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Il était une fois le Faso...

Accueil > Actualités > Opinions • • vendredi 17 décembre 2004 à 07h11min

Maintenant que le mur est tombé à Berlin, je peux vous le dire aujourd’hui. Autrefois, quand j’entendais prononcer le mot PAl, je tremblais de toute ma carcasse et je faisais dans mon froc. Pourtant, de PAl, il n’en existait nulle part. A l’époque on parlait plutôt de LIPAD, une sorte d’association qui s’était donnée pour tâche de réfléchir aux problèmes de développement.

Une association comme il y en a des tas de nos jours. Mais les deux mots accolés, LIPAD-PAl, me donnaient froid au dos. A mon corps défendant, les intellos du G12-RDA m’avaient convaincu que derrière cette association, la LIPAD, se cachaient des agents communistes. Pas du genre Sassou N’Guesso, caviar, champagne, gourmettes en or, cheveux gominés et costumes Pierre Cardin. Non, des communistes purs, durs et sûrs.

Et dans mon esprit, le communisme renvoyait instinctivement aux SS, aux Khmers Rouges, aux Viet-minh, au goulag, à l’affreux Kim Il Sung et son pendant albanais, Enver Hoxha. Le G12 nous disait encore que la LIPAD-PAl voulait faire venir les Russes et les Chinois de Pékin, qui allaient raser nos églises et nos mosquées. Des Russes et des Chinois ? Ces gens qui ne croient pas en Dieu ? Non, pas de ça ici, dans la « Fière Volta de nos aïeux ». Sus aux rouges.

Assurément le PAl faisait peur au bon vieux temps de la clandestinité, où tous les péchés de Moscou lui étaient imputés. Y avait-il une grève de fonctionnaires qui se profilait ? La LIPAD ! Ouaga se réveillait-il avec des tracts jonchant le sol ? On pointait vite un doigt accusateur vers ZAP (Zoungrana Ali Pascal) et ses amis. Puis le mot PAl revenait dans les conversations, en aparté et à voix basse. Au bon vieux temps de la clandestinité, le PAl était le monstre du Loch Ness, une sorte « d’homme invisible », responsable de tous les mauvais coups de la cité. Présent partout et nulle part à la fois.

Des loups portant des masques d’agneaux

Ah, le bon vieux temps de la clandestinité ! C’est un peu loin déjà, mais c’est comme si c’était hier. En ce temps, le ministre Seydou BOUDA, la députée Fatou Diendéré et le président Gilbert Ouédraogo allaient encore à l’école. La députée Saran Sérémé était-elle seulement née ? Les gens de la LIPAD, peut-être bien que leur truc était effectivement l’agitation souterraine.

Mais à la vérité, il convient de leur rendre justice dans un domaine précis : on ne leur connaissait pas de vice affiché. Pas portés sur la bière. Pas portés sur la brochette. Pas portés sur... sur rien du tout (Bonjour, monsieur Bado !). Même pas la simple cigarette. Ce n’était pas non plus des frimeurs, ce qui n’est pas peu dire à une époque où le nec plus ultra des intellos et assimilés consistait à faire la fête les "samedi - soir" à la "Cabane Bambou" ou au night-club de "Chez Ricardo" à Ouaga - rive droite.

Comble de l’ascétisme, certains des LIPADeux, qui occupaient pourtant des postes prestigieux dans l’Administration, délaissaient les berlines Peugeot 504 de service pour enfourcher la bicyclette. Je revois encore le docteur Roger Tall ou Arba Diallo, actuel directeur général de l’UNSO, remontant l’avenue Dimdelobsom à coups de pédales. Marketing politique ?

Ceux du G12-RDA n’arrêtaient pas en tout cas de nous prévenir : « ...attention aux LIPADeux, ce sont des loups qui portent des masques d’agneaux ». Que la LIPAD-PAI faisait peur au bon vieux temps de la clandestinité, sous les premières Républiques ! Mais nous avons tout de même passé de bons moments. Les grèves, les tracts, les meetings à la Bourse du Travail et Soumane Touré superstar - sacré Soumane Touré ! Comme il savait parler aux travailleurs ! Comme il tenait bien son monde !

Et pendant qu’il "chauffait" la foule, Philippe Ouédraogo n’était jamais bien loin. Adama Touré non plus. Ainsi semblait être la division du travail. A Soumane Touré les travailleurs. A Philippe la haute Administration. A Adama Touré les...les...les PMKlistes. Ils sont bien naïfs ces CDR de première jeunesse qui, en août 83, croyaient que la Révolution est arrivée comme ça, soudainement, comme d’un coup de baguette magique.

Les hommes du PAI ne sont pas des khmers noirs

Et la Révolution vint et passa. Vint ensuite la Rectification. Puis La Baule. Les temps ont passé. Le PAl joue à présent à visage découvert. Et on se rend compte d’une chose : ce que les Ignace Kalmogho, Georges Sanogo, Mamadou Simporé, Paul Ismaël et autres nous avaient dit n’était pas tout à fait la vérité. Non, les hommes du PAl ne sont pas des hyènes à deux têtes.

Non, les hommes du PAl ne sont pas des Khmers noirs. Philippe Ouédraogo est plutôt bel homme. Bon chic, bon genre, fringant dans ses ensembles tergal, c’est le genre de garçon que les mères de famille aimeraient bien avoir comme gendre. Soumane Touré, je le vois parfois trônant au perchoir quand Roch Christian Kaboré ou Marc Yao sont allés voir ailleurs. Il a quitté les blousons à "fermeture éclair" pour le bazin brodé, mais il a toujours son éternel air d’étudiant de Dakar-Fann et ne peut être franchement méchant. Mais selon les nouvelles en provenance de l’hémicycle, il garde encore des restes de "malcause". Adama Touré est ce qu’on pourrait appeler un rat de mosquée, assidu aux « douas du 7e jour » et aux autres cérémonies religieuses. Avec son allure un rien Afghan, je le verrais bien, Imam de Dassasgho.

On peut avoir l’esprit taliban et être communiste. Non, les communistes du Volta - Faso ne sont point des Khmers noirs. Il y a aussi que le communisme n’est plus ce qu’il était. La faute à ce Gorbatchev qui est venu troubler l’ordre des choses avec sa foutue Perestroïka, semant le désarroi chez les « Prolétaires de tous les pays ». Exit l’Union soviétique. Exit Berlin - Est. Exit la Yougoslavie. Exit la Tchechoslavaquie. Exit l’Albanie de l’ULC. Exit Ceaucescu et Madame. Fidel CASTRO et Kim Il Sung n°2 plient et vont rompre bientôt. Exit tous les parrains. Les "camarades" du monde entier sont aujourd’hui de pauvres orphelins.

L’oncle Sam et son dollar ont raflé toute la mise. Malheur aux vaincus. FMI pour tous et à gogo. Ainsi finit la guerre froide, poussant les clandestins de tout poil à sortir du bois et à jeter l’éponge. Mais au Burkina, nous avons encore notre PRCV. S’il ne doit rester qu’un seul, ce sera celui-là. Comme jadis pour le PAl, que n’a-t-on pas entendu sur le PRCV ? Que ne continue-t-on pas d’entendre ? Et des noms circulent au nombre desquels d’illustres animateurs de la société civile. Sont ainsi fréquemment suspectés : M.K., F.N., P.T., L.O., B.T., etc.

Comment peut-on identifier formellement les militants d’un parti qui n’a pas d’existence légale ? Voici la quadrature du cercle. Mais le jour où nos chers "Voltaïques" laisseront tomber le masque, le jour où "Bougpanrga (1)" descendra au "Pays des hommes intègres", on verra bien qu’ils sont tous beaux et tous gentils. Parce qu’il est écrit qu’il n’y aura point de Sukhoï dans le ciel du Faso. Dieu le veut et il en sera ainsi. Les joujoux qui tuent, c’est pour les barbares d’ outre- Léraba.

Charles Guibo

NDLR = Bougpanrga (1). en langue mooré, désigne des étincelles de feu. Passe pour être l’emblème du PCRV et le titre de son organe de presse.

Observateur Paalga

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