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Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Électrification au Burkina • • lundi 7 décembre 2015 à 01h53min
Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

Les africains paient les tarifs les plus élevés de la planète, alors que les coupures de courant sont fréquentes. En cause : le prix du fioul, des réseaux inadaptés et le manque d’investissements. Le consommateur africain paie trois fois plus que celui d’Asie : en moyenne 14 cents de dollar son kilowattheure, quand celui d’Asie du Sud paie seulement 4 cents.

Si l’Europe de l’Ouest affiche un prix un peu supérieur, 18 cents, le pouvoir d’achat des ménages y est beaucoup plus élevé. Conséquence : une famille qui réside dans une grande ville d’Afrique consacre environ 30% de ses revenus à l’énergie et, notamment, au paiement de son électricité. Un tarif qui n’est pas toujours synonyme de qualité de service. À chaque hausse des prix, les associations de consommateurs crient au racket. Comment s’expliquent ces factures faramineuses ? Peut-on réduire la note ? Lisez cette analyse.

Trop de pétrole

Derrière la facture d’électricité se cache d’abord le prix du pétrole. Plus que tous les autres, le continent dépend des dérivés de l’or noir, comme le fioul, pour sa production d’électricité : 46% des centrales africaines fonctionnent avec ces combustibles, contre seulement 6 % dans le reste du monde. Qu’ils soient ou non producteurs de brut, la plupart des États importent leur combustible, faute de raffineries. Résultat : une facture salée, notamment quand les cours flambent, comme entre 2001 et 2005, période où le tarif moyen de l’électricité a presque doublé en Afrique subsaharienne.

Certains pays, au moment fort des crises énergétiques n’avaient même plus les moyens d’acheter du combustible pour faire tourner les installations. À cela s’ajoute l’utilisation intensive de groupes électrogènes par les sociétés d’électricité ; ce qui devait n’être qu’une solution temporaire s’est pérennisé. Pourtant, leur emploi fait exploser le prix du kilowattheure entre 50% à 100% plus élevé que celui produit de manière classique à partir d’hydrocarbures.

À l’inverse, le recours aux barrages hydrauliques, qui délivrent une électricité à un prix défiant toute concurrence, parfois quelques francs CFA le kWh, reste trop limité. « La part de l’hydraulique dans le mix énergétique est la principale variable qui permet à un pays d’avoir des prix faibles. Le potentiel est pourtant immense, notamment en Afrique centrale.

Des réseaux trop petits

La taille des réseaux africains, conçus pour une faible demande, ne permet pas de réaliser des économies d’échelle en matière d’exploitation et consommateur. Pour résoudre ce problème, une solution existe : si un pays n’y parvient pas seul, il faut alors réunir les forces disponibles en construisant des interconnexions électriques. C’est l’un des facteurs majeurs dans la réduction des tarifs.

Le Niger par exemple est un pays sahélien, enclavé. Mais, à l’inverse de ses voisins, comme le Tchad et le Burkina, qui pratiquent des tarifs parmi les plus élevés du continent, il bénéficie depuis trente-deux ans d’un tarif bas, à 4 cents, grâce à une interconnexion avec le réseau nigérian. Au-delà des connexions pays à pays, qui existent çà et là, toutes les régions du continent ont établi des plans de « pools énergétiques » pour créer des marchés uniques.

Le projet ouest-africain (le réseau Côte d’Ivoire- Liberia-Sierra Leone-Guinée) en est au stade des appels à manifestation d’intérêt, mais plusieurs interconnexions entre pays existent déjà, autour de la Côte d’Ivoire notamment. Plus ambitieux encore sont les projets d’autoroutes de l’énergie qui traverseront le continent, notamment de l’Égypte à l’Afrique du Sud. Ces échanges interrégionaux pourraient réduire les coûts de l’électricité de 2 milliards de dollars par an sur le continent.

Pas assez d’industriels

En matière d’électricité, la consommation d’un seul industriel équivaut à celle de milliers de ménages. Les factures, beaucoup plus importantes, acquittées par ce type d’entreprises permettent aux sociétés nationales d’énergie de financer le développement de leurs réseaux. Les miniers notamment sont très « énergivores », raccorder ces grands comptes est essentiel : « Plus leur part augmente, plus celle des ménages devient marginale. »

Un élément d’autant plus déterminant que le recouvrement des factures des « usagers résidentiels »se révèle très souvent hasardeux (en moyenne, 30% de celles – ci ne sont pas honorées dans les pays n’ayant pas mis en place le prépaiement), sans parler des pertes techniques et des vols d’électricité, qu’il faut dans les deux cas répercuter sur les tarifs. Pourtant, les exemples de mauvaises pratiques sont légion.

« La Guinée a fait pendant cinquante ans, avec l’exploitation de la bauxite, ce qu’il ne faut surtout pas faire. C’est-à-dire laisser les miniers produire eux-mêmes leur électricité. En outre, c’est bien plus coûteux pour eux que de se raccorder au réseau. Le développement minier de l’Afrique, s’il ne profite pas directement aux populations, doit au moins bénéficier au secteur de l’électricité. ».

Le Burkina Faso doit donc corriger cette mauvaise pratique déjà en cours dans le secteur minier du pays. L’exemple de la Zambie doit faire cas d’école, où 80% de l’électricité produite sont absorbés par les industriels.

En plus d’une politique tarifaire raisonnable, ce type de répartition de la consommation permet notamment d’appliquer des tarifs sociaux ou de prendre des mesures équivalentes.

Trop peu d’investissements

S’il est déjà élevé, le prix de l’électricité pourrait encore augmenter à l’avenir, car de nombreuses compagnies vendent leur énergie à perte. Les tarifs ne recouvrent les coûts de revient que dans six pays sur cinquante-quatre.

On peut donc dire que les Africains ne paient pas leur électricité au juste prix, cela est- il pour compenser le service qu’ils reçoivent qui laisse souvent à désirer ?

Un cercle vicieux, cette non-couverture des coûts ne permet pas d’assurer l’exploitation et la maintenance du système électrique, et encore moins de réaliser des investissements, pourtant essentiels pour répondre à l’explosion de la demande.

Résultat, ce sont les États qui, très souvent, comblent les déficits en octroyant d’importantes subventions. Ce qui revient à financer le tiers du coût de production de l’électricité dans certains pays. À la moindre tension de trésorerie, c’est donc l’ensemble du secteur énergétique qui risque le court-circuit.

Alidou KOUTOU
M.Sc.A. Génie Électrique
Doctorant Génie-Électrique
Membre de la Conférence Internationale des Grands Réseaux Électriques
(CIGRÉ)

Vos commentaires

  • Le 7 décembre 2015 à 00:07, par issouf En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Très bonne analyses. Le BF doit surtout revoir sur le plan minier.

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  • Le 7 décembre 2015 à 07:38, par Arona En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Article à recommander car il brasse dans son ensemble la problématique de l’électricité en Afrique. Courage à son auteur. J’espère que vous reviendrez mettre vous connaissances à la disposition du Burkina.

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  • Le 7 décembre 2015 à 08:18, par Soura Yorba En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Très bonne analyse mais cela, il faudrait ajouter à cela, l’inefficience dans le transport des combustibles pour le Burkina Faso. En effet, ces combustibles sont transportés en majorité par des camions citernes au détriment du train par les rails. Ce choix renchérit le coût du transport et par ricochet le prix du kwh.
    Cette pratique est favorisée par les liens forts existant entre les gouvernants et les opérateurs économiques... La cupidité des gouvernants a pris le dessus sur la défense des intérêts communs...

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  • Le 7 décembre 2015 à 08:36, par Taryam En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Assez bonne analyse, mais vous avez oublié une chose très importante et capitale : La mauvaise gouvernance dans les sociétés d’électricité en Afrique : la corruption, la mauvaise gestions des ressources, le favoritisme, le laxisme, etc. sont autant de maux qui réduisent les performances financières des compagnies d’électricité.

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  • Le 7 décembre 2015 à 11:18 En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    J’apprecie votre analyse. Plus le reseau est grand moindre sera le cout d’exploitation. A défaut, l’électricité ne pouvant pas etre stockée il faudrait des gros consommateurs réguliers comme les industries. Ces inustries qui pourront payer le prix réel de l’energie. Mais attention il faudrait que la ligne d’alimention soit dédiée et pour fiable pour le consommateur.

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  • Le 7 décembre 2015 à 13:01, par Alexio En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Je suis paas tout a fait d accord avec l analyse de l auteur, mais le manque a gagner reste dans la concurrence de la loi du marche qui est l Offre et la Demande. Si offreurs etaient a la proportionelle. Je veux parler de differentes Sources d eneergies abordables telles que les energies renouvelables. Le solaire, l Eolienne(Le vent), Thermo-electrique emanant de nos ordures, la bio-electrique.bio-gaz, l eau. etc.

    Avec l introduction ses differentes sources d energetiques que les europeens ont eponges les prix galoppants de ce secteur.

    N oublions pas le surplus des energies que ses pays se vendent bien entre eux a des prix acceptables. Alors qu en Afrique nos Etats ne sont pas tout a fait auto-suffisant du au manque des infrastructures adequates pour democratiser l electicite pour tous. Les Etats beneificiaires de capacites expandiaires comme La Cote D Ivoire le Ghana et le Togo.
    Le Maroc est entrain de construire un parc d energie eolienne avec ube capacite sans egale en Afrique. Il pourra exporter le surplus qui recouvrerons les frais d investissements.

    Notre malheur est que nos trois grands cours d eau n ont pas cette capacite d exploitation chez nous, mais par contre le Ghana beneficie de celui-ci. La Volta- Noire.

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  • Le 7 décembre 2015 à 15:32, par Koutou En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Internautes1 et 2 : Merci pour le temps consacré à cet article
    Internaute 3 :
    C’est juste le coût du transport doit être intégré. Mais le plus souvent dans le système international, quand on parle du prix du litre de combustible en production d’électricité, il est constitué de toutes ces charges. De l’achat en passant par le transport, les moyens techniques mis en œuvre pour la transformation du combustible (cas de fuel) et aussi la main d’œuvre qui va avec. Donc c’est toute une chaine de charge qu’il faut ajouter au prix d’achat initial.
    Internaute 4 :
    Les maux dont vous faites cas minent toute l’économie de nos pays. Par conséquent, difficile pour les sociétés d’électricité de rester en marge.
    Internautes 5 et 6 :
    Merci pour vos apports, c’est l’esprit de l’article susciter le débat pour l’émergence des idées.
    Merci à vous tous

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  • Le 7 décembre 2015 à 15:40 En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Ai-je bien compris votre analyse en notant que, selon vous, les miniers ne devraient pas satisfaire leurs besoins en énergie électrique en produisant par eux-mêmes leur électricité ? Éclairez ma lanterne svp. De plus, est-il possible d’avoir votre email pour des besoins d’échanges autour de la question car mon avis serait tout autre si ce que je crois bien comprendre est ce que vous voulez bien dire, surtout quand vous étayez vos propos en prenant l’exemple de la Guinée. Félicitation tout de même pour avoir lancé le débat.

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  • Le 7 décembre 2015 à 19:29, par DAS En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Excellente analyse et le pays a besoin de ces genres de contributions pour de meilleures réorientations de nos politiques. Les décideurs d’aujourd’hui doivent tenir compte de ces critiques constructives. Vivement que l’auteur finisse son doctorat pour venir mettre son expertise à la disposition de notre société nationale d’électricité.

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  • Le 9 décembre 2015 à 13:36, par Koutou En réponse à : Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

    Internaute 8 : je suis ouvert aux échanges. Mon courriel est le suivant : koutoualidou@yahoo.fr

    Répondre à ce message

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