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Cabarets de Dédougou : une bonne ambiance permanente

Accueil > Actualités > Société • • samedi 12 mars 2005 à 10h01min

L’industrie du dolo marche bien à Dédougou dans le Mouhoun. Une centaine de cabarets, selon les données officielles. Sinon plus. Le liquide rouge coule donc à gogo dans la cité de Bankuy.

Entre balafons et palabres, tout en refusant du monde, les cabarets font bien le bonheur des tenancières que des "godeurs". Reportage à la découverte des cabarets de Dédougou, aux noms bien souvent évocateurs : RPC, Nouna 1 et 2...

La ville de Dédougou est évocatrice de grande consommatrice du dolo, la bière locale fabriquée à base de mil germé. Avec plus d’une centaine de cabarets fonctionnels, même si elle n’est pas la meilleure des villes dans la consommation de cette boisson, elle figurerait parmi les meilleures du pays s’il y avait un classement à faire.

Avec une population de 43.000 habitants (toutes croyances confondues), la ville de Dédougou compte officiellement 89 cabarets. Selon les responsables de la commune de Dédougou, on dénombre, plus d’une centaine de cabarets si l’on tient compte des clandestins, c’est-à-dire les cabarets ne détenant pas une autorisation légale d’ouverture, mais qui font tout de même la joie et le bonheur des consommateurs.

Ces chiffres donnent une moyenne de 483 personnes par cabaret même si tout le monde n’est pas amateur de ce liquide rouge. Parmi ces cabarets, il y a des noms bien connus dont la simple évocation suscite chez certains des appétits gloutons ou tout simplement les enivre.

Des cabarets tels "RPC" (Régiment parachutistes commandos) refusent du monde chaque jour que Dieu fait pour la qualité de son liquide rouge. Pour se faire une idée juste et vraie de ces milieux pleins d’ambiance.

Ici, les cabarets fonctionnent 7 jours sur 7 pour le grand bonheur des consommateurs. Dans cette ville, une pénurie d’eau ou de carburant prolongé vaut mieux qu’une rupture de dolo dans les canaris et les jarres soutiennent les consommateurs de cette bière locale.

Pour mener à bien leur mission, les cabaretières ont développé le système de location de cabarets afin de permettre à un cabaret de fonctionner 7 jours sur 7. Chaque jour de la semaine correspond à un tour pour chacune d’entre elles. Et celle-ci doit verser à la fin de la journée, la somme de 500 à 700 F CFA au propriétaire des installations.

Du dolo à gogo !

Le dolo fait partie des us et coutumes de la localité, participe du fonctionnement de la société Bwa. Il intervient dans toutes les cérémonies : Les baptêmes, les funérailles, les décès, les mariages, les offrandes aux ancêtres...etc.

Une dolotière a même laissé entendre que le dolo ne doit pas manquer même pendant la saison pluvieuse où il y a des travaux champêtres qui occupent en principe les populations.

Ces cabarets connaissent plus d’affluence les week-ends grâce aux fonctionnaires et autres employés de sociétés et d’entreprises. Ce sont des lieux pour la distraction car il y a de l’animation, de l’ambiance. Constant Kondé, instituteur souligne que c’est le week-end qu’il passe le temps au son du balafon dans les cabarets.

C’est pendant ces moments que certaines personnes découvrent les avantages et autres bienfaits du liquide rouge. Un consommateur fidèle du dolo, Edmond Coulibaly dont l’épouse en est une productrice, confie que le plaisir tiré dans la boisson, c’est surtout les relations que l’on tisse.

"Une somme incalculable d’informations, toutes sortes de nouvelles circulent dans les cabarets", a-t-il précisé. Cela prouve que ce n’est pas seulement pour se saouler que l’on fréquente les cabarets.

Karim, un client du cabaret "RPC", explique que le dolo lui permet de diluer ses soucis. Il avoue que quand il prend un "litron", c’est déjà suffisant pour ne pas aller commettre des dégâts quelque part.

S’il est bien vrai que certains comme Karim ne commettent pas de gaffes quand ils ont une certaine dose d’alcool, il est aussi vrai que les consommateurs après s’être "imbibés d’alcool", déversent toute leur ivresse sur les ténancières de cabarets.

Déçue, Pascaline Zaoua, cabaretière au RPC témoigne qu’elles sont victimes des paroles offensantes, bizarres de la part des consommateurs. "On peut te vexer par des paroles en te traitant de toutes sortes d’être ainsi que tes parents", affirme Mme Zaoua qui précise qu’elles sont obligées de ne pas répliquer sinon on dira que tu l’as chassé.

La musique, un compagnon des cabarets

A Dédougou, cabarets riment parfaitement avec sonorités du balafon. Les initiatives sont légion ; chaque dolotière met les bouchées doubles pour attirer le maximum de clientèle. Et le balafon se revèle d’une grande utilité. "La musique adoucit les mœurs" dit-on. A Dédougou, elle facilite plutôt la consommation du dolo. Entre animation musicale et calebassée de dolo, les consommateurs parlent, disent tout sans tabou.

Pour pouvoir faire face aux railleries de mauvais goûts et autres provocations, certaines cabaretières comme Pascaline optent pour la musique. "Avec la musique, je n’écoute personne ; je danse et puis c’est tout", a-t-elle fait remarquer.

La musique est aussi une des matières qui retient les clients et longuement dans les cabarets. Du balafon en passant par l’animation moderne à partir d’appareils, les cabarets de Dédougou en connaissent.

Kanwé Konaté, griot dit animer dans les cabarets depuis plus de 15 ans. Avec son balafon, il fait le tour des cabarets pour jouer sur invitation des cabaretières. "Nous créons l’ambiance et cela attire la clientèle", indique Kanwé qui affirme connaître très bien son devoir vis-à-vis des détentrices de cabarets.

Selon lui, les animations durent de 14 à 21 heures, voire 23 heures du soir en fonction de l’affluence. Cela leur permet de gagner par jour 500 F CFA et 5 litres de dolo.

Si chez les faiseurs d’ambiance, c’est presque la galère malgré le temps considérable qu’ils passent dans les cabarets, pour la mairie de Dédougou l’existence des cabarets est une bonne affaire.

Pour l’année 2004, les taxes perçues des cabarets ont été estimées à plus de 724 000 F CFA, dépassant largement les salaires annuels des différents collecteurs de la mairie. En effet, les cabaretières payent par jour la somme de 50 F CFA représentant les taxes de droits de marché. A cette taxe s’ajoute celle que perçoivent les services de recettes du Trésor qui s’élève à 20.000 F CFA par an.

Si cet argent participe au fonctionnement de la mairie (payement de ses agents), il y a lieu de se poser cependant la question de savoir ce que fait la mairie en retour pour ces cabarets afin qu’ils puissent continuer d’exister pour payer leurs taxes.

Pour de nombreuses vendeuses de cette bière locale, des interrogations subsistent dans leurs têtes quant aux différentes taxes payées régulièrement. C’est le cas de la présidente du groupement des dolotières de Dédougou, Mme Karambiri née Dao Mariam. Mme Karambiri dit ne pas comprendre pourquoi la mairie leur prélève ces différentes taxes. Elle se demande encore ce qu’on fait avec cet argent. "Beaucoup d’entre nous ne savent pas pourquoi on leur prend cet argent ?", a-t-elle martelé.

A côté de ces interrogations légitimes, les dolotières de Dédougou rencontrent de sérieux problèmes liés à la raréfaction du bois de chauffe, les difficultés d’accès aux crédits et le coût très élevé du kilogramme de mil rouge.

Actuellement les forêts se sont éloignées et le prix du bois est cher et on n’en trouve même pas, se plaint Mme Karambiri. Rappelant que les dolotières souffrent énormément pour trouver du bois, Mme Karambiri ne s’est par ailleurs pas montrée tendre à l’égard d’une certaine catégorie de clients qui ont un comportement peu honorable. « Les consommateurs qui boivent cadeau sont plus nombreux que ceux qui viennent acheter », a-t-elle regretté.

Un consommateur de dolo, Michel Bonzi conseille qu’au regard de toutes ces difficultés qui gravitent autour de la production du dolo, des mesures et des précautions s’avèrent nécessaires afin que les dolotières améliorent leurs conditions de travail et d’existence. "Celles-ci gagneraient mieux à préparer le dolo désormais par tour et par quartier, plutôt, que de se mettre toutes à le faire et tous les jours", a-t-il conclu.

Ousséni OUEDRAOGO
(AIB- Dédougou)

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