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Que celui qui n’est pas haut représentant pour le Mali et le Sahel d’un quelconque « machin » lève la main.

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • vendredi 2 novembre 2012 à 14h00min
Que celui qui n’est pas haut représentant pour le Mali et le Sahel d’un quelconque « machin » lève la main.

Il n’y a pas loin de vingt ans, alors que le régime du maréchal Mobutu était à l’agonie et que Kinshasa était le passage obligé pour ceux qui avaient à faire avec Jonas Savimbi, le leader de l’UNITA, du côté de Baïlundo (Angola), à chacun de mes passages, les « églises » avaient poussé comme des champignons après la pluie dans la capitale de ce pays qui s’appelait encore le Zaïre. Et mon chauffeur, Zaïrois, ne manquait pas de s’étonner à haute voix (et avec humour) : « Avec tous ces gens qui prient jour et nuit, partout dans Kin, je ne comprends pas pourquoi le pays va aussi mal ! ».

Je pense à lui quand je constate, jour après jour, la profusion de nominations de hauts représentants pour le Mali et le Sahel : tant de « personnalités » pour chercher les voies et moyens de résoudre ce problème que l’on se demande pourquoi ce n’est pas encore fait ! Blaise Compaoré médiateur de la Cédéao et, du même coup, son ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, Djibrill Y. Bassolé, comme missi dominici. O.K. ! Accompagné du ministre ivoirien de l’Intégration régionale (Ally Coulibaly désormais depuis qu’Adama Bictogo ne s’occupe plus que de son « business »). Normal, Alassane D. Ouattara préside la Cédéao, il lui faut un représentant sur le terrain ; il a même fait reprendre du service à une vieille gloire de la diplomatie, Amara Essy, pour porter la bonne parole à Alger. On a connu Tiébilé Dramé comme émissaire malien. Et Sadio Lamine Sow comme éphémère ministre d’Etat, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale : « Rolls-Royce » des missi dominici. Jean Félix-Paganon a été nommé par Paris pour être l’œil de l’Elysée sur le dossier. Romano Prodi, ex-président du Conseil italien, ex-président de la Commission européenne, est l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahel. Et voilà qu’un ancien chef d’Etat burundais, Pierre Buyoya, est nommé haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel.

Je suis encore sans doute loin du compte puisque l’Organisation de la conférence islamique (OCI) a annoncé la nomination prochaine d’un « envoyé spécial pour le Mali » tandis que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) recherche la personne ad hoc (à moins que son patron, Abdou Diouf, n’assume la tâche avec son staff). Ajoutons les « hommes-clés » des pays qui se sentent concernés (de près ou de loin) par la question et il faudra créer une organisation internationale pour que ce beau monde puisse se réunir et décider qu’il est urgent de ne rien décider. Neuf mois après le déclenchement de « la guerre » par les Touareg maliens, les « communautés » africaine et internationale (avec le concours de leurs « alliés ») ont accouché d’une formidable cacophonie diplomatico-militaire.

Le dernier nommé, pour le compte de l’UA – excusez du peu ! – est donc Pierre Buyoya. C’est la première décision significative prise par Nkosazana Dlamini-Zuma, la nouvelle présidente de la Commission de l’UA. Qui va ouvrir, « très prochainement », un bureau à Bamako avec « pour mission principale de renforcer la contribution de l’UA aux efforts en cours en vue du règlement de la situation qui prévaut dans le Nord du Mali et du parachèvement du processus de sortie de la crise institutionnelle ». Cette nomination fait suite à l’adoption par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA d’un « concept stratégique pour la résolution des crises au Mali », concept qui va être soumis prochainement au Conseil de sécurité des Nations unies.

Buyoya ne saurait étonner en médiateur. A 63 ans (il est né le 24 novembre 1949), militaire de carrière, à deux reprises chef de l’Etat (1987-1993 et 1996-2003), francophone, il est, avec le Nigerian Abdulsalami Abubakar et le Sud-Africain Thabo Mbeki, des anciens chefs d’Etat, membre du haut panel de l’UA où se recrutent les médiateurs. Ce Tutsi de Bururi (au Sud de Bujumbura), élève de l’Ecole des cadets de Bruxelles dont la formation militaire a été complétée à Saumur et à l’Ecole de guerre Blindés-Cavalerie de Hambourg, auteur d’un mémoire sur les maquis du FLN en Algérie, a été propulsé à la tête du Burundi après avoir renversé le colonel Jean-Baptiste Bagaza. Il avait 38 ans. En 1993, il organise la première présidentielle « démocratique » ; candidat au titre de l’Union pour le progrès national (Uprona), Buyoya sera battu par Melchior Ndadaye, un Hutu (qui nommera une Tutsi, Sylvie Kinigi, comme premier ministre).

Le 21 octobre 1993, Ndadaye est assassiné par des militaires. Buyoya sera mis en cause. « Ce n’est pas vrai, confiait-il récemment à Laurent Larcher (La Croix du 24 mai 2012). Je n’avais aucun intérêt à commettre un tel crime ». Le Burundi sombre dans une guerre civile quasi génocidaire : plusieurs dizaines de milliers de morts tandis que Kinigi assure l’intérim jusqu’à l’élection de Cyprien Ntaryamira. Qui va périr, à son tour, le 6 avril 1994, dans l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvenal Habyarimana. Tandis qu’est déclenché le génocide rwandais de 1994, Sylvestre Ntibantunganya va s’efforcer de normaliser la situation qui prévaut au Burundi. Sans y parvenir. Le 25 juillet 1996, Buyoya va reprendre le pouvoir*, parvenant à calmer le jeu (autant que faire se peut). Il formera un gouvernement pluriethnique et nommera un Hutu à la vice-présidence : Domitien Ndayizeye. Auquel il remettra le pouvoir le 30 avril 2003.

Près de dix ans plus tard, Buyoya déclare : « Ma plus grande fierté : avoir réussi ma sortie, ne pas m’être accroché au pouvoir […] J’ai su à deux reprises remettre le pouvoir entre les mains du peuple » (La Croix, cf. supra). En 1998, dans un livre publié à Paris (« Mission possible » - éditions L’Harmattan), celui que l’on appelait alors « le major Pierre Buyoya » se présentait comme un « démocrate incompris » ; mais il écrivait que « le drame burundais n’est pas une malédiction tombée du ciel. Comme un arbre, il a été semé, arrosé et entretenu. Il peut être donc déraciné, si on prend le pari de s’attaquer à ses racines ». Sauf, bien sûr, qu’il faut en faire la démonstration et, parfois, s’y reprendre à plusieurs fois. Ainsi, six mois avant de reconquérir le pouvoir via l’armée (25 juillet 1996), Buyoya déclarait à Jeanne Tietcheu (Jeune Afrique Economie du 4 mars 1996) : « On ne doit pas tricher avec le suffrage universel. Le temps permettra de dépasser les clivages ethniques. Je n’ai jamais cherché, d’une quelconque manière que ce soit, à reconquérir le pouvoir par des voies détournées ».

En 2000, il a publié un livre sur les négociations inter-burundaises qui ont conduit à l’accord d’Arusha. Il dira à ce sujet « à Arusha, nous nous sommes mis d’accord pour reconnaître l’existence des ethnies. Nous ne pouvions pas continuer à le nier alors qu’elles avaient causé d’énormes dégâts. Il fallait intégrer cette réalité dans la gestion du pouvoir. Nous avons opté pour la démocratie classique, un homme une voix, tout en mettant en place des mécanismes de protection des minorités tutsi et twa. Dix ans après, cela fonctionne. L’ethnicisme est derrière nous » (entretien avec Tshitenge Lubabu M. K. – Jeune Afrique du 11 mai 2012). En mission en Centrafrique pour l’OIF, médiateur de l’UA pour le Soudan, Buyoya a suivi avec une attention particulière « le conflit entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, en 2011, en Côte d’Ivoire » mais aussi « la manière dont Abdoulaye Wade s’est accroché au pouvoir au Sénégal ». « Sur ces gros dossiers, dira-t-il alors (La Croix, cf. supra), la majorité des Africains plaident en faveur de la transition démocratique et non de la privatisation du pouvoir ». Là encore, il va lui falloir le démontrer au Mali. Bon courage… !

* Pierre Buyoya expliquera à Pierre Darcourt (Le Figaro) qu’il « n’a pas renversé son prédécesseur » mais que Ntibantunganya, après le massacre de Bugendana (400 morts), mal accueilli par la population, avait choisi de se refugier à l’ambassade des Etats-Unis à Bujumbura. « Après 48 heures, l’armée a constaté la vacance du pouvoir. Toutes les institutions étaient bloquées, le Burundi risquait de basculer dans un nouveau génocide. J’ai été appelé aux commandes par un consensus politique appuyé par les représentants de la société civile ».

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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