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Portrait du professeur Assimi Kouanda en patron du parti politique présidentiel burkinabè (2/2)

Accueil > Actualités > Politique • • lundi 12 mars 2012 à 14h03min

Au début de l’année 2011, Assimi Kouanda, directeur de cabinet du président du Faso, est appelé à rejoindre le gouvernement. Il avait, déjà, depuis sa nomination à ce poste, le 5 mars 2004, le titre de ministre. Mais il ne participait pas aux activités gouvernementales. Changement de programme en ce début d’année 2011, au lendemain de la réélection de Blaise Compaoré à la présidence dont Kouanda a été le directeur de campagne. Le voilà ministre chargé du cabinet présidentiel, dans le Top Ten de l’équipe gouvernementale.

L’homme du président au sein du gouvernement de Tertius Zongo ? Ibrahiman Sakandé*, alors directeur général des Editions Sidwaya et de l’Agence d’information du Burkina Faso (AIB), dans le quotidien Sidwaya, notera alors que Kouanda est un « homme de confiance, de grande fidélité », l’homme qu’il faut à la place qu’il faut alors que, manifestement, quelque chose ne tourne pas rond dans « le pays des hommes intègres ». Et puis Compaoré est mobilisé sur le front ivoirien où Laurent Gbagbo, qui a perdu la présidentielle, fait la guerre à Alassane D. Ouattara, qui l’a gagnée mais demeure reclus dans l’hôtel du Golf sans que l’on sache encore comment va évoluer la situation.

Mais la crise attendue dans le secteur social allait se déclencher là où elle ne l’était pas. Au sein de l’armée. Un mot insensé va apparaître dans l’histoire du Burkina Faso : mutineries ! La crise de la « post-présidentielle » n’était pas encore totalement réglée en Côte d’Ivoire que le Burkina Faso – et pas seulement Ouagadougou – sombrait dans le chaos (et le drame, un drame que d’ailleurs les autorités n’entendent pas cacher : le mot mutinerie est officiellement employé et un film – Le Foulard noir – retrace courageusement ce que furent ces journées terribles).

Tertius et son gouvernement sont dégagés brutalement en touche. Beyon Luc Adolphe Tiao, qui ne vient pas de nulle part (c’est un politique au sens noble du terme, ancien patron de ce qui est devenu le Conseil supérieur de la communication, ambassadeur en France) mais pas non plus de la sphère politique ouagalaise, est nommé premier ministre, chef du gouvernement, avec dans son équipe quelques grosses pointures : Bongnessan Arsène Yé (ministre d’Etat), Djibrill Y. Bassolé, Lucien Marie Noël Bembamba, Laurent Sedogo… Compaoré s’attribue le portefeuille de ministre de la Défense et des Anciens combattants (qui, du même coup, disparaît de l’organigramme gouvernemental.

Le Burkina Faso doit être un des rares pays au monde à n’avoir pas, officiellement, de ministère de la Défense). Kouanda, lui aussi, disparaît de cet organigramme et se replie sur le Palais de Kosyam**. Tout va aller très vite : éradication des derniers mutins, sanctions collectives et individuelles, vaste mouvement administratif, mise en œuvre d’une politique de communication originale, assises nationales, lancement effectif de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (Scadd)… Et tolérance zéro pour les ministres et les fonctionnaires qui vont faillir dans leur tâche.

Cela s’appelle une reprise en main énergique. Et la main ne tremble pas. Ce qui ne manque pas de rassurer les Burkinabè qui ont gardé un mauvais souvenir des « mutineries » de 2011 et qui sont las du laxisme et de l’arrogance de trop de responsables politiques et administratifs. L’austérité comportementale qu’adopte Tiao s’inscrit dans l’air du temps. Kouanda est dans la même démarche. Rien à voir avec la tonitruance de Yé, le souci d’élégance de Roch, les manigances de Diallo… quelques uns de ses prédécesseurs à la tête du parti.

Plus question de jouer solo. Kouanda, secrétaire exécutif national du CDP, est l’homme d’une équipe. Parce qu’il n’y a qu’une équipe qui peut permettre à la classe politique de retrouver le contact avec la population. Ce qui lui a bien manqué au cours des dernières années. Kouanda, en charge du parti présidentiel, a ainsi évoqué au lendemain de sa nomination « la recherche de la proximité des responsables du parti avec la base ». « Nous allons œuvrer à redonner confiance aux militants à la base, à renforcer la cohésion au sein de nos rangs, à nous organiser de manière méthodique et rationnelle », a-t-il ajouté.

Rappelons que, voici à peine plus de deux mois, lors du conseil des ministres du 21 décembre 2011, déjà, une nouvelle organisation de la présidence du Faso avait été adoptée. Il s’agissait de rendre plus performants les services de la présidence du Faso dans une perspective de mise en œuvre effective du programme présidentiel. L’accent est mis, désormais, sur les ressources humaines (« recherche de l’efficacité, de l’efficience, de l’excellence »), la prospective et la planification stratégique, la prise en compte des « outils modernes de gestion ».

Le nouveau patron du CDP n’est pas un « politique » stricto sensu. Rien à voir avec ses prédécesseurs qui avaient fait carrière dans la chose. Kouanda est d’abord un intellectuel ; ensuite, un militant non dénué d’une vision idéologique de l’évolution de son pays, de l’Afrique et du monde. Il est représentatif, surtout, de ces Burkinabè qui se sont investis dans la gestion des affaires publiques et qui ont fait de la Haute-Volta le Burkina Faso et du Burkina Faso ce qu’il est aujourd’hui. Blaise Compaoré le sait et aime à le rappeler : depuis toujours, son pays a pu s’enorgueillir d’une administration qui avait, plus qu’ailleurs, le sens de l’Etat et de la nation, consciente d’être le moteur de l’évolution de la société. Si l’Egypte pharaonique s’est construire autour de ses scribes, les peuples voltaïques ont essaimé partout en Afrique de l’Ouest grâce à leurs « commis aux écritures ». Et ce n’est pas le moindre des paradoxes de la Haute-Volta que d’avoir été tout à la fois un des pays les plus attardés en matière d’alphabétisation et de scolarisation tout en pouvant revendiquer ces « intellectuels engagés » dont l’archétype sera Joseph Ki-Zerbo*** (cf. LDD Burkina Faso 0284/Lundi 5 décembre 2011).

Du coup, Assimi Kouanda s’inscrit dans une filiation qui rassure les médias. A ce poste de patron du CDP qui, d’habitude, concentre toutes les critiques, il fait souffler un vent nouveau (le mot-clé de Kouanda c’est : « dynamisme »). « L’homme n’est pas connu comme un activiste mais plutôt comme une personne qui a de la pondération. Ce caractère ne devrait pas lui être de trop en ce moment où le pays ne s’est pas encore complètement remis de la crise qui l’a secoué en 2011 » a écrit Le Pays dans son éditorial (mardi 6 mars 2012). Et si cette nomination étonne parfois, il est peu de monde pour ne pas faire crédit à Kouanda. « Comme les fonctions révèlent les hommes, il n’est pas exclu que le nouveau chef du parti de l’épi et de la daba fasse des prouesses » affirme ainsi, de son côté, L’Observateur Paalga (mardi 6 mars 2012).

* Ibrahiman Sakandé vient d’être nommé, lors du conseil des ministres du 29 février 2012, directeur de la communication de la présidence du Faso, un poste resté vacant depuis plus d’un an à la suite de la nomination de son titulaire, Baba Hama, au portefeuille de ministre de la Communication puis de la Culture et du Tourisme. Sur le papier, Baba Hama (nommé le 14 janvier 2009) restait le « dircom » de la PF mais, dans les faits, la « com » de la PF était en cale sèche.

** Le décret du 30 décembre 2011 stipule que le directeur de cabinet a « rang de ministre et participe aux travaux du conseil des ministres » afin qu’il puisse assurer « la coordination des activités du cabinet du PF, des contacts officiels avec les départements ministériels, les institutions nationales et internationales ». Selon Kouanda, « en participant aux travaux du conseil des ministres, il s’imprègne des décisions qui sont prises et assume correctement sa mission » (Les Cahiers de la présidence du Faso – janvier-février 2012).

*** On se souvient que le premier président de la Haute-Volta indépendante, Maurice Yaméogo, se méfiait des intellectuels. « Si toi, tu es agrégé en histoire et en géographie, disait-il à Ki-Zerbo, cela ne fait pas nécessairement de toi un génie politique. Moi, Maurice, je suis agrégé et docteur du peuple ». L’histoire et Ki-Zerbo lui donneront tort.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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