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Europe-Afrique : Ces visas de l’humiliation

Accueil > Actualités > Opinions • • vendredi 15 avril 2005 à 07h31min

Ne trouvez-vous pas tout cela étrange ? C’est précisément au moment où a sonné l’heure de la mondialisation que l’on trouve irréversible et où l’on chante l’excellence des relations franco-africaines qu’obtenir un visa pour la France devient un véritable parcours du combattant.

Aujourd’hui en tout cas, les consulats français ressemblent à de véritables camps de concentration, à des comptoirs coloniaux d’un autre genre où des négociants français ont un comportement qui s’apparente à un certain mépris vis-à-vis des demandeurs de visas.

En témoignent ces interminables files indiennes derrière les grilles de ces citadelles extra-territoriales pour obtenir ce précieux document qui leur permette de se rendre en France. Dans cette ambiance de lutte planétaire contre le terrorisme
international, les demandeurs de visas semblent être assimilés à des sympathisants d’Al Qaïda.

Tous les candidats à un visa sont auscultés, soumis à l’épreuve du scanner avant de bénéficier éventuellement de ce laisser-passer. On pousse l’humiliation à l’extrême jusqu’à exiger du demandeur de visa, de justifier de ses moyens d’existence une fois dans l’hexagone. Un tel comportement est déplorable à plusieurs titres. D’abord elle remet en cause la souveraineté nationale de nos Etats car elle n’accorde pas d’importance à nos documents officiels sur lesquels l’on est censé se tabler pour donner satisfaction au postulant.

En effet, présenter des documents officiels, portant donc le cachet de l’Etat, ne vous met pas à l’abri d’un refus de vous délivrer un visa. Ensuite, le plus grave, c’est que toutes ces entraves qui incitent au découragement démontrent que par anticipation, on suspecte les candidats à un visa d’être des prédateurs et pis, des espèces qui vont troubler l’harmonie de la préférence nationale et polluer, voire négrifier l’exception française. Le paradoxe dans cette situation est que le principe de la réciprocité en matière de séjour d’un citoyen français dans les ex-colonies n’est pas appliqué. Bien des Français débarquent sous nos tropiques sans papiers.

A peine s’ils ne font pas partie du contenu de la valise diplomatique non soumise aux formalités policières et douanières. Seul Abdoulaye Wade, le président sénégalais, excédé par les traitements inhumains infligés à ses compatriotes menottés et jetés sans ménagement dans des avions charters, avait réagi. Cette courageuse réplique isolée ne saurait cacher la forêt des tracasseries que subissent les Africains en partance pour la France.

Lorsqu’un Français veut se rendre dans un Etat africain, son visa pourrait bien le devancer sur place, et au débarquement, il le recevra en bonne et due forme, sans qu’on ait pris la précaution de vérifier l’authenticité de son parcours dans la vie civile et/ou de ses antécédents. Tant qu’on n’aura pas établi l’équité dans le traitement des citoyens, on continuera de légitimer chez les Africains, le réflexe néocolonial qui croit à la supériorité des Français sur les citoyens africains.

On légitimerait finalement une politique des rapports inégaux, des deux poids deux mesures avec d’un côté, des citoyens africains ridiculisés, indésirables, et de l’autre, des citoyens français auxquels tout est permis en Afrique. Mais que voulez-vous ? Cette situation se perpétuera car ce n’est pas le souci de nos dirigeants de voir les choses changer, puisqu’ils ne sont pas, eux, soumis à ces humiliations. Les frontières de l’hexagone leur sont largement ouvertes.

Même lorsqu’ils sont contraints à l’exil sur les bords de la Seine, tout est réglé à l’avance. Ils ont beaucoup de chance de ne pas passer par des zones d’attente, ces ghettos pour citoyens au rabais. Il ne leur sera jamais demandé de savoir chanter la Marseillaise, de parler français etc.

Quant au citoyen africain lambda, la France exige désormais un examen de passage à l’issue duquel son admission sera fonction de sa connaissance de l’histoire de la France. Il est donc plus facile pour un citoyen français d’obtenir la nationalité de n’importe quel pays africain qu’il ne l’est pour un Africain d’obtenir la nationalité française. On ne demandera jamais à un Français de balbutier le patois africain ou de chanter le Ditanyé avant d’avoir la nationalité burkinabè.

Le sort de la grande masse des citoyens n’intéresse pas les champions de la Françafrique puisque par-dessus leur tête, ils peuvent sceller des rapports et négocier des contrats qui n’ont aucun rapport avec les intérêts des Africains. Pour la France, le sort des Africains peut s’inscrire au volet pertes et profits. L’essentiel est qu’au sommet, ceux qui sont chargés de perpétuer ses intérêts en Afrique veillent à les consolider dans une espèce de complicité bien établie.

Alors, pour donner l’impression qu’elle se préoccupe du sort des Africains, elle dépêche des touristes électoraux qui viennent sur le continent pour observer, plutôt pour orienter, les élections et conforter ainsi des régimes impopulaires. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la France perde, au bénéfice d’autres Etats, Etats-Unis et Canada notamment, sa réputation de destination privilégiée des Africains.

Mais ne jetons pas l’anathème sur la seule France. La plupart des pays européens en ce qui concerne la question migratoire, sont logés à la même enseigne. Cependant, compte-tenu des rapports historiques qui lient la France et notre pays, celle-ci aurait dû être un bon exemple dans le traitement diligent des dossiers des candidats qui se présente à ses consulats.

Le Fou
Le Pays

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