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Jacques Bonjawo, PCA de l’UVA : "L’éducation est le fer de lance de tout développement"

Accueil > Actualités > Multimédia • • mercredi 5 janvier 2005 à 07h26min

Président du Conseil d’administration de l’Université virtuelle africaine (UVA) et auteur de "Internet, une chance pour l’Afrique", Jacques Bonjawo, 42 ans est né à Yaoundé et vit à Redmond, une banlieue de Seattle.

Après de grandes études en France, aux USA, Jacques Bonjawo a fait escale dans de grandes boîtes comme Bull, IBM, Philipps avant d’atterrir à Microsoft où il occupe actuellement les fonctions de responsable de l’IT Academy en Afrique, un programme nouvellement créé pour permettre aux institutions d’enseignement supérieur de se doter des moyens de former leurs étudiants aux TIC. Il est ici interrogé sur l’Université virtuelle africaine (UVA).

Q. : Qu’est-ce que l’UVA et dans quel contexte a-t-elle vu le jour ?

Jacques N. BONJAWO (J.N.B) : L’Université virtuelle africaine (UVA) est un système d’enseignement à distance dont l’objectif principal est de former des milliers d’étudiants africains par les moyens technologiques de l’information et de la communication. Elle a été créée en 1997 à partir de la Banque mondiale. L’idée était simplement de trouver une alternative fiable aux problèmes d’éducation cruciaux qui minent les institutions africaines afin qu’un très grand nombre d’étudiants africains puissent bénéficier des mêmes études que leurs collègues occidentaux.

Q. :Qu’en est-il de son existence au Burkina Faso ?

J.N.B : Il y a moins d’une année que le premier centre a été créé à l’Université de Ouagadougou. C’est d’ailleurs un centre qui se porte bien et j’espère qu’il ne sera pas le dernier centre.

Qui peut fréquenter l’UVA et dans quelles conditions ?

J.N.B : L’Université virtuelle africaine a pour vocation de couvrir l’Afrique entière. Naturellement ce n’est pas tout le monde qui va à l’école. Mais nous suivons essentiellement ceux qui, par exemple, ont obtenu un Baccalauréat mais qui n’ont pas pu être accueillis dans les universités de type traditionnel soit par manque de moyens financiers, soit encore ces universités n’ont pas de capacités d’accueil. Donc l’Université virtuelle est tout à fait l’alternative est plus avec le système satelitaire qui est au centre de ses méthodes d’enseignement, elle peut couvrir un grand nombre d’étudiants à moindre coût.

Q : Quelles sont les possibilités pour créer un centre de l’UVA ?

J.N.B : C’est très simple. D’abord il faut disposer d’une salle de classe avec une vingtaine d’ordinateurs en moyenne connectés à Internet à partir du satellite et ensuite, il faut avoir d’autres dispositifs tels que des écrans numériques, un tuteur pour faciliter les cours entre les élèves et les professeurs qui sont basés au Nord. En dernier ressort, il faut en faire une demande formelle auprès du siège social qui se trouve à Nairobi.

Q. : Quels sont les modules de formation proposés à l’UVA ?

J.N.B : Pour le moment nous avons trois modules. Le premier c’est l’informatique. Nous avons aussi le module sur le business et nous avons enfin le module sur le journalisme. Mais nous n’entendons pas nous contenter de ces trois modules. Nous voulons bien pouvoir graduellement augmenter le nombre de cours et de modules.

Q. : Que peut attendre de l’UVA, un étudiant qui aimerait y aller ?

J.N.B : Ce que peut attendre un étudiant, c’est d’abord une formation pratique. Vous savez, il y a une espèce d’inadéquation entre la formation classique et le marché de l’emploi. Donc l’UVA vise à combler cette espèce de garde. Elle vise à rendre l’étudiant immédiatement opérationnel au terme de sa formation. De ce point de vue, l’étudiant peut donc s’attendre à un diplôme ou un certificat au bout de son parcours, lequel lui garantit pratiquement un emploi parce que cette formation est très prisée sur le marché du travail.

Q. : Revenons à vos responsabilités à Microsoft, est-ce que vous pouvez nous en éclairer davantage ?

J.N.B : J’ai fait six ans chez Microsoft au siège social à Seattle aux Etats-Unis d’abord dans la fabrication des logiciels. J’étais manager c’est-à-dire un animateur d’ équipe pour la fabrication de logiciels, je dois dire que parallèlement je m’intéressais aussi à titre bénévole à l’éducation en Afrique où je pensais que je pouvais avec d’autres mettre la puissance des technologies de l’information et la communication au service de l’éducation. C’est sur cette lancée que je me suis fait élire président du Conseil d’administration de l’Université virtuelle africaine qui a été créée par la Banque mondiale.

Dans la foulée, j’ai pensé qu’il était temps après six ans de fabrication de logiciels de changer de cap. En d’autres termes, de me placer du côté de l’utilisateur en l’occurrence l’étudiant africain. Je me suis donc proposé de relever le défi de l’ éducation en acceptant une autre démarche de Microsoft qui consiste à couvrir 45 pays africains et y apporter un programme éducatif sur la base des nouvelles technologies de l’information. En résumé, j’ai eu une double casquette. Dans un premier temps, fabricant de logiciels et dans un deuxième temps, les mettre à la disposition des utilisateurs en particulier des étudiants africains.

Q. : Vous avez publié un livre « Internet, une chance pour l’Afrique ». Qu’est-ce qui explique ce titre ?

J.N.B : Je pense que l’Internet représente une chance pour l’Afrique. Il faudrait d’abord faire une espèce d’état des lieux. Vous savez, les questions de développement sont assez complexes. Il y a très longtemps, voire 50 ans que les dirigeants africains essayent de trouver des solutions aux problèmes du développement. Il faut nettement constater que cela a été un fiasco. Je pense alors qu’il est temps de casser le système et de faire intervenir un nouveau paradigme. Et à mon avis, ce nouveau paradigme est de pouvoir saisir l’opportunité que nous offre l’avènement des technologies de l’ information et de communication pour pouvoir favoriser notre développement.

Je pense que l’Internet est l’un des volets assez pertinents de cette évolution. Par exemple lorsque j’écrivais le livre auquel vous faites allusion, je pensais que j’étais trop opportuniste quant à l’utilisation des téléphones cellulaires en Afrique. Deux ans après la publication de ce livre, je me rends compte qu’il y a vraiment une explosion de cellulaires en Afrique. Les Africains ont plus de cellulaires que personne n’aurait pu le prévoir. I

l y a par exemple le Bangladesh où il y a des femmes pauvres et qui dans le cadre d’un projet ont trouvé une solution économique viable c’est-à-dire qu’elles ont pu créer un business qui consiste à acheter les téléphones portables et ensuite les louer à leur tour à des utilisateurs moyennant des sommes qu’on peut trouver dérisoires mais qui ont un impact sur leur vie et la vie de leur famille. C’est là une utilisation pertinente des technologies de l’information et de la communication.

Q. : Le président Wade dit que la promotion des NTIC en Afrique passe nécessairement par la mise en place d’un fonds de solidarité numérique. Qu’en pensez-vous ?

J.N.B : Je dois d’abord dire que j’ai travaillé avec le président Wade sur son fonds de solidarité numérique. Ce qui est un honneur. Naturellement j’ai travaillé parce que je pense que c’est une bonne idée. Le fonds de solidarité numérique, il faut bien le comprendre c’est le volontariat. Cela signifie que toute personne en Occident par exemple qui va dans un magasin pour acheter un équipement informatique peut y laisser un euro ou un dollar de plus pour que cet argent aille au fonds de solidarité numérique. Et encore une fois je le répète, c’est volontaire. Qui plus est le président Wade lui-même a montré l’exemple en y mettant initialement de l’argent.

Je pense que c’est un geste très symbolique dans la mesure où très souvent on nous reproche de tendre la main sans pouvoir faire un effort nous-mêmes. L’important est que ce fonds ne fait du mal à personne c’est-à-dire que c’est un fonds où on peut y mettre de l’argent si on veut et en revanche si on ne veut pas on a le droit de ne pas y mettre de l’ argent. Quel que soit ce qu’on récolte, je pense qu’en dernière analyse, cela va être utile à l’ Afrique.

Q. : Pour vous qu’est-ce qui retarde l’appropriation par les Africains des technologies de l’information et de la communication ?

J.N.B : Evidemment, il y a le problème d’infrastructures qui est le plus crucial. Ça coûte cher de mettre sur pied des infrastructures comme par exemple les lignes téléphoniques, le câble optique, le système ADLS que le Sénégal a par exemple pu s’octroyer. Mais il faut un volontarisme politique pour commencer. Il faut que nos dirigeants donnent le ton en indiquant que les technologies de l’information et de la communication aujourd’hui dans la nouvelle économie sont au cœur du développement. Elles sont incontournables. Les obstacles ne sont pas insurmontables. Il y a des moyens pour contourner ces obstacles, je pense notamment au système sans fil qu’on dit War connection.

C’est un système qui est très adapté en Afrique notamment dans les régions rurales. Donc il ne serait pas nécessaire d’aller mettre des fils téléphoniques dans toutes les zones rurales. On peut adopter un système alternatif comme celui du téléphone sans fil. C’est d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrit la logique du système cellulaire. Par exemple dans des pays comme le Nigeria, il y a plus de cellulaires que de téléphones fixes parce que simplement c’est plus rapide d’obtenir un cellulaire qui est encore plus pratique.

Q. : Qu’est-ce qui explique en réalité ce grand engagement de votre part dans le domaine de l’éducation sur le continent ?

J.N.B : Je crois que vous mettez le doigt sur une question essentielle d’autant plus que le dixième Sommet de la Francophonie a eu comme thème central : le développement durable. Et pour moi, il n’y a pas de développement durable sans passer par l’éducation. L’éducation est le fer de lance de tout développement. En tout cas dans ce monde du 21e siècle, elle est tout à fait incontournable. Je dirais alors sans aucune prétention que mon action avec celle des autres est au cœur du système de développement. En se référant même à la démocratie, il faut que les gens soient bien éduqués pour pouvoir comprendre pourquoi ils doivent voter et pour qui ils doivent le faire. Il faut également que les gens soient bien éduqués pour pouvoir trouver un emploi, bien faire leur travail et se développer soi-même.

Q. : Pensez-vous que l’Afrique saura profiter de cette chance que lui offre l’Internet ?

J.N.B : Je tiens d’abord à dire que l’Internet n’est pas la panacée ou le sésame du développement. L’Internet permet en revanche d’accélérer un système mis en place au préalable. C’est-à-dire qu’il faut créer un cadre, notamment les cadres juridiques, scientifiques pour pouvoir permettre à l’Internet d’accélérer le processus. Il n’est qu’un facteur du développement quand bien même il reste un facteur accélérateur. Nous avons pris tout à l’heure l’exemple du téléphone cellulaire, je pourrais prendre un autre exemple qui me tient à cœur, c’est celui de l’Université virtuelle en son volet de l’accès au système de bibliothèque universelle.

En prenant par exemple le cas d’un étudiant en médecine à l’Université de Ouagadougou, qui a besoin d’un document dont la bibliothèque de l’Université ne dispose pas, il y a une solution qui est celle du campus numérique. En effet, cet étudiant peut se rendre au campus numérique et se connecter à partir de l’ Internet aux bibliothèques numériques qui sont du reste des bibliothèques réelles à travers le monde sauf que le support est numérique. Toujours est-il que, une fois qu’il est connecté, il aura accès à toutes sortes de documentations très souvent gratuites qu’il pourrait imprimer et qui deviendront des documents réels ou traditionnels. Je pense que cet exemple vous montre à quel point l’Internet est en train de révolutionner le monde et l’université africaine.

Entretien réalisé par Ismaël BICABA (bicabai@yahoo.fr)
Sidwaya

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