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Médiation de la CEDEAO dans la crise malienne : Le ministre Djibrill Bassolé en quête de la paix à Gao et Kidal

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • mercredi 8 août 2012 à 12h45min

Le ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la coopération régionale, Yipènè Djibrill Bassolé représentant du médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans la crise malienne, s’est rendu le mardi 7 août 2012, dans les villes de Gao et de Kidal. Dans cette partie au Nord du Mali il a rencontré les mouvements armés, les islamistes et des membres de la société civile locale. Tous ont marqué leur confiance en la médiation conduite par le président du Faso, Blaise Compaoré, pour le retour de la paix et la restauration de l’intégrité territoriale du Mali.

En ce mardi 7 août 2012, au petit matin, le ciel qui avait ouvert ces vannes sur Ouagadougou continuait de déverser son contenu. Malgré le froid, quelques journalistes se sont retrouvés à l’heure H à la base de l’armée de l’air burkinabè pour un voyage dans le Sahel malien. A 6h20 minutes, l’avion de type CASA de l’Armée de l’air burkinabè prend son envol pour se poser 1heure 40 minutes plus tard à l’Aéroport international de Gao dans le Nord du Mali. Surprise. L’aéroport est fortement cerné par des hommes enturbannés et lourdement armés. Ce sont les moudjahidines (combattants) du Mouvement pour l’unicité du Djiad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), un des deux mouvements armés islamistes qui contrôlent cette partie du Mali après avoir chassé le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), laïc et indépendantiste.

Un homme attire notre attention. Moustapha Chafi, le « Monsieur désert » du Burkina, spécialiste des contacts avec les mouvements armés, monte rapidement dans l’avion en saluant les journalistes qui sont naturellement les premiers à quitter le gros oiseau du ciel. Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération régionale, Djibrill Yipènè Bassolé, accompagné de collaborateurs est chaleureusement accueilli par les représentants de la société civile, mobilisés en grand nombre. Un impressionnant convoi de dizaines de véhicules escortés par les combattants du MUJAO s’ébranle pour la ville. Au passage, les carcasses de chars et d’orgues de Staline témoignent de l’âpreté des combats menés pour déloger de Gao, d’abord l’armée malienne puis le MNLA.

D’ailleurs, derrière l’aéroport se trouve l’ex-caserne de l’armée régulière, maintenant contrôlée par le MUJAO. Première halte, l’hôpital Hangadoumbo Moulaye Touré de Gao, l’hôpital de référence de la région. Le personnel soignant, dont des femmes voilées ou la tête simplement recouverte de foulard noir, blanc, bleu…sont dans la cour pour saluer le représentant du médiateur. Le médecin-chef de l’hôpital, le docteur Moulaye Guiteye expose au ministre Bassolé les difficultés qu’ils rencontrent. « Avant la crise, il y avait 150 personnes qui travaillaient dans l’hôpital. La plupart ont fui à l’éclatement du conflit. Nous avons dû faire recours aux ressortissants de Gao pour qu’ils reviennent. Aujourd’hui nous sommes 138 dont 12 médecins et 2 pharmaciens », explique-t-il, entouré de quelques agents sociosanitaires, bénévoles pour la majorité.

Pour que l’hôpital fonctionne jusqu’à ce jour, il a fallu l’appui du Comité international de la croix rouge (CICR) et de Action contre la faim, précise le médecin-chef. Si le personnel paraît suffisant, le plateau technique lui fait, cruellement défaut, précise le médecin. Cela cause d’énormes difficultés pour prendre en charge certains cas, notamment les victimes de fractures et de traumatismes. C’est dans cet hôpital qu’est soigné le journaliste de radio tabassé presqu’à mort par les islamistes pour avoir diffusé sur ses antennes une manifestation d’habitants. Nous n’aurons pas assez le temps de rendre visite au confrère dans son lit d’hôpital, il faut vite partir car le cortège commence à s’ébranler. Mais le docteur Guiteye nous rassure : « Il se remet. Il va beaucoup mieux ».

Avec notre conducteur, un Moudjahidine qui conduit à tombeau ouvert, nous suivons le convoi qui poursuit sa route dans le centre de la ville. Un regard à gauche et à droite, la vie nous paraît quasinormale. Sauf que la quasitotalité des femmes et jeunes filles sont en voile. Les commerces sont ouverts et les gens vaquent à leurs occupations. Après des dédales dans les artères, le cortège s’immobilise devant une grosse bâtisse à deux niveaux qui sort à peine de terre. C’est dans cette résidence cossue d’un notable de Gao que s’est tenu la première rencontre en terre du Nord-Mali entre le représentant du médiateur dans la crise malienne et des représentants des différentes communautés vivant dans la région de Gao ainsi que des membres de la société civile regroupés dans une structure dénommée "Cadre de concertation".

Leur porte-parole, le vice-président de ce Cadre, Mohamed Ould Mataly, un chef de la tribu arabe décrit la situation à Gao. « Nous avons eu des problèmes avec la crise, mais nous sommes restés soudés. Nous avons refusé le fatalisme », assure-t-il. Tout le monde acquiesce de la tête dans ce grand salon dont le sol est couvert de tapis avec de belles décorations dont seules les populations touaregues et arabes en ont l’expertise. M. Mataly, affirme au ministre Bassolé que la société civile bénéficie de l’appui du MUJAO qui lui laisse la gestion de la ville, particulièrement, les secteurs de la santé, de l’énergie, le commerce, les écoles et les mosquées. « Le MUJAO nous écoute. La dernière fois, lorsqu’ils ont voulu instaurer la charia, nous sommes allés les voir et en trente minutes de discussions, ils ont accepté de différer la mesure ». Pour lui, la société civile a un rôle important dans le retour à la paix et à la normalité.

Le non à l’indépendance du Nord

« Ici, unanimement, nous ne sommes pas pour l’indépendance du Nord du Mali. Nous sommes Maliens », dit-il. Avant d’ajouter que la société civile est prête à accompagner toutes les parties en faveur de la paix. « Il faut que la médiation tienne compte de la société civile. Elle a un très grand rôle à jouer dans le dialogue et dans le retour à la paix au Nord du Mali », poursuit M. Mataly.

A sa suite, c’est le vieux Mohamadou Ibrahim Touré, chef traditionnel Arma (communauté Sonraï) placé à la gauche du ministre Bassolé, qui prend la parole pour dire lui aussi l’opposition de sa communauté et de toutes les autres communautés présentes, à l’indépendance du Nord du Mali réclamée par le MNLA.

« C’est avec beaucoup de plaisir et d’émotion que je me trouve parmi vous ici », déclare Djibrill Bassolé qui affirme être venu transmettre aux populations et aux communautés du Nord du Mali, les salutations du médiateur de la CEDEAO, le président du Faso, Blaise Compaoré, du président en exercice de la CEDEAO, Alassane Dramane Ouattara et du président Nigérian Goodluck Jonathan. « Depuis le début des évènements, nous avons entendu beaucoup de choses assez dramatiques qui nous effraient. Mais nous pensons que malgré la gravité de la situation, il doit y avoir de la place pour le dialogue », a poursuivi le représentant du médiateur. Il s’est réjoui de la prédisposition de la société civile de Gao, à œuvrer pour la paix. « Nous voulons que très rapidement, nous puissions aboutir à une cessation complète des hostilités qui peuvent déchirer la cohésion du tissu social et nous engager dans la recherche d’une paix durable », ajoute-t-il.

Très prochainement, poursuit l’ancien médiateur-conjoint ONU/UA au Darfour, "le président du Faso, Blaise Compaoré, va vous inviter pour échanger sur les pistes de solutions qu’il va proposer de concert avec la CEDEAO, l’Union africaine et la communauté internationale. J’ai vu en vous déjà, un début de solution à travers votre comportement, à travers votre organisation. Je vois que la paix est à portée de main et je pense que si nous travaillons tous et avec l’aide de Dieu, nous pourrons parvenir à une paix durable », ose le ministre en charge des Affaires étrangères.

« Transmettez les remerciements de la société civile de Gao au président du Faso. Le Burkina Faso a beaucoup œuvré pour nous », reprend Adaoud, un chef coutumier Kounta, autre tribu de la localité. M. Mataly évoque tout de suite les difficultés sociales, soulignant que malgré les aides des partenaires et des Organisations non gouvernementales (ONG), des difficultés demeurent au plan alimentaire, d’accès à l’eau potable, de l’assainissement et surtout à l’électricité. A ce stade, le vice-président de la commission eau-électricité, Kata Data Alhousseïni Maïga sollicite notamment un appui du Burkina Faso en la matière. Réponse du ministre : « Je transmettrai le message et nul doute qu’une suite favorable lui sera donnée ». Mais aucun responsable du MUJAO ne sera reçu à cette étape par le médiateur délégué. Les communautés regroupées au sein du Cadre assurent à cet effet, que le MUJAO les laisse libres de discuter de la paix et qu’il est prêt à se soumettre à toute décision qui sera prise dans l’intérêt du Mali.

Après Gao, cap sur Kidal à 400 km de là. Ville située à 1800 km de Bamako et à 240 km de la frontière algérienne, c’est là qu’a été érigée « la capitale » du groupe islamiste Ansar Dine ou « défenseurs de l’islam ». Kidal c’est aussi une ville chargée d’histoire. Ancien fort colonial, c’est aussi la prison pour hommes politiques. C’est dans cette ville que le président Modibo Keïta avait embastillé l’homme politique Filli Dabo Sissoko avant de se retrouver prisonnier après le coup d’Etat du général Moussa Traoré. « Ici, la seule chose qui vient du Sud (du Mali), c’est le charbon de bois », nous dit Al Ghabass Ag Intalla, un député malien devenu un haut responsable de Ansar Dine et prince héritier du trône à Kidal.

C’est dans cette ville-symbole que le représentant du médiateur, Djibrill Bassolé fera la rencontre historique. En effet, le chef d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali dont les photos et les interviews sont rares comme la pluie à Kidal, y attend le ministre Bassolé en compagnie de nombreux notables. Cinq minutes à peine l’arrivée de la délégation à l’aéroport de Kidal, un groupe de notables touaregs et arabes arrivent dans des 4X4 rutilantes. Un homme en turban blanc, boubou bleu ciel chaussé de simples sandales, avec une barbe bien en vue salue chaleureusement le ministre Bassolé. Il est accompagné de plusieurs notabilités.

M. Chafi souffle alors aux reporters. « Iyad est là. C’est l’homme en bleu ». Malgré la présence de pick-ups surmontés de canons anti-aériens et de combattants, l’ambiance est plus chaleureuse qu’à Gao. Là aussi, cap sur la ville. Pas de route véritablement praticable. Aucun goudron, tout est sable. Après plusieurs détours, le cortège se stoppe au domicile du chef traditionnel de l’Adrar des Ifoghas, le vieux Intallah Ag Attaher.

L’octogénaire assis sur un lit de fortune écoute le ministre, l’envoyé du président Blaise Compaoré dans une petite salle qui fait office de salon. Le logement est traditionnel mais un climatiseur est en marche car il fait presque 40 degrés à l’ombre. Iyad Ag Ghali, le chef d’Ansar Dine assiste aux discussions qui durent environ 40 minutes. Toujours sous bonne escorte et dans le véhicule de Ag Ghali, M. Bassolé est amené dans une villa pour les "choses sérieuses". Près d’une heure de tête à tête avec AG Ghali, le « mystérieux » d’Ansar Dine.

Suspension pour une dizaine de minutes puis re-entretien cette fois, la rencontre est élargie aux quatre principaux leaders et collaborateurs de Iyad Ag Ghali. Les discussions prendront plus d’une heure. A la sortie, bonheur pour les journalistes qui avaient tout craint. Pour la première fois, Iyad Ag Ghali a accepté se prêter aux flashs et à un bref entretien avec des journalistes. « On est content, on accepte la médiation du président burkinabè. C’est ce qu’on a confirmé tout de suite au ministre. Inch Allah, on va faire ce chemin ensemble et Allah va nous aider à trouver chacun ce qu’il veut », confie l’homme qui ne prend presque jamais son téléphone. La visite tire à sa fin. Il faut repartir tout de suite. Au bilan, tous les acteurs seront bientôt invités à la table des négociations par le médiateur à Ouagadougou. Le représentant du médiateur est confiant et satisfait de cette visite périlleuse. La suite, ce sera après la formation du gouvernement du président de transition au Mali de Dioncounda Traoré.

Bachirou NANA et Romaric Ollo HIEN
de retour de Gao et Kidal


Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération régionale, Djibrill Yipènè Bassolé fait le bilan de sa première visite au Nord Mali

Cette visite avait d’abord pour but de manifester notre solidarité, la solidarité du médiateur, de la CEDEAO et de son président en exercice aux populations du Nord Mali en général qui traversent une épreuve. Il nous fallait marquer notre présence à leurs côtés. Ensuite, nous avons voulu prendre contact avec les acteurs, les protagonistes de cette crise pour définir ensemble les pistes de sortie de crise.

Dieu merci, tous les acteurs sont aujourd’hui disponibles à adhérer au processus dirigé par le président du Faso. Nous en avons eu la confirmation. Ils sont en train d’une manière générale de s’organiser en vue de trouver avec la CEDEAO et la communauté internationale des solutions pour une paix durable. Le désir de vivre ensemble et en paix est fort chez l’ensemble de ceux que nous avons rencontrés et il n’y a pas de doute que dans les jours et semaines à venir, nous trouverons les formules appropriées.

Avec Iyad Ag Ghali, le chef de Ansar Dine, nous nous sommes beaucoup entretenus, nous avons beaucoup échangé mais vous me permettrez de garder la primeur au médiateur, le président du Faso, Blaise Compaoré, qui, par la suite pourrait rendre publiques l’ensemble des dispositions qui ont été discutées. Pour les négociations qui vont s’ouvrir, nous n’excluons personne, nous voulons faire la paix avec tous ceux qui sont disponibles.

Propos recueillis par B.N et ROH

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