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Le Burkina Faso de Michel Kafando. Chronique d’une transition « d’exception » (12)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Michel Kafando • • mardi 2 décembre 2014 à 12h13min
Le Burkina Faso de Michel Kafando. Chronique d’une transition « d’exception » (12)

Voici venu le temps des chaises musicales à Kosyam. Des départs et des arrivées. Et du même coup, des places se libèrent permettant, pour certains, une grimpette dans la hiérarchie tandis que des chaises restent vides. Pour l’instant. Gilbert Diendéré, Damo Justin Baro et Djibrina Barry ont été les premiers à dégager. Ils étaient chef d’état-major particulier, conseiller spécial et secrétaire permanent du Conseil présidentiel pour l’investissement (cf. LDD Burkina Faso 0459/Jeudi 27 novembre 2014).

Certains départs ne sont pas publiquement annoncés, mais les remplaçants sont d’ores et déjà officiellement nommés. C’est le cas pour Gilles Séraphin Bayala promu ambassadeur, directeur général du protocole d’Etat ; il était jusqu’à présent l’adjoint de Léon Yougbaré. Bayala, qui a le grade de colonel dans l’armée nationale, mais a fait l’essentiel de sa carrière au sein du protocole d’Etat, a suivi en 2013 le Cours supérieur interarmées de défense (CSID) de Yaoundé. Ce même 27 novembre 2014, Damo Justin Baro a cédé sa place de conseiller spécial au général de division Nabéré Honoré Traoré. Du même coup, Traoré est remplacé comme chef d’état-major général des armées par son adjoint le général de brigade Pingrenoma Zagré. La journée du 27 novembre 2014 aura été marquée, également, par le départ de Sanné Mohamed Topan, directeur de cabinet du Président du Faso ; mais on ne connaît pas encore le nom de son successeur alors qu’il s’agit d’une fonction-clé à Kosyam.

La nomination de Nabéré Honoré Traoré comme conseiller spécial est l’expression d’une volonté de réconciliation de l’armée après que le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) se soit imposé au pouvoir à la suite de la démission de Blaise Compaoré le 31 octobre 2014 et que le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida se soit proclamé chef d’Etat avant d’obtenir le poste de premier ministre.

Traoré, lui, aura voulu aller trop vite trop loin, sans avoir pris soin d’occuper tout le terrain. Le jeudi 30 octobre 2014, dans une déclaration faite à l’état-major des armées, il avait « porté à la connaissance du peuple, de l’opinion nationale et internationale » la dissolution de l’Assemblée nationale et du gouvernement. Il avait annoncé qu’un « organe transitoire sera mis en place en concertation avec toutes les forces vives de la nation en vue de préparer les conditions pour le retour à l’ordre constitutionnel normal dans un délai de douze mois au plus tard ». Le couvre-feu avait été instauré sur tout le territoire national de 19 h à 6 h et il invitait « l’ensemble des populations des villes et campagnes du Burkina Faso […] à vaquer à leurs occupations dans le calme et la sérénité ». Un discours qui résonnait dans les oreilles des manifestants comme un coup d’Etat militaire.

Zida, quant à lui, bien qu’inconnu de tous, sera plus habile ; il évoquera « une grave crise socio-politique » dénouée par « une insurrection populaire » et affirmera que c’est « à la demande pressante des Forces vives de la nation » que l’armée a pris ses responsabilités (cf. LDD Burkina Faso 0441/Lundi 3 novembre 2014).

Voilà donc le général Nabéré Honoré Traoré recasé à Kosyam au nom de la réconciliation de l’armée. Une manière de faire qui a toujours été reprochée au régime précédent mais qui s’avère indispensable. On dégage en touche du côté de la présidence du Faso, ce qui libère des jobs opérationnels. Traoré, amateur de football (il a été président de la fédération burkinabè), connaît d’ailleurs la règle du jeu.

Né le 28 septembre 1957 à Diédougou, Traoré est passé par les Prytanées militaires du Kadiogo (1969-1974) et de Saint-Louis du Sénégal (1974-1977). A Saint-Louis, il obtiendra le bac. Incorporé dans l’armée le 1er juillet 1977, il étudiera à la fac des lettres de Ouaga (1977-1978) avant de rejoindre l’Académie royale de Meknès puis l’Ecole d’infanterie mécanisée de Fort Benning (Etats-Unis) en 1981-1982. Il sera alors nommé commandant du 2è bataillon d’intervention rapide (BIR) au Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô (1982-1985). Il sera aide de camp de Compaoré (1988-1989) avant de commander l’Académie militaire Georges Namoano (1989-1992). Il va suivre les cours d’état-major à Compiègne et sera directeur central des sports, des arts et de la culture des Forces armées nationales (FAN), du 12 novembre 1992 au 29 juin 2004. Ce sera ensuite le Collège interarmées de défense (CID), ex-Ecole de guerre de Paris (1er juillet 2004-30 juin 2005). Il est alors nommé directeur des ressources humaines et de la fonction militaire de la Défense le 6 octobre 2005 et commandant du groupement central des armées (GCA) le 7 juillet 2009.

A la suite des « mutineries », le colonel Nabéré Honoré Traoré sera nommé, le 15 avril 2011, chef d’état-major général des forces armées (CEMGA) ; le lendemain, il sera élevé au rang de général de brigade (et promu général de division le 30 décembre 2013). Il remplaçait à ce poste le général de brigade Dominique Djindjéré, en fonction depuis le 23 juillet 2009. C’est le mardi 19 avril 2011, alors que le gouvernement de Tertius Zongo a été dissout, que la passation de pouvoir a eu lieu sous l’autorité d’Assimi Kouanda, directeur de cabinet du président du Faso. Traoré dira alors : « Sans respect de la hiérarchie, sans autorité des supérieurs et sans discipline, il n’y a pas d’armée ».

Sauf bien sûr que les insurrections comme les révolutions sont opposées aux hiérarchies, à l’autorité des supérieurs et à la discipline. Ainsi, voici tout juste un mois, le 1er novembre 2014, le chef d’état-major général adjoint des armées, le général de brigade Pingrenoma Zagré, a dû lire une déclaration de son patron, Nabéré Honoré Traoré, reconnaissant que c’est l’armée, à l’unanimité, qui a décidé de confier le job de chef d’Etat au… lieutenant-colonel Zida, numéro deux du RSP. Repli tactique de Traoré. Nommé désormais à Kosyam, c’est son adjoint, Zagré, qui devient CEMGA.

Zagré avait été nommé chef d’état-major général adjoint des armées le 6 septembre 2012 et avait été promu général de brigade le 30 décembre 2013. Le voilà aujourd’hui, le grand patron des Forces armées nationales (FAN). Grand patron sauf, bien sûr, que son ministre de tutelle est le… lieutenant-colonel Zida, Premier ministre de la transition !

Un lieutenant-colonel au poste de premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants ; trois colonels au gouvernement, dont deux dans le carré d’as à des postes stratégiques (Administration territoriale, Décentralisation et Sécurité d’une part ; Mines et Energie d’autre part) ; un général de division conseiller spécial du président du Faso ; trois colonels-majors, un colonel et deux lieutenants-colonels siégeant au CNT parmi les quinze représentants des forces de défense et de sécurité ; un CNT présidé par le fils d’un général fondateur de l’armée voltaïque… A première vue, il y a, au Burkina Faso, des uniformes partout. Ce qui n’est pas une nouveauté dans ce pays où les régimes militaires ont été plus nombreux que les régimes civils. Mais laisse penser que ce régime pourrait être celui « des colonels ». D’autant que, dans le même temps, les leaders des partis politiques sont absents des instances de la transition (la « charte de la transition » établit que ceux qui sont là actuellement ne pourront pas être candidats aux élections de 2015 !).

Et, à défaut d’un « régime des colonels » n’est-ce pas un « clan » de militaires qui entend assurer une « trop forte mainmise sur l’appareil politique et sur le système économique » ? Je pose la question parce que ces mots « clan », « mainmise », etc. sont ceux que Yacouba Isaac Zida a employé pour définir les « maux » qui ont plombé le précédent régime. C’était à Bobo-Dioulasso, le samedi 29 novembre 2014, premier déplacement hors de Ouaga de « l’homme fort » du Burkina Faso. Qui, à cette occasion, s’est voulu rassurant : « Ceux qui doutaient de la sincérité de l’armée peuvent constater que le Président du Faso et le Président du Conseil national de la transition sont tous deux des civils. L’armée burkinabè est une armée républicaine et intègre ». Ouf… !

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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