotonou où je suis allé à la Conférence des chefs d’Etat de l’UEMOA que j’ai appris qu’il y avait un mandat d’arrêt contre le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire’’, a-t-il dévoilé. Mais, précis-t-il, ce mandat d’arrêt est toujours en vigueur. « Jusqu’à preuve du contraire, les mandats d’arrêt sont toujours en vigueur », soutient-il. Tout en indiquant que cette question relève du pouvoir de la justice, Roch Kaboré tient aussi la piste diplomatique qu’il a, dès les premiers moments, privilégiée. Et ce, dans l’intérêt des deux pays qui entretiennent des relations séculaires et qui, selon lui, doivent être préservées. « Nous devons privilégier la voie diplomatique », a-t-il insisté.
Sur le volet des réformes, le Président du Faso s’est réservé de s’y étaler, une Commission constitutionnelle étant en voie d’être mise en place pour mener des réflexions et faire des propositions en vue d’un passage à la Vème République. Néanmoins, pour lui, le verrouillage de la limitation des mandats présidentiels, la suppression du Sénat, le rééquilibrage des pouvoirs sont entre autres aspects qui ne souffrent pas de débats.
Les 100 jours en actes !
Sans être exhaustif, le Président Roch Kaboré se dit satisfait des mesures prises par son gouvernement, trois mois après sa mise en place. Le processus de réconciliation nationale inscrit au rang des priorités est engagé avec la mise en place du Haut Conseil pour la Réconciliation et l’Unité nationale (HCRUN).
Sur le registre social, on note des « mesures fortes » en matière de santé de la mère et de l’enfant (la gratuité de soins), de formation de 135 spécialistes (des médecins comme pharmaciens) et plus de 16 000 agents communautaires de santé qui seront recrutés pour le compte de chaque village.
En matière d’éducation, le Président du Faso annonce la construction de plus de 1000 classes pour remplacer les écoles sous paillottes et le recrutement de milliers de jeunes diplômés pour le compte de l’enseignement.
Ayant fait également de la question de l’eau potable, une priorité sous le concept « zéro corvée d’eau », Roch Kaboré a procédé au lancement, la semaine écoulée, du programme d’adduction en eau potable dans la région du Centre-ouest.
En ce qui concerne l’énergie, en plus des mesures qui ont été prises par son gouvernement pour minimiser les délestages en cette période de canicule, le Président a annoncé plusieurs autres projets dont l’électrification de 40 localités, le renforcement des capacités de la SONABEL et l’augmentation de l’offre en provenance de la Côte d’Ivoire.
Le troisième axe de son intervention, l’actualité internationale, a été essentiellement focalisé sur sa visite officielle en France, du 5 au 7 avril prochain. Pour lui, loin d’être un acte d’allégeance comme pourrait le penser une certaine opinion, ce déplacement vise à discuter de questions de coopération dont l’économie et la sécurité.
Il y a également que, suite aux attentats de Grand-Bassam (Côte d’Ivoire), les autorités françaises avaient annoncé le déploiement à Ouagadougou, du GIGN. Là-dessus, le Président du Faso a affirmé que les autorités burkinabè n’en sont pas informées et que, de ce fait, cela n’engage pas le pays. « Toute information que nous apprenons par la radio n’engage que ceux qui font leurs déclarations et ne nous engage pas, puisque de façon officielle, nous n’avons pas été saisis sur ce déploiement.Nous avons considéré que nous ne nous sentons pas concernés. Le minimum dans cette matière, c’est d’informer les plus hautes autorités du pays et de voir s’il y a la possibilité ou non de le faire. Et nous avons d’ailleurs le même jour, dit à l’ambassadeur de France tout notre mécontentement sur cette procédure », a-t-il exprimé.
Toujours sur la diplomatie, le Président du Faso a, réagissant à l’avenir des relations diplomatiques entre le Burkina et la Chine-Taïwan par rapport à la Chine-Pékin, expliqué que nos deux pays entretiennent des relations depuis plus de 20 ans et jusque-là, elles ne sont pas remises en cause. « Le problème des deux Chines, comme vous le savez, depuis 1994 nous avons signé des relations avec la chine Taïwan et jusqu’à nouvel ordre, ces relations ne sont pas remises en cause. Nous avons considéré que jusque-là, les relations que nous avons entretenues avec Taïwan ont apporté un plus à notre pays dans un certain nombre de domaines … », a-t-il confié, se félicitant de l’excellence des relations entre le Burkina et les autres pays.
Au terme de son exercice, le Président du Faso a conclu qu’en 100 jours, il s’est agi de poser les sillons pour permettre de dérouler les actions. C’est pourquoi, il a félicité le dévouement des membres du gouvernement qui, informe-t-il, travaillent depuis lors sans salaire.
Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

