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<I>Droit dans les yeux</I> : "Merci, Mme Naré !"

Accueil > Actualités > Opinions • • mardi 28 décembre 2004 à 05h44min

Madame Christine Naré, directrice du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou a dit : "Notre hôpital n’est pas un mouroir" ! (in "Le Pays") Pourquoi la directrice tient-elle ces propos ? Quand je parle de ma maison, je ne dis pas : "Ma maison n’est pas une maison de voleurs" !

Si je le dis, cela fait penser qu’il y a des voleurs dans ma maison ; que cela soit vrai ou faux en réalité ou en supposition "L’hôpital Yalgado n’est pas un mouroir" Il y a environ cinq ans, un seul de mes collègues a été conduit à Yalgado. Il devait y aller car c’était le seul endroit où il pouvait être traité et sauvé à Ouagadougou. Il avait eu une crise cardiaque. Après plusieurs heures d’attente, il a été traité, mais il est sorti de l’hôpital, après sa mort, le même jour. Je ne prétends pas qu’il aurait survécu si les heures d’attente avaient été des minutes d’attente.

J’admire Madame Naré : elle nomme certaines choses par leur nom. Comme cette enseigne à l’entrée de Yalgado : "Faites attention à la corruption" : c’est un premier pas vers la lutte contre la corruption.

Merci Madame Naré, et bon courage, parce que vous n’aurez pas la vie facile dans cette lutte : aller à contre-courant n’est pas facile. Ça se voit à l’hôpital de Koudougou. Parce que là-bas, ce n’est pas la joie. Des mesures ont été prises qui semblent amoindrir les difficultés des malades et d’autres qui rendent la corruption plus difficile pour le personnel. On constate cependant une opposition de la part de certains membres du personnel.

Dans certains cas, il y a des médicaments gratuits pour les malades, mais parfois, ces médicaments sont vendus aux malades à prix réduit, sans reçu, naturellement.

L’infirmier, monsieur Kagone, appelle cela "aider les patients" ; le patient reçoit des médicaments à un prix réduit, et monsieur Kagone reçoit quelque chose : deux personnes aidées. En défendant cette pratique, Kagone, étant militant syndical, défend en même temps ses camarades. Il appelle cela de "l’aide", moi j’appelle cela de la "corruption".

"Les non salariés devraient-ils voler les salariés ?"

L’autre jour, un accompagnateur d’un malade est venu me demander de l’aide pour acheter de la nourriture pour lui et pour son malade. Je lui ai demandé s’il était venu à l’hôpital sans argent. "Non, disait-t-il, mais j’ai dû acheté des médicaments et mon argent est fini". Je lui ai demandé le reçu des médicaments, mais il ne l’avait pas ; il ne pouvait pas le demander car l’infirmier, un certain Valentin Singbeogo, l’avait aidé en lui fournissant des médicaments qui coûtaient moins cher qu’à la pharmacie. On ne peut quand même pas demander un reçu à quelqu’un qui vous aide.

Mais pire encore, il y a des gens qui défendent ces actes illicites, disons clairement, ces vols, cette corruption, prétextant que le salaire du personnel à l’hôpital est vraiment minable.

De plus, on peut parfois être en difficulté : votre enfant est gravement malade, vous n’avez pas d’argent, les médicaments nécessaires ne sont pas à l’hôpital. L’infirmier Joseph Bambara trouve qu’on est alors bien obligé de chercher les médicaments d’une autre manière. Monsieur Bambara, j’espère que demain, votre moteur sera volé par un père de famille qui a absolument besoin d’argent pour faire opérer sa femme : c’est une question de vie ou de mort. Je pense, mais je ne le sais pas, que dans un tel cas de figure vous ne pourriez en vouloir que partiellement à ce voleur.

D’ailleurs, l’infirmière, Kansolé Florence se demande pourquoi lutter contre les pratiques illicites. La corruption est présente dans tout le système de la Santé Même au ministère, la corruption se pratique, selon elle. Alors, si en haut lieu on arrondit les fins de mois, pourquoi réagir à Koudougou ? Il faut d’abord commencer en haut lieu.

Depuis plusieurs mois déjà, la presse parle de l’hôpital de Koudougou et je m’en réjouis. Je vois qu’il y a des gens honnêtes dans le pays des hommes intègres (mais cela je le savais). Il y a des hommes qui réagissent contre la fraude. C’est une lueur d’espoir pour un futur plus rayonnant du Burkina et surtout pour nos enfants. La lutte contre la corruption est une lutte pour le développement. J’espère que de moins en moins de personnes osent défendre la corruption avec comme motif le salaire minable. Et ceux qui n’ont pas de salaire, c’est-à-dire 85% de la population, devraient-ils donc voler les salariés ?

Une lueur d’espoir : les choses bougent à l’hôpital Yalgado de Ouagadougou : merci madame Christine Naré ! A l’hôpital de Koudougou, ça chauffe. Bon courage.
Consommons le riz du Burkina.

Bonne nouvelle : Malgré sa politique controversée, Hermann Yaméogo est traité justement et on n’a pas levé son immunité parlementaire.

F. Balemans
BP 332 Koudougou
Tél. 76 64 64 09

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