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Lettre ouverte au Père Balemans :"Cette fois, mon père, c’est moi qui vous bénis"

Accueil > Actualités > Opinions • • jeudi 16 décembre 2004 à 12h06min

La rubrique "Droit dans les yeux" animée par le Père Balemans dans le quotidien "Le Pays" traite de sujets d’actualité dignes d’intérêt. Dans cette lettre ouverte, André-Eugène Ilboudo revient sur certains faits, qui constituent des réalités vécues au quotidien.

Bien sûr que, comme tout le monde, votre rubrique « Droit dans les yeux » s’impose à moi chaque semaine. Je commence toujours votre rubrique par la fin, et je me retrouve, « coincé dans mon confessionnal » quand vous annoncez, inlassablement, la bonne nouvelle : « Consommons burkinabè ».

Quand vous prêchez (dans le désert ?) au gouvernement sa responsabilité de protéger nos agriculteurs, dans le n° 3267 du « Pays », je suis heureux doublement. Non seulement cela me disculpe de ma propre responsabilité, puisque je ne partage pas le pouvoir avec eux, mais surtout cela m’absout, car je peux continuer à consommer « ce que je veux » sans être mis à l’index.

Mais franchement je me sens pécheur parce que, ne serait-ce que par intention, du fait de mes études, ou par mes actes, je confesse qu’il n’y a jamais de « choix gratuit ». En effet, si je choisis de boire le bouillon familial assaisonné au cube maggi à la place du soumbala, prosaïquement, je choisis d’enrichir une multinationale au lieu de permettre à la bonne femme de mon village de vivre dignement.

Et je ne parle pas de cette « megd’ » qui ruine ma santé. Si je choisis de communier au riz importé, récolté il y a une dizaine d’années, dont on a maintenu le stock à coup d’insecticides et autres produits chimiques, qui sent même après la cuisson (Pouah !), je choisis de laisser mourir de faim l’étudiant qui s’est installé à Bagré pour enrichir un commerçant, véreux dirait cet étudiant du haut de ses 25 ans, qui est allé récupérer un riz qui, de toutes les façons, était destiné à être jeté à la mer.

Et tout cela, c’est ma très grande faute ! Mais à ma décharge, c’est la faute de la femme que le Bon Dieu m’a donnée et que vous m’avez mariée. Mais sans le moindre rire, et c’est vrai, je n’ai plus besoin de faire des enfants, mais comme je ne suis pas un curé, je tiens à garder ma chose, en bon état... d’érect... tout de même ! et je ne vais pas m’empoisonner avec un vieux riz de dix ans, parce que le prix est dopé.

Bon sang ! C’est vrai que partout, plus un gouvernement peut empoisonner le maximum, tout comme s’il peut mal scolariser les enfants des autres, plus il a la paix. Mais moi, je ne me prête pas en agneau pascal ! Eh bien Père Balemans, je souhaite que votre « Droit dans les yeux » se termine toujours par des exhortations précises et qui engagent ma responsabilité, notre responsabilité individuelle.

Du riz burkinabè dans tous les plats

Par exemple, demander au ministre de la Défense de servir nos garnisons en riz burkinabè en lieu et place du riz importé. Demander à tous les établissements qui ont un internat de faire un effort pour acheter le riz burkinabè pour leur cantine au lieu du riz importé. C’est vrai qu’un étudiant, qui galère à Bagré, n’a pas de commissions à donner, mais Dieu revaudra, au jour dernier !

Demandez de doter toutes les cantines et autres gargotes d’au moins 60% de soumbala pour la sauce et de 40% de cube maggi. Demandez à chaque fonctionnaire burkinabè qu’au moins une ou deux fois par semaine, sa sauce ne contienne aucun cube maggi. C’est précis et « concret », et c’est à chacun de choisir son effort propre à accomplir.

Mais je comprendrai le refus. Car c’est le pauvre qui fait toujours le mauvais choix. Quant à la question du goût, elle s’apprend par l’éducation. Mieux que moi, vous savez qu’un bon fromage pue plus que le soumbala. Eh pourtant !

Par exemple, tout en félicitant les ministres de la culture et de l’Information pour l’imposition, dans le bon sens s’entend, de notre musique à la télévision, vous pourriez suggérer à notre ministre mondial de la culture de ne s’habiller désormais qu’avec du tissu de chez nous et cousu par nos tailleurs. Surtout qu’il est aimé de tous, surtout de Pathé 0’.

Eh bien, les mauvaises langues diront que c’est sans originalité, qu’il copie N.C. Somda. Bref qu’avec son teint calebasse, il est mieux en smoking qu’en « bazag lobg m sinfu ».

Et tuti quanti ! Gandaogo, Smarty et Mandoé, lif Naaba, toujours de noir vêtu, marchant pieds nus, façon Ghandi, nous attendons qu’après tant de belles mélodies, ils créent leur propre look, en FDF, et s’ils ne peuvent pas s’offrir un styliste de renom, qu’ils voient mon tailleur sur l’avenue Kanazoé, vers Naab raaga.

Quand le PF, lors de certaines réceptions, quitte son costume cravate, pour s’habiller en vrai prince de chez nous, je sais qu’il épate plus d’un jeune. Avez-vous remarqué que le jeune qui joue à « son excellence », lui, a choisi l’habit du prince du terroir au lieu du veston ?

La singerie nous ruine

En un mot, chaque star a ce petit quelque chose qui le distingue. Imaginez Manu Dibango ou Fabien Barthez, avec une touffe de cheveux sur la tête, Michael Jordan avec un autre numéro que son 23. Julie la bosseuse sans son 3e pagne plié sur son épaule ou Sembène Ousmane ou Basile L. Guissou, chacun, sans sa pipe.

C’est pourquoi quand une starlette du football frise ses cheveux comme une fille, non seulement c’est contraire à l’esprit de ce sport, mais il affiche son homosexualité. Stricto sensu. Quand une femme porte une chaîne à son pied, en Europe, c’est un signe extérieur de sa lesbianité. Quand deux garçons se tiennent la main aux USA, c’est un signe extérieur de leur homosexualité.

Voyez d’où nous mène la singerie. Deux américains, ici, chez nous, ne se tiendront jamais la main, sous prétexte, que c’est simplement un signe d’amitié dans la culture de notre pays, s’ils sont de simples compagnons de mission et si le soir venu, chacun occupe sa chambre, séparément. Les gestes tout comme les choix ne sont pas innocents, surtout en économie.

Au Sénégal, dans certains hôtels, pour signe de téranga, on offre à tout client un jus de « Diktar, jus de Kaga » comme eau de bienvenue. Ce n’est pas innocent. Mais chez nous ? ? ? Voyez comment la singerie nous ruine. J’avais lu dans les journaux, qu’un employé de l’ambassade des USA avait porté un tee-shirt à l’effigie de Ossama ben Laden, au lendemain du 11/9. Et il fut renvoyé de son travail.

Les gestes, encore une fois, ne sont pas innocents et ce sont les autres qui les interprètent quand nous les posons. Ainsi donc, c’est chacun, en s’engageant personnellement, à ne plus singer les autres, que nous gagnerons notre révolution culturelle. Et les stars et les politiques ont une forte influence sur notre subconscient.

Pour ma part, tout doucement j’y tends et exit le cube maggi, le riz importé. Et quand il fait chaud, au lieu de porter un képi, je visse sur mon crâne un chapeau de Saponé. Et je fais un effort, pour garder dans ma valise un bon « benaaga » (habit traditionnel) en attendant d’avoir le courage, très bien bientôt, de m’habiller à la Rwalings, (chemise avec un dessus burkinabè, à défaut du tout FDF).

Car, je suis convaincu que si je gagne cette révolution culturelle, en mon for intérieur, j’aurai gagné toutes les batailles (même celle de l’économie), comme une prime, « de surcroît » ! Ite misa est : allons, la messe est dite, et cette fois-ci, mon père, c’est moi qui vous bénis !

André-Eugène Ilboudo

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