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Hassane Ag Mehdy, alias « Jimmy le rebelle », refait surface à Ouagadougou avec son Front populaire de l’Azawad (FPA).

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • jeudi 13 septembre 2012 à 23h13min
Hassane Ag Mehdy, alias « Jimmy le rebelle », refait surface à Ouagadougou avec son Front populaire de l’Azawad (FPA).

Bientôt huit mois se seront écoulés depuis le déclenchement par le MNLA de la « guerre » contre Bamako en vue de l’indépendance de l’Azawad ! Et du côté de Paris, la négociation « séquencée » que l’on pensait devoir adopter (stabilisation de la situation politique à Bamako via la Cédéao ; reconstruction de l’armée par les Maliens ; reconquête du Nord par l’armée malienne avec le concours militaire des pays de la Cédéao et le soutien logistique de la France) commence à avoir du plomb dans l’aile.

D’autant plus de plomb que la situation vient, d’un coup, de se détériorer. Les preneurs d’otages français (six !) viennent de se rappeler au bon souvenir du nouveau gouvernement français. En Libye, du côté de Benghazi, les propagateurs de la charia ont allumé la mèche qui doit déclencher une offensive coordonnée dans le monde arabe contre l’Amérique ; tout cela de façon particulièrement spectaculaire et meurtrière avec la mort d’un ambassadeur US.

Une flambée de violence qui risque fort de parcourir l’Afrique du Nord, le Proche et le Moyen-Orient dans un contexte excessivement périlleux du fait de l’élection présidentielle américaine et de la volonté des Israéliens de solder le compte des Iraniens dont le « non-alignement » a des limites. Alors que se tenait à Brest la Xème édition de l’université d’été de la Défense et que les experts planchent sur une nouvelle édition du livre blanc de la défense (la précédente remonte à 2008), le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, a proclamé : « Nous assistons au grand retour de l’Afrique, la grande oubliée du livre blanc de 2008 ». Et quand il évoque ce retour, ce n’est pas sur la scène économique mais bien plutôt sur un théâtre géopolitique qui n’a plus rien d’une comédie et tout d’un drame.

Guillaud sait de quoi il parle quand il évoque la relation diplomatico-militaire de la France avec l’Afrique. C’est lui qui a mené la renégociation de nos accords de défense avec les pays africains et s’est penché sur le délicat dossier du redéploiement de nos bases militaires sur le continent. C’est lui aussi qui, le 26 mars 2007, quand il n’était encore que vice-amiral d’escadre et chef d’état-major particulier du président de la République française, a inauguré à… Bamako l’Ecole de maintien de la paix (EMP) qui, dira-t-il ce jour-là, « atteste, une nouvelle fois, de la volonté croissante des Africains d’être les propres acteurs de leur destin et de leur sécurité ». Une volonté qui, elle aussi, a du plomb dans l’aile. Et il n’est pas certain qu’aujourd’hui, à Bamako, Guillaud tiendrait le même discours que celui prononcé voici cinq ans ! Mais il est vrai que toute déclaration est désormais volatile (et vite obsolète) tant les situations géopolitiques évoluent à très grande vitesse sans que personne ne soit capable de maîtriser quoi que ce soit.

Le « corridor sahélo-saharien » débouche désormais sur des pays qui, à des degrés divers, ont basculé du camp « occidental » dans le camp « moyen-oriental » ; et cet « orientalisme » de l’Afrique du Nord (Tunisie, Libye, Egypte…) tend à être de plus en plus radical ; plus radical que n’était l’ancrage de Ben Ali, Kadhafi et Moubarak au camp « occidental ». L’offensive anti-américaine qui vient d’être déclenchée dans le monde arabe, au lendemain du 11ème anniversaire du 11-septembre (plus symbolique que le dixième), est d’abord une offensive contre les régimes en place tentés de nuancer leur engagement en faveur des « salafistes » et qui, sous les pires prétextes (aux yeux des « salafistes »), entendent limiter l’application de la charia.

Pour tous ceux qui ont en charge le dossier « malien »*, la difficulté est que le Nord Mali est occupé, dit-on à Paris, par une « nébuleuse de mouvements aux affiliations variables et au périmètre flou ». Rien d’étonnant à cela : l’autonomisation des individus est le fondement du « salafisme » et les divers groupuscules qui ont fait de l’Azawad un terrain de jeu (jeu cruel dont la règle de base est le terrorisme à l’encontre des populations locales) ont des intérêts politiques, économiques, culturels, sociaux, religieux… divergents qui ne parviennent à s’exprimer que dès lors que l’Etat est devenu déliquescent ou absent. Du même coup, il est difficile de savoir à « quel saint se vouer » ; surtout que les saints ne sont plus en odeur de… sainteté.

Dans ce contexte, tout est possible. Surtout le pire. Mais aussi l’inattendu. C’est ainsi que le colonel Hassan Ag Mehdy, alias « Jimmy le Rebelle », vient de refaire surface à Ouagadougou pour y créer le Front populaire de l’Azawad (FPA). Le « colonel touareg » avait fait la « une » de L’Observateur Paalga, quotidien privé (mais national, sérieux et crédible) burkinabè le jeudi 9 février 2012. La « guerre » du MNLA venait tout juste d’être déclarée (le 17 janvier 2012) et le Burkina Faso était confronté aux premiers afflux de réfugiés. « Jimmy le Rebelle », ex-commandant du premier escadron, ex-commandant de région, ancien de la guerre au Liberia, un des signataires des Accords de Ouagadougou en 1990 en tant que « chef de guerre », annonçait qu’il était de « nouveau dans la rébellion ». « Pour nous, disait-il alors (cf. LDD Burkina Faso 0290/Vendredi 10 février 2012), la résolution [des] problèmes passe par l’indépendance du Nord-Mali. Ni plus, ni moins. Nous sommes fatigués du diktat de Bamako […] Nous ne voulons plus vivre dans le même Etat. Nous voulons notre liberté, notre indépendance […]. Nous ne refusons pas de médiation. Le problème, c’est qu’il y a eu trop de négociations et aucune n’a permis de résoudre le problème du Nord-Mali parce qu’en face il y a réellement un manque de volonté. Nous n’y croyons plus tellement ».

A Ouaga, les déclarations d’Hassane Ag Mehdy en un temps où le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) venait tout juste de séjourner dans la capitale Burkinabè, avaient fait désordre. La question était alors de savoir si L’Observateur s’était fait enfumer par un « charlot » ou si Ag Mehdy était l’envoyé spécial de la « rébellion » pré-positionné au Burkina Faso pour y être son interlocuteur auprès de Ouaga. « Jimmy le Rebelle » y est toujours positionné. Il vient d’y fonder le FPA pour dénoncer « le dysfonctionnement notoire de la gestion politique et militaire du MNLA, résultant de la prise en otage de sa direction par un certain nombre de camarades en déficit de clairvoyance, de maturité et d’expérience politique ». Le FPA se veut donc « un mouvement politico-militaire, respectueux des droits de l’homme et ouvert au dialogue avec le Mali, pour la résolution définitive de la question de l’Azawad, à travers la médiation existante, avec l’appui de la communauté internationale (ONU, UA, Cédéao) ». Farouche indépendantiste en février 2012, « Jimmy le Rebelle » s’est, en quelques mois, et après que le MNLA se soit fait « botter le cul » par les mafieux et les « islamistes », métamorphosé en homme de raison : « Il faut que nous restions sous le même drapeau et dans le même pays ».

Trop tard, le pays est à l’agonie et le drapeau a été torchonné par une flopée d’officiers subalternes et supérieurs. A commencer par le colonel Hassane Ag Mehdy.

* Il est urgent d’être conscient que ce dossier « malien » n’est plus circonscrit au Mali. En Tunisie, en Libye, en Egypte, en Syrie, au Yémen…, sous la férule des Saoudiens, les mêmes comportements s’observent : occupation d’une partie du territoire national d’un pays musulman ; autonomisation des individus ; affirmation que la souveraineté appartient à Dieu et non au peuple ; condamnation du culte des saints et, du même coup, destruction des mausolées soufis et chiites ; refus de toutes les façons d’être musulman autres que le « salafisme ». Selon le chercheur américain Bernard Haykel, professeur à l’université de Princeton, qui rappelle que la « salafisme » est né en Arabie saoudite, de l’alliance nouée en 1744 entre les Al Saoud (famille régnante) et les Al Wahhab (famille de théologiens et de juristes) : « A partir de 1950, la dynastie saoudienne était menacée par le nationalisme arabe et Gamal Abdel Nasser, le président égyptien. Elle a bâti un réseau pour mobiliser les musulmans contre le nationalisme et le socialisme. Aujourd’hui, elle dépense beaucoup d’argent et d’influence, non pas pour unifier le monde musulman politiquement sous son contrôle, mais pour diffuser son idéologie et évacuer tout système concurrent – notamment la démocratie » (entretien avec Jean-Christophe Ploquin – La Croix du 31 août 2012).

Jean-Pierre BEJOT
LA Dépêche Diplomatique

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