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Beyon Luc Adolphe Tiao, premier ministre du Burkina Faso, « une démocratie qui marche bien » (1/2)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Luc Adolphe TIAO, Premier ministre • • vendredi 20 septembre 2013 à 15h11min
Beyon Luc Adolphe Tiao, premier ministre du Burkina Faso, « une démocratie qui marche bien » (1/2)

C’est l’événement de la rentrée au Burkina Faso. Enfin, l’événement « gouvernemental », car depuis début septembre 2013, l’actualité politique est dense. Avec la réouverture du dossier du Sénat, ce sont Bongnessan Arsène Yé, ministre d’Etat chargé des Réformes politiques, et Assimi Kouanda, ministre d’Etat, directeur de cabinet du président du Faso et patron du parti présidentiel (CDP), qui ont été sur le devant de la scène, en pare-feux du chef de l’Etat.

En cette soirée du mardi 17 septembre 2013, c’est Beyon Luc Adolphe Tiao qui va « plancher ». A la télé, dans l’émission de la RTB : « Dialogue avec le gouvernement ». Coup d’envoi aux alentours de 21 heures. 90 minutes sont prévues pour faire le tour des questions qui agitent le pays et la population. Ce sera insuffisant sans doute. Les préoccupations de la population burkinabè sont multiples et les questions nombreuses quant à la situation que connaît actuellement le pays.

Tiao a accédé à la primature alors qu’il n’était pas la personnalité la plus probable pour ce job. Journaliste de formation, il a présidé le Conseil supérieur de l’information (aujourd’hui Conseil supérieur de la communication) avant d’être nommé ambassadeur en France. Les mutineries de 2011 l’ont ramené sur le terrain burkinabè et propulsé sur le devant de la scène politique. Il prenait la suite de Tertius Zongo, lui aussi précédemment ambassadeur, qui n’avait pas démérité. Il avait imprimé un nouveau style à la primature, imprégné de ce management à l’américaine dont il était nourri. Mais avait sans doute voulu aller trop vite, trop loin.

Réduire le Burkina Faso à Ouagadougou et aux centres urbains, c’est faire l’impasse sur la ruralité de ce pays. Et l’émergence souhaitée pour 2015 – c’est-à-dire demain – semble encore plus hypothétique (et c’est un euphémisme) vue de la province qu’elle ne l’est dans les quartiers de Ouaga où les fondamentaux font encore cruellement défaut.

Il suffit de lire le dernier numéro de L’Economiste du Faso (Lundi 16 septembre 2013) pour être édifié sur les problèmes que connaît encore ce pays. « Bien sûr que tout est priorité dans notre pays, mais avec la croissance démographique, le chômage des jeunes, surtout en milieu urbain, la paupérisation des couches les plus défavorisées, nous sommes face à une urgence qui recommande des solutions appropriées et durables. Avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, nos populations sont informées et aspirent toutes à un mieux-être. Par conséquent, il n’y a que par l’emploi qu’elles peuvent s’affranchir de la pauvreté et avoir des opportunités ».

L’homme qui s’exprime ainsi n’est pas un politique mais un entrepreneur. Il s’agit de Nacoulma Birahima. Il est président du Conseil national du patronat burkinabè (CNPB). Il dit tout cela dans l’entretien accordé à Elie Kaboré pour L’Economiste du Faso. Il sait de quoi il parle. Il précise : « Chaque année, selon les statistiques de l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD), le marché de l’emploi accueille plus de 120.000 diplômés du supérieur, du secondaire, de l’enseignement technique […] Avec l’effet conjugué des difficultés d’insertion (deux, voire quatre ans de chômage), on se retrouve avec près de 150.000 demandeurs d’emplois par an ». Il dit aussi : « Si le secteur privé veut jouer son rôle de moteur de la croissance économique et accompagner le gouvernement dans les réformes visant à l’émergence de notre pays, il faut qu’il améliore sa gouvernance économique ».

Améliorer la gouvernance est une nécessité, aussi, pour le gouvernement. Gouvernance économique et administrative. Le pays, qui se vantait autrefois d’avoir une administration à la hauteur de ses ambitions, est confronté à des dysfonctionnements qui minent son efficacité et sa probité. Et ouvrent la porte à toutes les dérives. Et l’Etat n’assume plus toutes les tâches qui lui sont dévolues. Notamment la plus emblématique : l’école obligatoire et gratuite.

« Le Burkina Faso compte plus d’établissements d’enseignement secondaire privés que publics. Sur les 1.631 établissements de l’enseignement secondaire général, 893, soit 54,75 %, sont du privé. La prépondérance du privé est plus visible dans l’enseignement secondaire technique et professionnel avec 86,52 % des établissements », écrit Elia Kaboré dans L’Economiste du Faso. « Privatisation de l’éducation » que la Coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, l’impunité et pour les libertés (CCVC) a dénoncé en juin 2013.

Selon la CCVC, « de nos jours, dans la ville de Ouagadougou, plus de 93 % des établissements du préscolaire, 61,27 % du primaire, 92,30 % du secondaire, 83,83 % de l’enseignement technique et 95,65 % du supérieur relèvent du privé » (cité par L’Economiste du Faso). Germaine Birba, également dans L’Economiste du Faso, note que « l’Ecole pour tous reste encore un défi à relever par le gouvernement burkinabè. 18 % des enfants sont encore à scolariser ». Birba note par ailleurs qu’on « estime à 20 % le déficit de places assises, soit 1 élève sur 5 qui n’est pas bien assis ».

A l’université, ce n’est pas mieux. Christian Koné, là encore dans L’Economiste du Faso, note que « le gouvernement s’active à regagner la sympathie des étudiants, après les bras de fer qui l’ont opposé à cette catégorie de la population, fer de lance des revendications sociales. Les images de la visite chahutée du Premier ministre, obligé d’écourter sa tournée le 18 mars à l’université de Ouagadougou et la casse des véhicules de l’Etat fin juillet suite à la décision du Centre national des œuvres universitaires (CENOU) de fermer les cités et les restaurants illustraient le climat tendu entre les gestionnaires de l’Etat et les syndicats estudiantins ». André Batiana, directeur général du CENOU, a donc passé de très mauvais congés, contraint de remettre les cités à des normes d’accueil a peu près acceptables. Mais, comme il le dit à Koné : « Le CENOU ne peut se débiner devant sa mission ».

Le gouvernement est conscient des tensions sociales qui traversent le pays, la jeunesse comme le monde du travail, la province comme l’univers urbain. Le mercredi 19 juin 2013, le conseil des ministres avait adopté un rapport sur « les voies et moyens pour améliorer le dialogue social et juguler les crises ». A travers ce document, le gouvernement entendait mettre au point « une stratégie d’ensemble permettant de prévenir les conflits sociaux en les anticipant et les réglant dès leur naissance dans le but de contribuer à la préservation de la paix ». C’est que « les lois de l’Histoire sont plus fortes que les appareils bureaucratiques » et que l’évolution politique et sociale des Burkinabè est plus notable, jusqu’à présent, que la mutation économique du « Pays des hommes intègres ». D’où cette impression persistante qu’il y a quelque chose qui ne marche pas (ou ne marche plus) au Burkina Faso.

L’opposition et les commentateurs se sont focalisés sur la question du Sénat. Or le problème se résume en deux mots : « vie chère ». Et l’Eglise catholique, dans sa « lettre pastorale », l’a dit (cf. LDD Burkina Faso 0374/Lundi 22 juillet 2013). Le rapport sur l’opérationnalisation du Sénat a dit, lui aussi, que là où le bât blesse c’est la situation sociale. Approche méritante : le Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP) s’est soucié de l’évolution institutionnelle du pays avant de comprendre que s’il était malade (d’où les mutineries de 2011), c’était d’être pauvre aujourd’hui quand on lui promet qu’il ne le sera plus demain.

Le quotidien privé L’Observateur Paalga, dans son éditorial du vendredi 13 septembre 2013, l’a dit clairement : « Saluons […] le flair des CCRPistes, qui ont eu la lucidité d’intégrer des préoccupations sociales dans des questions éminemment politiques. Car la crise de 2011, dont le CCRP est l’un des aboutissements était tout aussi politique que sociale. La preuve : au son du cor de l’opposition contre la mise en œuvre du Sénat répondait le cri de détresse des activistes de la société civiles contre cette vie chère qui maintient 43,9 % des Burkinabè en-dessous du seuil de pauvreté ».

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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