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Cambriolage du bimensuel « Complément d’Enquête » : la SEP met le gouvernement devant sa responsabilité

Accueil > Actualités > Multimédia • • mardi 19 août 2014 à 21h33min
Cambriolage du bimensuel « Complément d’Enquête » : la SEP met le gouvernement devant sa responsabilité

Le Bimensuel Complément d’Enquête a été l’objet d’un cambriolage dans la nuit du 15 au 16 août 2014. Des individus non encore identifiés ont pénétré dans les locaux du journal situé au premier étage d’un immeuble au quartier Dapoya à travers une des fenêtres.

La porte du directeur de publication a été défoncée par la suite et du matériel a été emporté ainsi que de l’argent. Il s’agit notamment : d’une tablette, un ordinateur portable, une somme de 350 000 Francs CFA appartenant au directeur et le téléphone baladeur du journal. Ces malfrats ont fait main basse sur certains matériels de travail et pas d’autres en l’occurrence ceux de plus grande valeur marchande. Un ordinateur de marque iMAC encore dans l’emballage de près de deux millions a été laissé sur place au profit d’un téléphone baladeur. Une attitude sélective et de ciblage des objets bien curieuse qui en dit long et laisse croire que les mobiles et les intentions de ces cambrioleurs sont similaires à ceux des cas de cambriolage ces derniers temps dans les sièges de journaux burkinabè. Un membre de la Société des éditeurs de la presse privée (SEP) s’est rendu dans les locaux du Complément d’Enquête dans la soirée du samedi 15 Août 2014. Le directeur du journal, Frédéric Ilboudo et les journalistes sont moralement abattus et éprouvent une sérieuse crainte pour la sécurité de leur propre personne et celle de leurs locaux pour les jours à venir. Le journal a porté plainte et les enquêtes sont en cours.

En rappel, l’incident au siège du Complément d’Enquête vient s’ajouter à ceux antérieurs de l’hebdomadaire l’Opinion et du bimensuel l’Evènement. Les incidents sont intervenus seulement en moins d’un trimestre et sont, trait pour trait, identiques. Malheureusement, aucun de ces cas n’a encore fait l’objet d’élucidation par l’Autorité compétente en la matière. Les enquêtes se suivent et se ressemblent. Elles sont toutes restées, jusque-là, l’ombre d’elles-mêmes, n’ont jamais pu permettre d’arrêter un seul des auteurs et de faire la lumière sur ces rocambolesques et honteux cambriolages.

Cependant, l’on constate avec désolation qu’il y a une sorte de quasi laxisme des pouvoirs publics et un mépris des gouvernants pour les menaces contre l’existence de la presse et la sécurité des journalistes. En effet, si des cambrioleurs sont libres de persister dans cette atteinte à l’intégrité de la presse en récidivant dans leur actes de sabotage et de terreur morale contre la presse, il est clair que cela procède du mépris des gouvernants burkinabè en particulier pour les journalistes et leur profession qu’ils ne protègent pas suffisamment en dépit de leur responsabilité régalienne de sécuriser les institutions et piliers de la démocratie dont la presse, de même que les citoyens et leurs biens. Il y a un manque de considération et ce qui semble être une volonté sournoise de ne point secourir la presse face à la terreur et à la violence des prédateurs de la liberté d’expression et de la démocratie aux fins d’aboutir à son bâillonnement et à son silence comme peuvent l’attester certaines attitudes : Manque de célérité dans les enquêtes, indifférence devant les graves menaces contre les journalistes et leurs locaux, indifférence devant l’alerte du rédacteur en chef de L’Evènement qui dénonce de graves menaces qui pèsent sur sa sécurité et sa vie, inaction en matière de sécurité de la presse. Un fait anecdotique mais gravissime qui rend compte des risques qu’encourent les journalistes se trouve dans les propos d’un officier de police judiciaire, censé protéger le journaliste, enquêtant au siège du Complément d’enquête. A l’étonnement de son collègue que les organes soient la cibles d’attaques, répondra : « c’est parce que les journalistes parlent trop. »

Le contexte actuel de la presse burkinabè, dont les alertes ne semblent nullement émouvoir et sont classé comme de simples faits divers, rappelle celui qui a prévalu et précédé au lâche assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses quatre compagnons en décembre 1998. Plus de seize années après, la disparition du journaliste émérite n’a pas connue de suites, les auteurs et les commanditaires courent toujours. Cette disparition planifiée du directeur de publication de l’indépendant pour le simple fait de son métier qu’il exerçait dans l’indépendance et la liberté hors de toute compromission et influence en tout genre doit être le dernier crime et sacrifice commis sur l’autel des intérêts politiciens. La presse ne doit être l’otage de personne ni le journaliste comme un instrument au service de quiconque.

La SEP interpelle vigoureusement le gouvernement à prendre ses responsabilités afin que la série noire des cambriolages et tous les attentats à la liberté de la presse prennent fin incessamment et qu’il fasse de la sécurité des journalistes et de la liberté de la presse sa priorité urgente. Par ailleurs, elle se réserve le droit légitime, si rien n’est fait, d’entreprendre toutes les actions en son pouvoir pour faire entendre sa cause auprès de la communauté nationale et internationale. Au regard de tout ce qui précède, la SEP :
- Condamne énergiquement le cambriolage du siège du Complément d’enquête et réclame toute la lumière sur cet énième viol de l’espace médiatique et d’atteinte à la liberté de la presse ;
- Témoigne tout son soutien et son réconfort au directeur de publication, aux journalistes et au personnel de l’organe ;
- Proteste vivement contre le laxisme des pouvoirs publics, la banalisation et le mépris à l’égard de la presse et des journalistes face aux menaces répétées contre leur liberté et leur sécurité ;
- Exige dans les plus brefs délais les résultats des enquêtes concernant tous les cambriolages perpétrés au sein des organes de presse (L’Opinion, l’Evènement, Complément d’Enquête) ;

- Invite le gouvernement burkinabè à tout mettre en œuvre pour que cessent les attaques contre la presse et ses acteurs et que le libre exercice du métier du journalisme soit une réalité désormais sans risque pour les journalistes au Burkina Faso ;

- Appelle les professionnels des medias à redoubler de vigilance et à intégrer les réflexes de sécurité dans leur environnement au quotidien.

Ouagadougou, le 17 août 2014

Le président

Sy Moumina Chérif

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