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Les héros de l’insurrection populaire n°17 : Massourou Guiro

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Les héros de l’insurrection populaire • • lundi 29 décembre 2014 à 00h07min
Les héros de l’insurrection populaire n°17 : Massourou Guiro

« Bonsoir monsieur Somda. Vous m’avez oublié ? Moi aussi je suis un héros. » C’est avec ces mots que monsieur Guiro nous a reçu cet après-midi de décembre 2014. Le « Héros » dans notre conception, faut-il le rappeler, s’entend de celui qui a participé à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre derniers. Presque quinquagénaire, mais le physique frêle qui fait 10 ans en moins, ce commerçant, comme beaucoup de Burkinabè ayant vécu cette insurrection, avait quelque chose à raconter. Pour la postérité. Récit d’un autre acteur de cette étape glorieuse de l’histoire du Burkina Faso.


Lefaso.net : Monsieur Guiro, où étiez- vous les 30 et 31 octobre 2014 ?
Massourou Guiro (M. G.) : :
Le 30 matin, j’ai quitté la maison avant 03 heures du matin. Arrivé au quartier Larlé, j’ai trouvé des jeunes qui brûlaient déjà des pneus. Quand je leur ai dit que moi je continuais à l’Assemblée nationale, il m‘ont fait comprendre qu’il y avait une barrière militaire devant et que je ne pouvais pas passer. Arrivé effectivement au niveau du Lycée Marien Ngouabi, c’était des gendarmes qui formaient la barrière. J’ai dû faire beaucoup de détours, et même un repli dans le quartier Gounghin pour la prière, avant de me retrouver avec bien d’autres manifestants au rond point des nations unies vers 06 heures du matin. Puis commença le face à face avec les policiers. Nous n’avons pas eu le temps de nous organiser qu’ils ont entrepris de nous disperser avec des bombes lacrymogènes. Entre deux va et vient, ils ont réussi à nous repousser. Nous avons donc rejoint les manifestants du quartier Dapoya pour organiser la riposte. C’est effectivement avec les autres que nous avons pu repousser la police jusqu’au rond point des nations unies encore, avant l’assaut final sur l’Assemblée nationale. Arrivé la- bas j’ai vu mon idole sortir, il s’appelle maître Sankara. Tout de suite on l’a pris sur nos bras jusqu’au CFOP (siège du chef de file de l’opposition politique, ndlr).

« Un sankariste est tombé sur le champ de bataille »

Nous étions dans l’attente des autres députés de l’opposition quand nous avons appris qu’ils ont tiré sur quelqu’un chez François (François Compaoré, le petit frère du président déchu Blaise Compaoré, ndlr). Je m’y suis fait déposer par quelqu’un qui y allait à moto. Arrivé, on a vu un corps à même le sol. Je me suis laissé tomber sur lui en criant « Tu es un homme, tu es un libérateur, tu t’es battu pour ce pays, c’aurait pu être moi aussi car je ne suis pas sorti pour repartir forcément chez moi. » J’ai ensuite demandé à deux manifestants qui tenaient le drapeau national de les apporter. On en a recouvert le corps, puis j’ai demandé à deux jeunes stationnés à côté avec leur voiture de nous aider à transporter le corps à la place de la nation (il s’agit selon toute vraisemblance du corps de Ouoba Fabrice Aristide, le rappeur décédé dans l’insurrection, ndlr). Perché au flanc de la voiture, j’ai tenu sa main soulevée et scandé « La patrie ou la mort, nous vaincrons » jusqu’à la place de la nation. Je suis alors reparti au CFOP annoncer aux camarades qu’un révolutionnaire est tombé sur le champ de bataille et a été transporté à la place de la nation. Le corps y est resté un long moment avant d’être enlevé pour être déposé à la morgue de l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Le 31, nous sommes ressortis et avons occupé l’extérieur de l’Etat- major général des armées pour exiger que l’armée prenne ses responsabilités. Quand depuis les Etats- Unis Blaise a dit une fois qu’il était un homme fort, j’ai dit sur une radio de la place que Blaise seul n’est pas fort ! Ses gardes du corps qui sont à Kosyam là (Palais présidentiel, ndlr), ce ne sont pas des maliens, ce ne sont pas des guinéens, ce ne sont pas des sénégalais, ce sont des burkinabè. Qu’il ne pense pas qu’ils vont nous tirer dessus pour le sauver !

Lefaso.net : Pourquoi étiez- vous convaincus que les militaires n’allaient pas tirer sur les manifestants ?
M.G. :
Les militaires ? Non ! Ce sont nos frères là. Moi- même j’ai plus de 05 frères à Kosyam ! Eux ils vont me tirer dessus au cours d’une manifestation ! Pourquoi ? Moi j’étais sûr que ces militaires n‘allaient jamais tirer. Pour sauver Blaise seul ? Ils ne vont jamais le faire.

Lefaso.net : Quelle est votre appréciation de la transition depuis plus d’un mois qu’elle a cours ?
M. G. :
Je suis tout à fait d’accord avec la transition. Les militaires ont pris le pouvoir et jusqu’à présent je les respecte. Ce sont des gens de bonne volonté. Après Sankara (feu le président Thomas Sankara, ndlr), on a aujourd’hui un Zida (lieutenant- colonel Yacouba Isaac Zida le Premier ministre et ministre de la défense de la transition, ndlr) qui vient de nous démontrer que l’armée est au service du peuple. Je tire mon chapeau à toute l’armée.

Lefaso.net : Quelque chose vous est- il resté sur le cœur ?
M. G. :
Oui ! Je demande au peuple burkinabè de s’organiser pour aller un jour à l’Ambassade des Etats- Unis pour inviter Obama au Burkina Faso. Il est dans l’histoire du Burkina. Il nous a rejoints dans notre combat. Encore, un ancien président que nous devons inviter au Burkina et rapidement, c’est Rawlings du Ghana. Un autre que j’invite malgré moi c’est François Hollande.

Samuel Somda

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