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Des bienfaiteurs contre le développement

Accueil > Actualités > Opinions • • mardi 11 janvier 2005 à 07h49min

En 2003, les paysans du Burkina Faso ont produit un excédent en céréales de 40% (un million de tonnes) et ces même paysans sont souvent sous-alimentés et n’arrivent pas à payer la scolarité de leurs enfants. Qu’est-ce qui se passe ?

Certains de nos bienfaiteurs veulent profiter de leurs bienfaits et ce n’est pas leur problème si nous devenions de plus en plus pauvres. Mais souvent nous ne nous en rendons pas compte. Il faut que nous le sachions et surtout que nous luttions pour le développement de notre pays : une seule main ne peut pas ramasser de la farine, mais tous ensemble nous mettons le toit sur la case.

Je vous donne deux exemples. Le gouvernement américain donne en moyenne 72 millions de F CFA à chaque cultivateur de coton. C’est plus que le ministre, président du gouvernement hollandais ne gagne. Sachez bien : l’aide donnée dépend de la quantité de son coton. Donc produire toujours plus. Résultat : Les cultivateurs du Burkina (et d’autres pays pauvres) ne peuvent plus vendre leur coton à un prix convenable. Plus il y a de mil, moins est son prix. Plus il y a de coton, moins est son prix. Souvent j’ai vu l’ambassadeur d’Amérique ou son représentant à l’occasion d’une cérémonie où il est encensé pour les bienfaits de son pays pour le Burkina Faso.

Si ce pays diminuait le faste de son ambassade de 75% pour donner cet argent au Burkina Faso, cela resemblerait un peu à un bienfait. Si l’Amérique supprimait ses subsides pour seulement ces 25 000 cultivateurs, de millions de Burkinabè pourraient acheter des médicaments en cas de maladie et mettre leurs enfants à l’école. Maintenant le gouvernement burkinabè a dû emprunter 20 milliards de F CFA en une année pour rendre le commerce du coton tenable pour les cultivateurs.

Chère Amérique, tu es la plus forte ; pour augmenter tes richesses tu nous enfonces dans la pauvreté. Merci.
Le deuxième exemple me fait honte car je suis catholique. Le Cathwell est une organisation catholique des évêques des USA. Le surplus du riz en Amérique est envoyé comme don au Cathwell. L’Amérique compte ce don dans son aide au tiers-monde. Une année, cathwell a vendu du riz pour un 1,5 milliard de FCFA au Burkina. On appelle ça monétisation. Avec cet argent, ils paient le fonctionnement, salaires, perdiems, tournées en patrol 4 x 4 (source abc Burkina). Parce que c’est un don, ils peuvent le vendre à n’importe quel prix.

Le cultivateur burkinabè de riz ne peut pas leur faire concurrence. Des centaines de tonnes de riz restent dans les magasins des cultivateurs burkinabè qui ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école et ont une lourde dette.
Même dans les journaux vous pouvez voir des photos où les gens reçoivent des dons et surtout remercient ces types qui enfoncent nos cultivateurs de riz dans leur pauvreté. Dans la coopérative de riz de Bazon, 20% des membres se sont enfuis. Drôle de bienfaiteurs : le plus fort à raison, même s’il a tort. J’ai même entendu dire que ce riz est exonéré des taxes de douanes, car don au peuple.

Quatre mille tonnes d’huile ont été encore "données" pour "aider" le Burkina. Valeur : 1,7 milliard de FCFA. Nous produisons notre propre huile, huile SN Citec des graines de coton et huile d’arachide souvent produite par les femmes. Et il y a encore des Burkinabè qui ne savent rien de cette manière de nuire à nos paysans et paysannes, et qui remercient avec beaucoup de salamalecs les auteurs égoïstes qui empêchent notre développement. Ne jamais acheter de riz américain c’est le moins qu’on puisse faire pour nos producteurs de riz, pour le développement de notre pays.

Il y a une dizaine d’années, j’étais à Tema Bokin. Le Cathwell avait donné 100 sacs de 25 kgs de farine de maïs pour les pauvres (valeur : deux millions de FCFA). Un jour, deux personnes sont entrées dans mon bureau. Elles étaient du Cathwell. Elles venaient inspecter les magasins de la mission et la comptabilité de ses 100 sacs : date, donné à qui, pourquoi, nombre de kilos. Elles venaient de Ouagadougou avec naturellement une Patrol et un chauffeur 200 km aller-retour. Je leur demandai s’ils n’avaient pas honte de faire tant de dépenses (voiture, salaires, perdiems) pour cette inspection. Ils étaient visiblement étonnés d’une telle attitude de la part d’un bénéficiaire de leur générosité. J’ai ajouté : vous ne m’avez pas demandé un rendez-vous et que je n’ai en ce moment pas le temps de vous recevoir.

En tout état de cause, vous n’entrerez jamais dans le magasin de la mission, où se trouve beaucoup de choses et quelques pauvres sacs de farine américaine restants. Ensuite je leur ai demandé de quitter mon bureau et j’ai souligné que je n’étais pas colonisable par des "dons". Au revoir Madame, au revoir Monsieur, et je retournai à mes occupations.
Le principe d’aide au développement au Burkina Faso : consommer burkinabè.

Bonne nouvelle : A Ouaga j’ai vu des pancartes : Ici vente de bon riz du Sourou.

F. Balemans
B.P 332 KOUDOUGOU

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