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… et à Nairobi, la France se trouvera fort dépourvue quand, dans la Corne de l’Afrique, la crise sera venue ! (2/3)

Accueil > Actualités > International • • mardi 28 août 2012 à 12h52min

Le Kenya s’était engagé, à la mi-octobre 2011, dans une intervention militaire au Sud de la Somalie. Au lendemain du déclenchement de l’opération « Linda Nchi », le 19 octobre 2011, Emmanuel Chirchir, porte-parole des forces armées, avait déclaré : « Nos troupes sont prêtes à tout. Si cela nous entraîne jusqu’au mois de décembre, nous fêterons Noël là-bas, sinon, nous rentrerons plus tôt ».

Drôle d’idée que de penser à célébrer Noël, fête chrétienne, sur un territoire occupé par des Shebab qui sont prêts à se sacrifier au nom de l’Islam. Drôle d’idée, surtout, de déclencher une offensive alors que débute la saison des pluies. Mais à Nairobi, nul ne doutait que, très rapidement, les KAF, les forces armées kenyanes, parviendraient à s’emparer du port et de la ville de Kismaayo. Et à créer un Jubaland qui servirait de zone tampon entre le Kenya et les territoires autour de Mogadiscio. Un projet qui avait, d’ailleurs, le soutien tacite de Washington, de Paris et de Londres ainsi que de quelques compagnies pétrolières lorgnant sur le pétrole de la région des Grands Lacs et de l’offshore kenyan et somalien (cf. LDD Kenya 003/Vendredi 24 août 2012).

Les KAF ne fêteront pas Noël ; trop occupés à se désembourber. Kismaayo n’est qu’à 180 km de la frontière kenyane mais ce n’est que le 2 février 2012 que les KAF parviendront à s’emparer de Badhaadhe, à 30 km seulement de l’autre côté de la frontière. « Après de violents combats ». Depuis, le soutien « occidental » fait défaut et l’argent manque. En juin 2012, le contingent kenyan a perdu son autonomie ; ses 4.600 hommes sont pris en compte par l’Amisom. L’objectif reste Kismaayo ; il devait être atteint en août 2012. Mais il ne semble pas que l’Afghanistan ait servi de leçon à qui que ce soit (et on peut penser qu’il en est de même chez les tenants d’une intervention armée dans le Nord-Mali !). Ce sont pourtant les Britanniques qui, à partir de la British Army Training Unit Kenya (BATUK), forment conjointement, dans la Rift Valley, du côté de Nanyuki (au pied du Mont Kenya, au Nord de Nairobi), les bataillons de la British Army destinés à aller combattre en Afghanistan et ceux des KAF, dans un « partenariat gagnant-gagnant » qui vise à roder, sur un terrain qui n’est pas sans similitudes avec l’Afghanistan (entre 2.000 et 2.800 mètres d’altitude ; forte amplitude thermique ; plaines désertiques…), les opérations d’assistance militaire mises en œuvre en Asie centrale (en fin de période, l’unité kenyane formée est intégrée dans la manœuvre globale du bataillon britannique au cours d’un exercice de synthèse)*.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, vient de séjourner à Nairobi dans le cadre d’une longue tournée africaine (Sénégal, Ouganda, Soudan du Sud, Kenya, Malawi, Afrique du Sud). Une mission diplomatique qui a surtout été consacrée aux questions… militaires et à l’insécurité dans le « corridor sahélo-saharien », dans la région des Grands Lacs et dans la Corne de l’Afrique. Sa visite à Nairobi a été l’occasion de réaffirmer que les Etats-Unis étaient disposés à aider le Kenya pour que la prochaine élection présidentielle (mars 2013) soit « libre, juste et transparente » et afin de « tourner la page des violences post-électorales de 2007-2008 ». Mais à Nairobi, elle s’est également entretenue avec les responsables politiques somaliens à la veille de ce qui devait être l’échéance (reportée) du 20 août 2012. Elle se dira, à l’issue de ces entretiens, « très encouragée par les progrès ».

Et la France dans tout cela ? Paris n’est pas, à Nairobi, dans son « pré carré » ; mais est impliqué dans la région. Djibouti, ex-possession française en Afrique de l’Est (et base militaire), est à moins de 1.600 km (à vol d’oiseau) de la capitale du Kenya. Notre Marine est présente dans l’océan Indien depuis toujours ; plus encore depuis l’émergence de la piraterie maritime (elle participe à l’opération aéronavale européenne « Atalante »). Le COS - Commandement des opérations spéciales - a eu à gérer sa première prise d’otage d’envergure, du 4 au 11 avril 2008, au large de la Somalie (opération « Thalatine »). En Somalie, deux officiers de la DGSE ont été capturés le 14 juillet 2009 à Mogadiscio. Ils étaient, selon le Quai d’Orsay, « en mission générale de renforcement des capacités de sécurité du gouvernement somalien » (Mohamed Abdi Mohamed, alias « Gandhi », l’homme du Jubaland, était alors ministre de la Défense – cf. LDD Kenya 003/Vendredi 24 août 2012). Si « Marc Aubrière » a pu s’échapper quelques semaines plus tard, « Denis Allex » est entre les mains de ses ravisseurs depuis plus de trois ans. La France a donné un coup de main logistique aux KAF dans le cadre de l’opération « Linda Nchi » (cf. supra). C’est, par ailleurs, l’ambassadeur de France à Nairobi qui a en charge la Somalie.

Nairobi n’est pas un poste diplomatiquement insignifiant. Une quinzaine de personnalités ont été à la tête de notre ambassade. Dont quelques « grosses pointures » : Claude Arnaud (par la suite, ambassadeur à Pékin et à Moscou), Christian Girard (compagnon de la Libération, aide de camp du général Leclerc), le Comte Michel de Bonnecorse Benault de Lubières (très proche de Jacques Chirac, il sera ambassadeur à Rabat avant de rejoindre le groupe CMA-CGM), Pierre Jacquemot (vrai spécialiste de l’économie africaine). Lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé à l’Elysée, l’ambassade était occupée par Elisabeth Barbier, fille du général de division Guy Barbier ; arabisante (mais ayant également étudié l’hébreu), diplomate de carrière, elle avait été, auparavant, en poste à Jérusalem, en Afrique du Sud, en Inde, au Maroc, avant de revenir en Afrique du Sud en tant que consul général à Johannesburg. En 2003, elle sera nommée directrice adjointe à la direction d’Afrique et de l’océan Indien avant d’obtenir l’ambassade de Nairobi en 2006. De retour à Paris, elle suivra la renégociation des accords de défense franco-africains et sera nommée, début 2012 directrice d’Afrique et de l’océan Indien.

Adéquation entre l’expérience et la fonction. Ce qui ne me semble pas être le cas d’Etienne de Montaigne de Poncins, ambassadeur de France au Kenya et représentant permanent de la France auprès des Nations unies à Nairobi depuis novembre 2010. On peut penser que les ambassadeurs sont polyvalents et, à l’instar des couteaux suisses, multi-usages ; il n’empêche que certains formatages ne facilitent sans doute pas la compréhension de situations locales « spécifiques ». Né le 6 mars 1964 à Suresnes (département des Hauts-de-Seine), licencié d’histoire, IEP-Paris, ancien élève de l’ENA (promotion « Jean Monnet »), Poncins a été nommé et titularisé secrétaire des Affaires étrangères le 1er février 1990. Il débutera à l’administration centrale, Affaires économiques et financières, comme rédacteur à la sous-direction des affaires communautaires, du service de la coopération économique et à la cellule environnement (1990-1993). Il devient alors conseiller technique au cabinet d’Alain Lamassoure, ministre des Affaires européennes dans le gouvernement Balladur lors de la deuxième cohabitation. En 1995, il rejoint Bruxelles comme premier secrétaire puis deuxième conseiller à la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne. De janvier 1999 à février 2002, il sera premier conseiller à Varsovie (la Pologne préparait son entrée dans l’UE).

En avril 2002 et jusqu’à septembre 2003, il sera membre du secrétariat de la Convention européenne qu’il quittera pour les fonctions de porte-parole, conseiller de presse au sein de la représentation permanente de la France auprès de l’UE. En 2005, il prendra la direction du cabinet de la ministre déléguée aux Affaires européennes (Claudie Haigneré d’abord, Catherine Colonna ensuite), avant d’être nommé, de juin 2007 à octobre 2010, ambassadeur de France en Bulgarie ; il n’a que 43 ans ! Il est, enfin, l’auteur de cinq livres sur l’Europe dont trois consacrés à la Constitution européenne

* Ces informations doivent beaucoup à un reportage d’Erwan Lesourd publié en 2008, dans le magazine RAIDS.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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