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Un paysan au président du Faso : "Je suis frustré et malheureux"

Accueil > Actualités > Opinions • • jeudi 16 décembre 2004 à 07h11min

Dans cette lettre, un producteur interpelle le chef de l’Etat sur les circonstances dans lesquelles ont lieu ses traditonnelles rencontres avec les producteurs, à l’occasion des journées nationales du payan. Il revient également sur le feuilleton de la société de promotion des filières agricoles (SOPROFA).

"Excellence monsieur le Président du Faso, j’ai le grand honneur de venir vous voir pour vous exposer un problème qui me tient à coeur depuis longtemps. Il s’agit de la Journée nationale du paysan qui se tient chaque année et dont la 9e édition est prévue pour se tenir à Gaoua le 17 décembre 2004. Monsieur le Président du Faso, j’ai déjà participé à trois éditions. Celles de Banfora, de N’Dorola et de Kaya. J’avoue qu’à chaque fois, je suis retourné chez moi frustré et malheureux.

Monsieur, le Président, je croyais que ces rencontres étaient un cadre de réflexions pour permettre aux producteurs de débattre avec vous en toute fraternité, des questions de la paysannerie.

Je suis certain que vous croyez aussi excellemment que les questions qu’on vous pose sont des questions essentielles à même de vous éclairer sur nos problèmes. Détrompez-vous, Monsieur le Président ! Pour des raisons que j’ignore, on nous empêche de vous poser librement nos questions. Avant nos face à face, tous les intervenants sont préparés à l’avance. On nous dicte les questions à poser ou celles-ci sont écrites sur des bouts de papier pour nous.

"J’ai été payé en monnaie de singe"

Vous conviendrez avec moi, Excellence, que ce n’est pas de cette manière que vous allez nous aider à résoudre nos problèmes, puisque vous les ignorez. Je suis sûr que si on nous laissait librement poser nos questions, il y a longtemps que le problème de la SOPROFA serait réglé. A N’Dorola et Kaya, on vous a menti en vous cachant la triste réalité des choses.

Je ne pense pas que le vrai problème de la SOPROFA soit les dettes que nous lui devons, parce qu’à ce niveau, nous aussi, on nous doit. Il y a des producteurs qui ont été très corrects avec la SOPROFA et qui ont été ruinés. Personnellement, j’ai un souvenir très amer de la SOPROFA. Pour la campagne agricole 2002-2003, j’ai fait 10 ha de maïs avec une production de 27,5 tonnes. Selon le contrat d’accord parti, j’ai livré toute ma production à la SOPROFA. J’ai été en retour payé en monnaie de singe, parce qu’à court d’argent.

Cette société a fini par me livrer du riz contre l’argent de mon maïs. N’étant pas un commerçant de cette céréale, j’ai eu beaucoup de difficultés pour l’écouler et dans l’opération, j’ai été roulé ; j’ai vendu à perte le riz qu’on m’a remis. Je connais des producteurs qui n’ont pas fait de bonnes récoltes ou pour d’autres raisons ont voulu simplement payer leur crédit intrant. La SOPROFA a refusé leur offre, exigeant le respect du contrat.

La même SOPROFA est revenue quelques mois plus tard pour leur réclamer l’argent ; malheureusement, les producteurs n’avaient plus un sou dans leurs poches. Pour cela, on a mis des gendarmes à leur trousse. Je suis également bien placé, Excellence, pour parler de la petite irrigation qui, après avoir suscité beaucoup d’engouement, est en perte de vitesse en ce moment.

Une contribution négative

En contre saison, nous étions nombreux à faire du maïs parce qu’on nous a dit que c’est la SOPROFA qui allait acheter nos productions. A ce que je sache, même pas un seul épi de maïs n’a été acheté par la SOPROFA. Aujourd’hui, j’ai réduit considérablement les surfaces réservées à la production du maïs pour ne faire que du coton. En petite irrigation, j’ai cessé de faire également du maïs pour ne faire que des pastèques, concombres, choux, etc.

Excellence, Monsieur le Président du Faso, vous l’aurez vous-même constaté, jamais une société n’a suscité autant de passion que la SOPROFA. En trois ans, le ministre de l’Agriculture a été interpellé trois fois à l’Assemblée nationale sur la question de la SOPROFA. Nous, les producteurs, louons l’action du ministre Salif Diallo qui fait du bon travail. Il s’est investi corps et âme pour que les producteurs trouvent avec la SOPROFA, un outil performant de travail et un cadre stratégique de lutte contre la pauvreté.

Or, on le constate, la contribution de la SOPROFA à la promotion des filières agricoles a été hautement négative. C’est pourquoi, je désire personnellement savoir pourquoi la SOPROFA a échoué et quelles sont les causes réelles de cet échec. Excellence monsieur le Président du Faso, je souhaite une fois encore que la question de la SOPROFA soit inscrite à l’ordre du jour de notre rencontre de Gaoua pour que définitivement, l’abcès soit crevé afin que les producteurs soient situés sur leur avenir.

Je vous prie Excellence monsieur le Président du Faso, d’agréer l’expression de nos sentiments de haute considération".

Alhamed Soli TRAORE,
Ancien élève 1re D (LOC,
Producteur (Houet)

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