Industries extractives : Le rapport 2011 de l’ITIE-BF passé à la loupe à Gorom-Gorom
Vendredi 18 juillet 2014. 9h, l’équipe chargée de la dissémination du 3e rapport ITIE-BF fait son entrée à Gorom-Gorom. 30mn plus tard, l’atelier peut commencer. Au nombre des participants, il y a des conseillers municipaux, des agents des services déconcentrés de l’Etat, des représentants de la société civile, ainsi que des représentants des communautés religieuses et de la chefferie traditionnelle.
Lorsque l’équipe ITIE présente le programme de travail, certains participants demandent à ce qu’on sursoit à la pause-café afin d’avancer rapidement. Toute chose qui leur permettra de pouvoir prendre part à la prière musulmane de Vendredi. Ici, l’islam est de loin la religion la plus pratiquée. Amendement accepté à l’unanimité. Mais, comme lors des précédentes rencontres, les différentes étapes sont respectées : les trois communications portant sur la présentation de l’ITIE, le processus d’élaboration du rapport, et le contenu présentation du contenu de ce 3e rapport. Puis, la phase des questions-réponses. Ainsi, les fidèles musulmans ont pu suivre la prière. Et les « ouvriers » de l’ITIE ont fait leur boulot comme prévu.
De ce rapport, l’on retiendra qu’en 2011, le l’Etat burkinabè avait déjà octroyé 604 permis de recherche, 11 permis d’exploitation industrielle, 18 permis d’exploitation semi-mécanisée, 121 autorisations d’exploitation artisanale, 46 autorisations d’exploitation de carrière. Au titre des emplois, on dénombrait 6448. Si en termes de taxes, droits de douanes, les 18 sociétés prises en compte par le rapport ont versé plus de 109 milliards de francs CFA, au titre de la responsabilité sociale des entreprises (RSE), elles n’ont contribué à hauteur de 789 millions de francs CFA.
Destruction de l’environnement et développement ne font pas bon ménage
Les questions ont porté principalement sur la sécurité des sites miniers, le dispositif de sortie de l’or du territoire national, l’influence du rapport ITIE sur les contributions des sociétés minières au titre de la RSE, la quantité d’or exploité et la teneur en minerais de la société Essakane. Sans oublier l’épineuse question de la réhabilitation de l’environnement. Sur cette question, le conseiller technique du ministre de l’environnement et du développement durable, Yssouf Ouattara s’est voulu rassurant. « On ne peut concevoir aucun développement qui va se faire par une destruction de l’environnement. Que ce soit les politiques, les programmes, les projets, il faut toujours qu’on tienne compte de l’environnement. C’est du reste pourquoi le nouveau code de l’environnement prévoit des études stratégiques dans le cadre des grandes politiques et des grands programmes », soutient-il. Et en ce qui concerne l’exploitation minière industrielle, « le cadre juridique existe à savoir les dispositions qui imposent l’étude d’impact environnemental. Le cadre institutionnel aussi existe avec la création du bureau des évaluations environnementales. Du point de vue de l’opérationnalisation des différentes mesures, il y a aussi un programme de renforcement des capacités du Bureau des évaluations environnementales qui est mis en œuvre et qui va booster l’activité de contrôle des PGS et des différents plans de réhabilitation et de fermeture des sites », assure-t-il.
200 millions à Gorom-Gorom et 200 millions à Falangoutou : l’appui d’Essakane aux plans communaux de développement
Concernant les quantités, l’on retiendra que Essakane disposerait de la plus grande réserve d’or au Burkina. La teneur est estimé 120 tonnes. Et en 2011, elle a extrait 11,5 tonnes d’or. Elle a aussi le grand nombre d’employé : 2300 emplois en 2012. Au fil des années, sa contribution est de plus en plus importante en termes d’appui à la population. Cette société minière soutient les plans communaux de développement des communes de Djibo et Falangoutou. En plus des taxes superficiaires qui sont obligatoires, elle vient de donner plus de 200 millions à ces deux communes. C’est du moins ce qu’a déclaré le 1er adjoint au maire de Gorom-Gorom, Ibrahim Yattara. Pourvu que la gestion soit saine.
Moussa Diallo
Lefaso.net
Nous avons recueilli les propos de quelques participants
Eza Bagalou, Chef de Canton de l’Oudalan
Par rapport au déroulement de cette rencontre, mon appréciation est positive dans la mesure où ça contribue énormément pour le développement des populations. Mais, en ce qui concerne les emplois, je déplore qu’au niveau d’Essakane, sur 1300, les jeunes de l’Oudalan ou même de la région du Sahel n’atteignent pas 300. Le gros lot est venu d’ailleurs. C’est dommage.
Nous sommes frontaliers avec le Mali et le Niger. Sur le plan sécuritaire, c’est inquiétant parce que les sociétés minières n’ont pas recruté des militaires de formation pour assurer la sécurité. C’est des civils sans formation. Au niveau de cette société, il fallait recruter des militaires en activité ou à la retraite. Et peut-être même être en contact avec les services de sécurité pour qu’ils soient informés, qu’ils aient des informations sur l’infiltration d’ennemis ou de sabotage parce que ça risque d’arriver même si on ne le souhaite pas parce que la pauvreté conduit à tout.
Kadidjatou Maïga/Boye, coordonnatrice provinciale des femmes de l’Oudalan et député à l’Assemblée nationale
Cette rencontre est la bienvenue. Nous souhaitons que ça soit toujours continuel parce qu’avec les informations, les gens se rapprochent, chacun connait comment ça se passe. Aujourd’hui, avec l’ITIE, les gens ont compris même s’ils n’ont pas tout compris, on a eu des exemples. Donc ça nous réconforte.
On se posait beaucoup de questions et l’ITIE a donné a donné des réponses, surtout au niveau des montants que les mines reversent à l’Etat. Il y a peu qui reconnaissaient que les mines payaient autant de taxes à l’Etat.
Maintenant, ce serait intéressant que la population connaisse où rentre leur argent. Par exemple les retombés, c’est pour les routes, les forages, les barrages. Tout ça, il faut qu’on explique aux populations pour qu’elles sachent à quoi sert l’argent reversé par les sociétés minières.
En signant les contrats, il faut tenir compte de ce que vous allez faire au niveau de la province et de la commune où vous exercez votre activité pour qu’on voit qu’il y a eu quelque chose qui est fait sur le lieu où est installée la mine. Il faut qu’elle fasse quelque chose qui est visible et participatif pour la population. En signant les conventions, il faut tenir compte d’un certain nombre de choses que la population doit avoir. Par exemple, ce qui est fait à Tambao (ndlr : la société Pan African doit construire la route et le chemin de fer), c’est bien. Pour Essakane, ils n’ont pas réfléchi à ça.
Ibrahim Yattara, 1er adjoint au maire de Gorom : « On ne peut pas dire que Essakane ne fait rien pour la population »
La rencontre est fructueuse et elle nous a apporté beaucoup d’informations que nous n’avions pas. Nous souhaitons que ces genres de rencontres continuent et se multiplient pour donner l’information aux populations pour avoir de la transparence à tous les niveaux.
En réalité, Essakane fait beaucoup mais Essakane ne peut rien sans nous. Il faut que les populations s’impliquent. Je dis cela parce que je fais partie du comité de concertation qui est présidé par le Haut-commissaire. Nous avons beaucoup discuté et Essakane a fait des concessions tout comme les populations. De toute façon, tu ne peux pas venir exploiter quelque chose et perdre. Ils sont venus pour avoir et quand ils gagnent, il faut qu’ils nous donnent quelque chose pour nos populations.
Et, ils ont réalisé beaucoup de choses. Ils y a des réalisations d’écoles, de routes, de forages... Ils ont reconstruit notre CSPS qui était complètement tombé.
Ils ont aussi financé notre plan communal de développement. Cette année, ils ont versé 200 millions au niveau du plan communal pour la réalisation des écoles, des forages et même la construction d’un marché au niveau de Gorom-Gorom. Donc, on ne peut pas dire que Essakane ne fait rien pour la population.
Les gens qui le disent ne sont jamais associés aux rencontres. Mais, il faut reconnaître qu’il faut être dans la danse pour comprendre que les mines font quelque chose. Nous avons reçu la visite des projets miniers à Gorom-Gorom ici, il n’y a pas longtemps. Ils sont passés d’abord par Essakane et ils ont vu que si toutes les mines au niveau du Burkina faisaient ce que Essakane faisaient, aujourd’hui nous étions bien partis.
Egless Ag Abeghan, Agent au Haut-commissariat de Gorom-Gorom
Personnellement, j’apprécie le déroulement de la rencontre. On ne savait pas qu’il y avait une structure aussi importante au Burkina sur la transparence dans l’exploitation minière. J’entends parler mais je ne savais pas qu’elle avait une telle importance. Ça permet à nous populations d’être renseigné sur les activités des mines. Ça rapproche plus les mines aux populations. C’est d’ailleurs ce qui est souhaitable parce que c’est d’abord la communication que cette structure est en train de faire entre les mines et les populations. Je crois que lorsqu’il y a la communication, ça entraine la paix.
Désormais, nous savons ce que les sociétés donnent aux collectivités ; nous savons leurs droits et leurs devoirs. Donc, on peut pas les accuser de ne pas faire ceci ou cela. Il y a également ce qu’ils peuvent faire tout simplement par leur propre volonté. Je pense que si la plupart de nos populations s’informent sur cette structure, il n’y aura pas de problème avec les sociétés minières.
Mais, je trouve que le nombre d’emplois est très peu. J’ai vu par exemple Pan African qui emploie environ 35 000 personnes en Sierra Léone et au Burkina, sur l’ensemble des 18 sociétés, il n’y a que 6448 emplois ! Je n’arrive pas à comprendre ça.
Propos recueillis par Moussa Diallo
Lefaso.net






