Nous sommes le  
LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : «Il n’y a rien de plus beau qu’une clef, tant qu’on nе sаit раs се qu’еllе οuvrе.» Maurice Maeterlinck

Que se passe-t-il entre Séguénéga mining S.A et les communautés dans la zone d’impact des opérations minières ?

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Mines, mineurs, miniers, énergie • • mardi 27 mai 2014 à 13h40min
Que se passe-t-il entre Séguénéga mining S.A et les communautés dans la zone d’impact des opérations minières ?

Février 2008, alors que l’agriculture constituait encore le premier produit d’exportation du pays, le premier lingot d’or sortait de la mine de Taparko et le Burkina Faso faisait timidement ses premiers pas dans le cercle des pays miniers. Entre 2008 et 2014 soit en six ans, dix mines industrielles entreront les unes après les autres en production, un record sans précédent dans l’histoire de l’industrie extractive de par le monde.

Dans la même période l’or deviendra le premier produit d’exportation du pays avec une contribution de 8% au PIB, 7000 emplois directs créés avec des centaines de milliards de FCFA de revenu pour le budget de l’Etat. Derrière ces records faramineux se cache pourtant une triste réalité.

En effet, si l’or une fois débarrassé de toutes les impuretés est d’une rare préciosité qui fait le bonheur des investisseurs dans les places boursières et autres actionnaires des sociétés minières, ce n’est très souvent pas le cas chezles communautés vivant dans la zone d’impact des mines. Et ce ne sont pas les populations de Gambo, Bakou, Tiba et Djibo dans la commune rurale de Séguénéga dans le Yatenga qui diront le contraire, elles qui ont eu le malheur d’avoir de l’or sous leurs pieds. Or convoité et actuellement exploité par Amara Mining, une société minière britannique cotée à la bourse de Londres.

Les constats :

Depuis 2013 la société Amara Mining a entrepris les travaux d’extension de la mine de Kalsaka. Cette opération a permis de mettre en valeur un gisement satellite situé à Séguénéga à quelques 22 Km du carreau-mine (Site d’usinage). Pour y parvenir, les travaux d’hercule entrepris comprenaient entre autres une route d’une trentaine de km allant du site d’usinage à Séguénéga et permettant de transporter le minerai aux fins de traitement à l’usine et l’ouverture d’une carrière. Dans la pratique, la distance séparant la carrière des habitations ne dépasse guère 50 mètres par endroits.

Le problème :

Avant les opérations d’extension, Amara Mining conformément aux exigences du code minier et aux normes internationales réalisera une étude d’impact environnemental. Ce qui voudrait dire que le projet a un impact significatif sur l’environnement. En plus une étude d’impact socioéconomique, un cadre de réinstallation involontaire ainsi qu’un plan d’action de réinstallation ont été réalisées pour dit-on guider le processus de relocalisation et d’indemnisation des personnes directement affectées par les opérations.

Si au plan juridique et opérationnel, tout était en place pour une exploitation du gisement convoitée, en bonne intelligence avec les populations riveraine, une année après le début de l’extraction, les populations affectées ne voient rien venir à l’horizon et les points d’achoppement entre populations et miniers restent les suivants.
-  Le plan d’action de réinstallation n’a pas été exécuté
-  Il existe toujours des structures d’habitat à 50 mètres de la carrière à ciel ouvert tandis que la norme recommande une zone tampon de 100 mètres
-  Déménagement temporaire des populations pour la durée de chaque abattage par dynamitage avec une prime de 5000 F.CFA par personne déplacée
-  Fissuration des murs des habitats sous l’effet du dynamitage
-  Pollution atmosphérique sous l’effet de la poussière et infections respiratoires aigues
-  Les populations n’ont pas été indemnisées (certaines personnes pour la perte des moyens de production (champs) et d’autres qui devraient être réinstallées dans des maisons clés en main selon les normes) et les lieux sacrés ont été saccagés.

Alors que le projet est à 2 mois de son échéance, les 20 premiers mois n’ont pas connu de grandes réalisations au compte des engagements pris pour la bonification des effets positifs encore moins la mitigation des impacts négatifs. La question que se posent tous les habitants de Gambo a l’heure actuelle est ‘‘ tond nan mana wanna ?? ou encore qu’allons-nous faire ?

Par la présente déclaration, le MBEJUS en tant qu’organisation de la société civile intervenant dans la zone depuis 2012 voudrait tirer sur la sonnette d’alarme et rappeler du même coup aux parties prenantes leurs responsabilités avant d’entamer d’autres initiatives plus contraignantes à travers des actions vigoureuses à venir.

Si le Ministère des Mines ne fait rien, on retiendra qu’il est responsable de la situation
Le Burkina Faso a souscrit à de nombreux engagements internationaux dont le Pacte Global pour ne retenir qu’un seul dans la panoplie d’engagements qui s’appliquent à la situation actuelle sur le terrain. En effet, le Pacte Global exige de l’Etat les obligations suivantes :

RESPECTER : l’obligation de respecter exige que l’Etat n’enfreigne en aucun cas directement ou indirectement à la jouissance à aucun droit que ce soit.

PROTEGER : l’obligation de protéger exige que l’Etat prenne des mesures pour prévenir la violation des droits par des tiers, i.e. les entreprises.

DONNER SUITE : l’obligation de donner suite exige que l’Etat adopte des mesures appropriées pour garantir la jouissance pleine et entière de tous les droits humains

Au regard des problèmes constatés sur le terrain c’est peu de dire qu’on est loin du compte.

Si Séguénéga Mining. SAne s’exécute pas, on dira qu’elle est à la fois bénéficiaire, complice et acteur de violation flagrante des droits des communautés de Gambo, Bakou et Tiba. En effet, le Pact Global dispose que :

-  Les entreprises doivent respecter les droits humains (ne pas commettre de violation de droits)
-  Les entreprises ne doivent pas bénéficier de la violation des droits humains
-  Les entreprises ne doivent pas être complice des violations des droits humains par l’Etat.

Or sur le terrain, le non-respect des engagements pris par Séguénéga Mining.SA plus d’une année après le début des opérations et à quelques 2 mois de l’épuisement du gisement finissent de faire le lit de la violation des droits dont et l’Etat et les entreprises devraient se garder.

Au niveau de l’Etat, l’usage excessif de la force (le périmètre minier est bouclé par un grand nombre de forces de sécurité) pour imposer le silence aux populations est contraire aux normes internationales en la matière. Si cette présence empêche les populations de manifester leur mécontentement alors elle entrave sérieusement la liberté d’expression et c’est Séguénéga Mining qui bénéficie de cette violation flagrante ce qui lui est proscrit par le Pacte Mondial dont les Royaumes Unies, pays d’origine d’Amara Mining, la maison mère de Séguénéga Mining. SA (filiale du britannique Amara mining) est signataire et donc qui engage sa responsabilité morale et juridique.

Dans l’hypothèse où Séguénéga mining.SA serait le sponsor de cette force présente sur le terrain, elle s’expose à une complicité grave de violation des droits des communautés. Si par ailleurs, elle n’y met aucun copeck elle n’est toujours pas à l’abri de ces violations par sa complicité passive car en cas de bavure de la part de ces forces pré-positionnées et prêtes à marcher sur des cadavres comme à Mari-canarien que pour le bonheur des shareholders de Amara Mining ici à Ouagadougou comme à Londres la encore Amara Mining aura bénéficié et profité de la violation des droits et doit être tenu responsable.

S’exécuter maintenant ou payer trop cher et trop tard

Le bras de fer entre le pot de ver et le pot de terre n’a d’autre issu que de voir le second mis en morceau. Disproportion naturelle des moyens oblige. Il y a donc lieu que Amara Mining se résolve à assumer ses responsabilités sociétales et environnementales au plus vite, responsabilités qui incluent l’exécution pleine et entière des engagements pris, la réparation des troubles de jouissance causées par ses opérations au détriment des populations et une exploitation du gisement selon les normes de sante, sécurité et environnement. Apres l’obtention du permis d’exploitation, de nombreuses sociétés minières à l’instar d’Amara Mining ignorent royalement les engagements pris vis-à-vis des communautés. Toute chose que l’Etat doit travailler à corriger même s’il hérite du portefeuille d’actionnaire dans les sociétés minières à hauteur de 10% gratuitement.

Au Ministère des Mines

A quoi sert-il de continuer à autoriser l’ouverture de nouvelles mines si on ne peut exercer la moindre contrainte sur elles pour une exploitation responsable que ce soit par impuissance ou par incapacité opérationnelle ? Dans tous les cas le Ministère doit se donner les moyens d’être aux-aguets et s’assurer de l’application stricte des règles et des meilleures pratiques d’exploitation auxquelles le code minier fait référence. Et cela ne peut se faire à travers ces missions officielles au cortège kilométrique nourries et blanchi par les sociétés minières une fois sur le terrain. En lieu et place de ces missions grasses et arrangées de longue date, il faut plutôt organiser des sorties inopinées fréquentes sur l’ensemble des sites miniers du pays afin d’en évaluer leur niveau de respects des normes in situ et de prendre les mesures requises à temps.

Dans les jours qui suivent, nous prendrons le soin d’impliquer dans notre quête de bonne gouvernance d’autres acteurs de poids au plan international ayant des tentacules allant de à bourse de Londres (LSX) à celle de Toronto (TSX) en passant par New York (NSX). Là-bas au moins, les actionnaires sont sensibles aux questions des droits humains. Et d’autres actions pourront ainsi suivre…

Le MBEJUS (Mouvement Burkinabé pour l’Emergence de la Justice Sociale )

Note* : Filiale du Britannique Amara mining

Vos commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 Articles de la même rubrique
Région du Nord : La contribution de la société Rivestone Karma SA au développement local mise en doute
Mine : Les artisans miniers et leur ministère de tutelle en concertation
SEMAFO Boungou : Des chiffres au-delà des attentes après une année d’exploitation
Exploitation minière : Le cas de Bomboré en débat à Ouagadougou
Activités minières en Afrique de l’Ouest : L’industrialisation de l’Afrique en réflexion à Ouagadougou
SAMAO 2019 : Le charbon actif au cœur des échanges
Extraction de l’or : Le Burkina lance un projet pour l’élimination du mercure
Village de Sangoulanti (Sud-Ouest) : Un site d’orpaillage ouvert en face d’une école primaire
Province du Boulgou : Des violences sur le site de la mine de Youga
Affaire charbon fin d’Essakane IAMGOLD : L’audience renvoyée en octobre à la demande de la défense
Affaire charbon fin : L’UPC exige la démission « sans délai » du ministre des Mines
Affaire charbon fin d’Essakane IAMGOLD : Douze personnes physiques poursuivies pour des faits de fraude de commercialisation de l’or
  Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter



LeFaso.net
LeFaso.net © 2003-2020 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés