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La communauté internationale au chevet du Sahel : Vers l’élaboration d’une stratégie régionale intégrée

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • jeudi 27 septembre 2012 à 10h36min
La communauté internationale au chevet du Sahel : Vers l’élaboration d’une stratégie régionale intégrée

Le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies, Monsieur Ban Ki-moon, a présidé le mercredi 26 septembre à New York, une réunion de haut niveau sur le Sahel. Plusieurs Chefs d’Etat et de Gouvernement, des Ministres, ainsi que des représentants d’organisations sous régionales, régionales et internationales, ont participé à cette rencontre. Le Burkina Faso a été représenté par le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération régionale, SEM Djibrill Bassolé qui y a fait une déclaration au nom de SEM Blaise Compoaré, Président du Faso et Médiateur de la CEDEAO pour le Mali.

Environ une cinquantaine de Chefs de délégation sont passés à la tribune de cette importante rencontre qui a été consacrée à la situation de crise que vit le Sahel depuis quelques années, et particulièrement l’invasion depuis plusieurs mois du septentrion malien par des islamistes, des terroristes et des indépendantistes armés.

En effet, le Sahel est confrontée depuis des années à plusieurs défis que sont la sécheresse, les inondations, les famines, le chômage, la faible présence de l’administration, la faiblesse des institutions étatiques… la pauvreté. Cette situation a été aggravée par la crise actuelle au Nord Mali, où les populations depuis plusieurs mois, sont prises en otage par des groupes armés extrémistes et séparatistes de tout genre, transformant ainsi la région sahélienne en un sanctuaire de trafiquants de drogues, d’armes, d’êtres humains.

Si plusieurs intervenants ont évoqué les défis globaux qui se posent à cette région, tous ont surtout axé leur intervention sur le cas malien. Ils ont vigoureusement déploré et condamné la situation de violation flagrante des droits de l’Homme dans le Nord du pays, et ont favorablement accueilli la décision du Secrétaire Général des Nations Unies de nommer un envoyé Spécial pour le Sahel.

La grande majorité, pour ne pas dire l’ensemble des intervenants, ont appelé à une intervention militaire immédiate. Le Premier Ministre malien, Cheick Modibo Diarra, qui a conduit la délégation de son pays à cette rencontre a, après avoir fait un bref état des lieux, sollicité « la mise en place d’une force internationale composée de tous ceux qui veulent et peuvent nous aider à reconquérir les territoires occupés ». Pour le Président français François Hollande, à ce stade, tout effort de négociation fait plutôt le jeu des terroristes. Dans son allocution, il a exprimé la détermination de son pays à trouver une solution urgente à cette crise. Il a alors affirmé que la France ferait « tout ce qu’elle peut » pour soutenir les futures opérations militaires.

Le Burkina prône une approche politique et diplomatique combinée à l’usage de la force

Si la majorité des intervenants appellent de tous leurs vœux une intervention militaire immédiate pour la reconquête du Nord Mali, d’autres, comme Ban Ki-moon, sans être contre l’usage de la force pour chasser les bandits armés qui sévissent dans cette région, invitent à un examen approfondi de cette option, et à beaucoup de prudence. Pour le Secrétaire Général de l’ONU, toute tentative de résoudre cette crise par la force doit être examinée avec le plus grand soin, car elle pourrait avoir des conséquences humanitaires importantes, notamment de nouveaux déplacements de population et une restriction d’accès aux populations par les organismes humanitaires.

Tous les représentants des pays de la sous région ouest africaine, ont dans leur adresse, condamné les exactions et les sévisses endurées par les populations au Nord Mali, et appelé à une solution concertée et vigoureuse afin d’éviter à l’ensemble de la sous région une contagion. Le Président nigérian Goodluck Jonathan qui a parlé au nom du Président Alassane Ouattara, Président en exercice de la CEDEAO, a souligné la nécessité de l’adoption d’une position commune et concertée pour la résolution de cette crise. Pour le Chef de la diplomatie burkinabè, représentant le Médiateur de la CEDEAO, SEM Blaise Compaoré, Président du Faso, « Le développement de l’extrémisme religieux, du terrorisme associé à la grande criminalité transfrontalière seront de nature à compromettre durablement la paix, la stabilité et la sécurité régionale voire internationale si nos actions en faveur des populations locales de la région du sahel n’étaient pas à la hauteur de leurs aspirations légitimes.

L’atteinte de nos objectif de paix, de sécurité et de développement durable au Nord du Mali comme dans toute la région du Sahel nécessitera une approche politique et diplomatique combinée à l’usage de la force dont l’objectif sera de mettre hors d’état de nuire les bandes armées à vocation transnationale qui développent le terrorisme, l’extrémisme religieux et la criminalité organisée. J’exhorte par conséquent la communauté internationale à se mobiliser pour une approche globale et intégrée visant à créer dans la région du Sahel les conditions d’un environnement de paix et de stabilité débarrassée de toute de menace ». Et pour le Président de la commission de la CEDEAO, « la manière dont nous seront en mesure de collaborer avec efficacité, en tant que communauté internationale, pour résoudre la crise constitutionnelle et territoriale à laquelle est confrontée ce pays contribuera largement à servir de modèle pour la mise en œuvre de la stratégie à court et moyen terme ».

En effet, pour le moyen et long terme, et pour éviter à la région une telle crise à l’avenir, l’ONU, à la demande du Conseil de sécurité s’emploie actuellement à l’élaboration d’une stratégie régionale intégrée pour le Sahel qui vise à renforcer les moyens régionaux d’action afin de lutter contre l’insécurité, de prévenir et combattre les crises de grande envergure et de promouvoir la gouvernance démocratique et le respect des droits de l’homme.

DCPM/MAECR


DECLARATION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR DJIBRILL YIPENE BASSOLE MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DE LA COOPERATION REGIONALE

New York, le 26 septembre 2012

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies ;
Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement ;
Distinguées participants a la réunion de haut niveau sur le sahel ;

Je voudrais tout d’abord me réjouir de cette heureuse initiative qui nous rassemble ici aujourd’hui, pour réfléchir sur l’immense défi que représente la situation de la région du sahel en Afrique, à laquelle nous devons trouver des réponses justes à même d’offrir aux populations une garantie de paix de stabilité de sécurité, de développement économique et sociale.

La situation générale de cette région désertique se caractérise par son immensité géographique et les rudes conditions climatiques qui rendent difficile la présence de l’administration, ainsi que des services sociaux de base adaptés au mode de vie des populations.

Ce sentiment d’isolement et de marginalisation aggravé par la pauvreté et la précarité des conditions de vie de ces populations ont provoqué ca et la des révoltes et des rebellions armées qui ont eu pour conséquences la recrudescence de l’insécurité et des désordres de toute nature, en particulier la circulation anarchique d’armes de guerre amplifiée par la crise libyenne.

Excellences
Mesdames et Messieurs,

La situation particulière au nord du Mali créée par la rébellion armée du 17 janvier 2012 et la déstabilisation des institutions républicaines du 22 mars 2012 qui en a résulté, est la manifestation tangible du type de menace qui pèse sur tous les pays de la région du sahel.

C’est pourquoi le Président du Burkina Faso SEM Blaise COMPAORE a accepté la médiation à lui confiée par le sommet des Chefs d’Etat de la CEDEAO sous la présidence de SEM Alassane OUATTARA président de la République de Côte-d’Ivoire.

Cette Médiation qui a pour but de résoudre par le dialogue la double crise sécuritaire et institutionnelle qui sévit au Mali a prioritairement concentré ses efforts sur le retour à l’ordre constitutionnel normal et la mise en place d’organes de transition stables acceptés par les maliens et reconnus par la communauté internationale, en vue de réunifier le Mali et organiser des élections démocratiques sur toute l’étendue du territoire nationale.

Si l’on peut considérer aujourd’hui que le Mali a renoué avec la normalité institutionnelle (malgré les difficultés inhérentes à la nature même d’un pouvoir de transition), la crise au nord continue de diviser le pays et de plonger les populations dans la souffrance, l’angoisse et le désespoir.
Cette crise d’une extrême complexité est la combinaison de l’irrédentisme des touaregs maliens, la grande criminalité transfrontalière organisée, l’extrémisme religieux et le terrorisme.

Que faire ?

Excellence Mesdames et Messieurs,

Le Président du Burkina Faso, Médiateur de la CEDEAO, avec l’assistance du Président Goodluck JONATHAN a établi des contacts avec les mouvements armés maliens qui revendiquent l’indépendance du nord ou l’application forcée de la charia. Ces contacts préliminaires avaient pour but de promouvoir le dialogue et de traduire les exigences de la CEDAO, à savoir :

-  sauvegarder l’intégrité et l’unicité du territoire malien,
-  préserver les libertés fondamentales et les droits humains
-  favoriser l’accès aux services sociaux et humanitaires.

En d’autres termes, les mouvements armés devraient renoncer à leur projet d’indépendance et de partition du Mali, abandonner l’imposition de l’extrémisme religieux par les armes et couper tous liens opérationnels avec les organisations terroristes dont la présence au nord du Mali est de nature à compromettre irrémédiablement la paix, la sécurité et la cohésion sociale.

Le MNL A et Ansardine ont manifesté leur disponibilité à rechercher avec le médiateur de la CEDEAO, l’implication de l’Algérie, de la Mauritanie ainsi que d’autres partenaires de la communauté internationale, une solution de sortie de crise négociée.

La médiation de la CEDEAO formule donc le vœux que les autorités de transition au Mali mettent en place la structure nationale chargée d’engager le dialogue devant aboutir à la réunification du pays, la continuité de l’Etat, l’accès aux services humanitaires et sociaux, le respect des droits fondamentaux et l’organisation d’élections libres sur toute l’étendue du territoire malien.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Cet objectif de la résolution de la crise par la voie pacifique sera poursuivi par la médiation de la CEDEAO dans la mesure du possible, avec l’engagement des maliens dans le cadre d’un dialogue inclusif.

En tout état de cause, l’instauration et la préservation d’une paix durable au sahel requièrent l’implication de la communauté internationale toute entière aux côtés des organisations sous régionales telles que la CEDAO et la CENSAD. C’est pourquoi l’initiative de la rencontre d’aujourd’hui et celle de designer un représentant spécial du Secrétaire général pour le sahel sont porteuses d’espoir.
Ce représentant spécial pourra à court moyen et long terme mettre en œuvre la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel telle que recommandée par le Conseil de sécurité dans sa résolution 2056.

Monsieur le secrétaire général Mme et Messieurs,

La communauté internationale toute entière doit relever les grands défis que constitue la situation de l’insécurité dans la région du Sahel.

Aussi, les Nations Unies en partenariat avec les organisations régionales, l’Union Européenne, l’ensemble des partenaires techniques et financiers devront-ils aider les Etats à endiguer les causes profondes de la crise que sont :

-  le recours systématique aux armes comme moyen de revendication ;
-  la pauvreté, la précarité des conditions de vie et la désespérance ;
-  la faible présence de l’administration et de services sociaux de base.

Le développement de l’extrémisme religieux, du terrorisme associé à la grande criminalité transfrontalière seront de nature à compromettre durablement la paix, la stabilité et la sécurité régionale voire internationale si nos action en faveur des populations locales de la région du sahel n’étaient pas a la hauteur de leurs aspirations légitimes.

L’atteinte de nos objectif de paix, de sécurité et de développement durable au Nord du Mali comme dans toute la région du Sahel nécessitera une approche politique et diplomatique combinée à l’usage de la force dont l’objectif sera de mettre hors d’état de nuire les bandes armées à vocation transnationale qui développent le terrorisme, l’extrémisme religieux et la criminalité organisée.

J’exhorte par conséquent la communauté internationale à se mobiliser pour une approche globale et intégrée visant à créer dans la région du Sahel les conditions d’un environnement de paix et de stabilité débarrassée de toute de menace.

Je vous remercie.

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